Et si on cultivait des céréales vivaces?

De temps à autre, on tombe sur de la bouleversante matière à réflexion : si les céréales que nous cultivons pour nourrir la planètes étaient des plantes vivaces plutôt que des annuelles, ne résoudrions-nous pas la plupart des problèmes de notre agriculture moderne intensive?

Il y a 10 000 ans, l’homme s’est mis à domestiquer et à améliorer des céréales annuelles, en prélevant les graines des meilleurs spécimens. Dans un article du National Geographic d’avril 2011, le généticien de l’Université Cornell Edward Buckler remet ce choix en question.

Les plantes vivaces puisent de l’eau jusqu’à 12 pieds dans le sol. On n’a pas à les semer à chaque année, ni à travailler le sol. Elles retiennent mieux les fertilisants et préviennent l’érosion. Si l’on cultivait, par exemple, des variétés de riz ou de blé vivaces, notre agriculture ne serait-elle pas moins gourmande en énergie et en fertilisant, moins épuisante pour nos sols et moins polluante?

Un groupe restreint de chercheurs américains fait le pari de développer des céréales vivaces, en croisant des variétés sauvages avec des variétés domestiquées hautement productives, qui ont bénéficié de millénaires d’améliorations génétiques.

Le chemin sera long, mais les résultats pourraient révolutionner l’agriculture. Imaginez quel gain de rentabilité aurait une culture de blé vivace aux racines de trois mètres, plutôt que de 50 centimètres au plus! Pour l’instant, les variétés de blé vivace développées n’offrent pas encore une performance comparable au blé d’hiver.

Il y a 30 ans, Wes Jackson fondait le Land Institude, à Salina au Kansas. Il dénonçait l’érosion accélérée causée par le labour, qui se produit à un rythme dix fois plus élevée que le sol peut se regénérer. « À moins que cette maladie (l’érosion des sols) soit mise en échec, la race humaine s’éteindra », écrivait-il.

L’idée de réécrire le cours de l’histoire en choisissant de nourrir l’humanité avec des céréales vivaces qui endiguent l’érosion n’a jamais été supportée par beaucoup de fonds. On met énormément d’espoir sur la réduction du coût du séquençage de l’ADN des plantes pour faire avancer la recherche.

Selon Edward Buckler, avec une fraction des milliards qui sont dépensés chaque année pour améliorer la génétique du maïs, on pourrait arriver, d’ici 10 ans, à tester à grande échelle des variétés de maïs vivace.

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