Le 31 mars prochain, le département américain de l’agriculture (USDA) présentera les résultats de son sondage auprès des producteurs américains sur leurs intentions d’ensemencements pour cette année (Prospective Plantings). Ce rapport est certainement l’un de ceux les plus importants à surveiller dans une année. Pourquoi? Essentiellement, les chiffres présentés sont les premiers qui permettent d’avoir un aperçu de ce que pourraient être les récoltes américaines, et par ricochet le bilan d’offre et demande de grains américains à anticiper pour la prochaine année.
Pour les intéressés, en collaboration avec le Bulletin des agricultures, je présenterai d’ailleurs le 2 avril prochain à 9h un webinaire sur les résultats de ce rapport et ce qu’ils impliquent pour le marché des grains. Pour en savoir plus et vous inscrire —> Les Tendances : Intentions de semis 2026
Ceci dit, à l’approche de ce rapport, j’ai reçu quelques appels téléphoniques : « Avec le prix des engrais en forte hausse, spécialement l’urée, penses-tu que les producteurs américains vont semer moins de maïs cette année? ».
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Avant de creuser pour répondre à cette question, il faut se mettre en contexte. L’an dernier, de loin, les producteurs américains ont semé des superficies record de maïs, 98,8 millions d’acres, en hausse de +8% par rapport à l’année précédente.

Question rotation de cultures, il est donc logique de dire qu’on anticipait déjà depuis un moment un certain recul des ensemencements de maïs américain. Généralement, suivant des années de fortes hausses d’ensemencements en maïs, on observe un recul de l’ordre de 4% l’année suivante.
On prend note ensuite qu’avant la guerre en Iran, le prix des engrais azotés avaient aussi grimpé de l’ordre de 10-15% par rapport à l’an dernier. Rien pour inciter non plus à semer davantage de maïs cette année.
Sur la base de ces informations, ça fait un moment que les marchés prévoient donc déjà que les ensemencements américains de maïs afficheront un bon recul de l’ordre de près de 5% à autour de 94 millions d’acres. Et ceci à l’avantage du soya bien entendu. Il est d’ailleurs prévu en hausse de 5-6% autour de 85-86 millions d’acres.
La vraie question ensuite, c’est à savoir si « à cause de la récente hausse plus marquée du prix des engrais », le recul que révèlera l’USDA le 31 mars prochain sera plus important que prévu. Ceci pourrait alors bien entendu donner plus de tonus au prix du maïs, et peut-être bien peser un peu sur celui du soya. Sauf que c’est difficile à dire…
Dans les faits, depuis le début de la guerre en Iran au début mars dernier, le prix des engrais azotés a grimpé de l’ordre d’un 6 à 15% additionnel par rapport à l’an dernier. On ne peut ignorer non plus que le prix du soya a aussi atteint au même moment un sommet inégalé en près de deux ans à Chicago.
Alors, est-ce qu’à cause de ces derniers événements, les ensemencements de maïs seront vraiment beaucoup plus bas que prévus?
Il faut se mettre en perspective et, pour y arriver, je vous joins un graphique. Il met je crois assez bien en relation la variation annuelle des ensemencements américains de maïs et le prix des engrais.

Ce qu’on constate assez vite en regardant ce graphique, c’est que :
1 – Oui, la récente hausse des prix des engrais azotés fait très mal, mais pas encore nécessairement autant que par exemple en 2008 ou encore 2021 et 2022 où l’ensemble des prix des engrais (j’utilise un index…) a fait bien plus mal.
2 – Même encore là, dans notre pire scénario de 2008, on parle d’une baisse annuelle des ensemencements de maïs de plus de 8%. Mais, c’est à la suite d’une hausse record l’année précédente de « +19,4% ».
3 – Sinon, en général, les plus fortes baisses annuelles observées en ensemencements américains de maïs avoisinent -5,0 à -5,1%, et ce, même lorsque le prix des engrais a été très (trop) élevé.
Bref, à regarder ce graphique, même si le prix des engrais azotés a bondi et que le soya s’est montré très intéressant dernièrement, à ce stade-ci, ça reste assez hasardeux de dire qu’on assistera cette année à une baisse de beaucoup plus que 5,0% des ensemencements américains de maïs. Et pour référence, les marchés prévoient déjà en moyenne un recul de 4,9%…
Mais bien entendu, l’USDA a toujours cette capacité à surprendre. Alors qui sait, peut-être bien que le 31 mars prochain, il révèlera que les ensemencements américains de maïs seront en chute libre cette année. Qui sait? Sauf qu’historiquement, ce serait étonnant.
On s’en reparle jeudi prochain le 2 avril à 9h00 lors de mon webinaire —> Les Tendances : Intentions de semis 2026.
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