Boeuf : des associations américaines de consommateurs demandent un dépistage généralisé

Washington (États-Unis), 21 mai 2003 – La découverte d’un cas de vache folle au Canada conforte les organisations de défense des consommateurs aux États-Unis, qui demandent depuis longtemps un dépistage généralisé du bétail, accusant les autorités fédérales américaines de négligence coupable dans ce domaine.

« Au cours des 12 derniers mois, la maladie de la vache folle a été découverte dans tous les pays membres de l’Union européenne, sauf un, ainsi qu’en Europe de l’est et au Japon », explique Michael Hansen, un microbiologiste de l’organisation Consumers Union.

« La raison pour laquelle ces pays savent qu’ils sont touchés par la maladie est due à des procédures rigoureuses de dépistage récemment instituées, un dépistage pratiquement inexistant aux Etats-Unis », poursuit-il.

L’an dernier, 19 990 têtes de bétail ont été testées aux États-Unis, soit 0,02% du cheptel (100 millions de bêtes), selon le département américain de l’Agriculture.

Or, au cours de la même période, fait remarquer M. Hansen, plus de huit millions de vaches ont été testées dans l’Union européenne.

« Nous avons peut-être une crise de santé de proportion monumentale (aux Etats-Unis) mais les pouvoirs publics ne font pratiquement rien pour l’établir ou l’empêcher », s’indigne-t-il.

Dans certains pays, notamment en France, en Irlande et au Japon, le dépistage de l’ESB a été généralisé sur tous les bovins abattus et âgés de plus de 30 mois. En Allemagne, le seuil a récemment été abaissé à 24 mois.

Les associations demandent au moins le dépistage systématique des animaux dits à risque, qui arrivent à l’abattoir accidentés, malades ou affaiblis.

Or, sur 36 millions de bovins abattus chaque année, environ 190 000 sont classés comme tel, rappelait Thomas Gomez, un vétérinaire du département de l’Agriculture en annonçant lors d’une conférence en juin 2001 le doublement du nombre de tests (de 2500 à 5000) sur ces animaux à risque.

Depuis 1997, il est interdit aux Etats-Unis et au Canada de nourrir le bétail avec des farines carnées produites à partir d’abats d’animaux et vecteur de propagation de l’infection. Les Etats-Unis ont banni également toute importation de boeuf en provenance d’un pays touché par l’ESB.

En 2000, un rapport du General Accounting Office (GAO), le service d’audit et d’enquête du Congrès, avait mis en évidence que 28% des sociétés américaines produisant des nourritures animales avaient étiqueté de façon erronée leurs produits contenant de la viande ou des os de bovin. Et 20% des entreprises n’avaient pas de dispositif pour éviter la contamination de leurs produits.

Réagissant au cas de vache folle canadien, le Centre pour la science dans l’intérêt public a de nouveau réclamé mercredi l’interdiction de l’utilisation de parties du système nerveux central (moëlle épinière, os du collier, cervelle) des animaux abattus pour la fabrication de viande hâchée.

Une enquête réalisée dans 34 abattoirs équipés de séparateurs automatisés os/viande a montré que, dans 35% des cas, la viande hâchée contenait de tels tissus nerveux, susceptibles de passer l’infection à l’homme.

Les organisations de consommateurs réclament par ailleurs l’instauration d’un système de traçabilité de l’animal, actuellement totalement inexistant aux Etats-Unis, comme l’a concédé mercredi le secrétaire à l’Agriculture, Ann Veneman, lors d’une audition au Congrès.

Les industriels du boeuf (80 milliards de dollars par an de chiffre d’affaires) et les responsables fédéraux insistent pour dire qu’en l’état actuel un tel système serait inutilement coûteux en l’absence de cas déclarés d’ESB aux Etats-Unis.

« Nous avons la plus grande confiance dans le système mis en place au département de l’Agriculture pour assurer la plus grande sûreté possible de l’alimentation », a déclaré Terry Stokes, président de l’Association nationale des éleveurs bovins (NCBA).

Source : AFP

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