Barrières à la productivité de nos champs

PHOTO : André Dumont
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De nombreux producteurs et experts en grandes cultures au Québec constatent un inquiétant paradoxe : alors que les revenus des producteurs augmentent, la productivité de nos champs stagne ou recule. Pourquoi en est-il ainsi?

La principale explication se trouve dans nos recommandations de fertilisation trop restrictives, a déclaré Denis Lévesque, directeur technique chez Synagri, lors du Rendez-vous végétal à Drummondville la semaine dernière.

Pour l’instant, l’augmentation des prix des grains se traduit par de meilleurs revenus pour les producteurs, ce qui suffit pour masquer une régression de la productivité de nos terres, observe Denis Lévesque. Le réveil sera brutal lorsque les prix des grains redescendront, a-t-il prévenu.

« (Nos grilles de fertilisation) sont devenues une réglementation qui nous met des barrières très très étroites. Est-ce qu’en ayant une prescription unique pour tous, nous pouvons aller chercher le plein potentiel de nos champs? », a-t-il lancé au moment de présenter un des principaux conférenciers de la journée, Brad Joern.

Professeur et chercheur à l’Université Purdue, en Indiana, Brad Joern dénonce les grandes différences entre les recommandations de fertilisation officielles qui existent entre les états américains. Une simple frontière entre deux états partageant le même climat et les mêmes sols trace une démarcation entre des recommandations de N, P et K radicalement différentes.

La présentation de Brad Joern s’intitulait Recommandations de fertilisation : pouvons-nous aller au-delà d’une formule universelle?

Cet expert en chimie des sols, nutrition des plantes et planification des applications d’engrais croit que les recommandations de fertilisation devraient pouvoir être modulées pour chaque ferme, en fonction des types de sol, des rendements obtenus et visés, du climat, de la météo de l’année en cours et des objectifs du producteur.

Ces recommandations devraient pouvoir accommoder des producteurs qui souhaitent enrichir leurs sols et fertiliser au-delà des besoins de la culture de la saison en cours, afin d’obtenir de meilleurs résultats d’analyse de sol et une meilleure productivité les années suivantes, illustre Brad Joern.

Les recommandations agronomiques actuelles ne sont pas établies dans le meilleur intérêt des producteurs, mais plutôt pour satisfaire aux universitaires et aux gouvernements, soutient Brad Joern, une opinion que partage Denis Lévesque.

« Plusieurs spécialistes de la fertilité du sol au Québec ont reçu leur formation de ceux qui ont développé les recommandations (de fertilisation). Eux-mêmes ont été les étudiants de ceux qui ont établi les recommandations. Au Québec, on a un problème de ce côté-là », a déclaré Denis Lévesque.

Qu’en pensez-vous? N’hésitez pas à écrire vos commentaires ci-bas.

 

À lire aussi :

Repenser notre fertilisation – Compte-rendu d’une entrevue avec Brad Joern.

Azote sur mesure – Résumé de la présentation de Brad Joern au Rendez-vous végétal 2012

 

 

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