Big Brother veille-t-il sur votre ferme?

Dans son bureau chez le concessionnaire Agritex, à Sainte-Martine, le spécialiste en agriculture de précision Julien Provost me montre l’emplacement de tous les véhicules agricoles que ses clients ont doté du système de communication mobile JDLink. Nous les voyons dans le module Operations Center, qui permet aux producteurs de suivre en direct leurs flottes John Deere.

« On voit où est le tracteur, quel champ il vient de parcourir. On voit même en direct le niveau de carburant et la vitesse du moteur », explique-t-il. Dans l’Operations Center, accessible via le site MyJohnDeere.com, un producteur ne verrait que ses propres machines, précise-t-il.

Ces nouvelles technologies peuvent s’avérer fort pratiques, notamment lors d’une panne mécanique, ou lorsque les équipements sont conduits par des employés qui doivent être encadrés. Mais qu’en est-il de la confidentialité? Votre concessionnaire vous espionne-t-il?

Julien Provost, spécialiste en agriculture de précision chez Agritex. PHOTO : André Dumont
Julien Provost, spécialiste en agriculture de précision chez Agritex. PHOTO : André Dumont

« Dans les concessions, seules quelques personnes ont des accès, dit Julien Provost. Chez John Deere, on nous pousse à respecter la confidentialité et à aider les producteurs à choisir à qui ils donnent des accès. »

À Saint-Polycarpe, le producteur Michel Sauvé ne se formalise pas du fait que son concessionnaire puisse savoir en tout temps se trouvent ses tracteurs et sa moissonneuse-batteuse branchés avec JDLink. « Il y a des avantages, dit-il. Quand on est au champ et que des codes (liés à la mécanique) apparaissent, le concessionnaire peut les consulter. »

Ce sont toujours les producteurs qui décident qui a accès à quelles données et signaux pouvant s’afficher dans l’Operations Center, insiste Julien Provost. « Je pense que pour l’instant, ces moyens de communication sont à l’avantage des producteurs, dit-il. On peut faire un meilleur suivi des problèmes mécaniques. »

Prévenir les problèmes
Julien Provost raconte l’exemple d’un client qui avait un code indiquant un problème de niveau d’huile de transmission. Le code s’affichait à répétition, même si le niveau d’huile était bon. « Le problème était au niveau du capteur. Nous sommes allés le changer. Si le capteur était demeuré défectueux et qu’il n’y avait véritablement plus d’huile, il y aurait eu de graves problèmes. »

En autorisant au concessionnaire des accès aux performances mécaniques des équipements, il devient possible d’analyser l’usage et de déterminer si la taille de l’équipement est la bonne, illustre Julien Provost. « Si le tracteur est rarement utilisé à plus de 60 % de la capacité de son moteur, il est probablement trop gros. On peut aussi examiner combien de temps le moteur a tourné au ralenti et suggérer d’éteindre le moteur plus souvent. »

Julien Provost reconnaît que certains producteurs pourraient avoir des réticences à ce que leur concessionnaire se serve des suivis à distance pour connaître l’ampleur des superficies qu’ils cultivent.

Ces équipements servent avant tout au travail et non à la vie personnelle, ajoute-t-il. « C’est plutôt rare qu’on s’arrête au bar en tracteur. » Si ce sont des membres de la famille qui ont des accès à l’Operations Center, il reste encore la voiture ou le pick-up pour les déplacements qui requièrent la discrétion.

L’abonnement annuel à JDLink (de 400 $ à 800 $, selon le forfait) est vite repayé, assure Julien Provost, notamment en réduisant les frais de déplacement d’un mécanicien. Par exemple, si un code signale un problème spécifique, le mécanicien dépêché à la ferme peut déjà apporter avec lui des pièces qui pourraient être utiles. Sans JDLink, le premier diagnostic se fera seulement une fois sur place et le mécanicien pourrait avoir à retourner au garage y chercher les pièces requises.

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