Etude d’AGECO : « La mondialisation n’a bénéficié ni aux producteurs ni aux consommateurs »

Québec (Québec), 8 novembre 2007 – « On ne peut pas affirmer objectivement que la libéralisation des échanges en matière agricole (…) bénéficie aux producteurs des pays en développement, ce qui demeure pourtant l’objectif principal du cycle de Doha. La libéralisation des échanges ne bénéficie pasforcément non plus aux consommateurs, car les secteurs du négoce, de latransformation et de la distribution alimentaire sont très concentrés ». Voilàune des principales conclusions d’une étude du groupe AGECO, produite sous ladirection de Daniel-Mercier Gouin, vice-président d’AGECO, Directeur du groupede recherche en économie et politiques agricoles et professeur au départementd’économie agroalimentaire et des sciences de la consommation de l’UniversitéLaval.

L’étude porte sur l’impact de la mondialisation des marchés des produitsagricoles sur la base des cas réels de deux produits de base, le café et lecacao, ainsi que sur deux filières vivrières ayant subi un choc delibéralisation, le mais au Mexique et la volaille au Sénégal. Elle a étérendue publique par la Fédération des producteurs de lait du Québec (FPLQ)dans le cadre de son assemblée générale spéciale.

Dans chacun de ces cas, l’étude conclut que la libéralisation des marchéss’est réalisée au détriment des producteurs et des consommateurs. « Tant que leprocessus de libéralisation des échanges ne s’attaquera qu’à l’interventiondes Etats, dans le sens de la diminuer, mais continuera à être aveugle quantau pouvoir de marché détenu par les grands groupes privés de plus en plusconcentrés à l’échelle internationale et à tous les niveaux de la filièreagroalimentaire, il en résultera un jeu tout à fait inégal pour lesproducteurs agricoles des pays en développement et, pourrait-on ajouter, fortprobablement aussi pour ceux des pays développés » peut-on lire dans lesconclusions.

Cette étude révèle notamment que les producteurs de café sont les plusgrands perdants de l’abandon des mécanismes de régulation du marché et desinstitutions publiques encadrant la production dans les pays producteurs. Ilsont notamment été affectés par une diminution des prix mondiaux. Les auteursfont aussi valoir que les pertes des pays exportateurs de café ne se sont pastraduites en gain pour les consommateurs des pays développés et que lalibéralisation du commerce du café a eu un effet néfaste pour les paysexportateurs. « La libéralisation du marché du café a aussi vu le déclin despays d’Afrique, déjà marginalisés au niveau du commerce mondial. En tout étatde cause, ces résultats ne plaident pas en faveur d’une influence positive dela libéralisation des échanges de café au bénéfice des pays en développement »nous apprend AGECO.

Par ailleurs, l’analyse de la situation de la filière volaillesénégalaise fait ressortir clairement une importante montée des importationsde volaille dans ce pays à la suite d’une diminution des barrières tarifaires.« La hausse des importations a entraîné une réduction des effectifs dans lesecteur moderne de la production de volaille, partiellement atténuée par lareconversion vers la production d’oeufs ». Pour les chercheurs, le déficitalimentaire du Sénégal s’est considérablement accru suite à la libéralisationde ce secteur. « Il ne s’agit certes pas d’une solution durable apportée à laproblématique de la souveraineté alimentaire » poursuivent-t-ils.

Pour le cacao, les chercheurs établissent que les prix mondiaux ont étéglobalement plus faibles après l’abolition des mécanismes de stabilisation etqu’il n’y a pas, à ce jour, de hausse durable du prix aux producteurs. Ilsnotent toutefois que ceux-ci sont plus vulnérables aux variations de prixsuite à l’abolition de ces mécanismes. Les auteurs relèvent aussi des travauxqui démontrent que la part du producteur dans le prix de détail n’a cessé dese détériorer à la suite de la libéralisation du secteur.

Finalement, l’analyse du cas de la filière mais au Mexique montre que « làaussi, la déréglementation du secteur ne semble pas avoir profité ni auxconsommateurs ni aux producteurs. Par contre, les intermédiaires entre lesproducteurs de mais blanc et les consommateurs de tortillas bénéficient depuisce temps d’une marge en forte croissance ».

Pour le président de la FPLQ, ces résultats démontrent que ladéréglementation et l’ouverture des marchés que préconise l’Organisationmondiale du commerce (OMC) ne sont pas la voie à suivre pour sortirl’agriculture mondiale de la crise et aider les pays les plus pauvres ànourrir leur monde. « L’intervention de l’Etat pour donner aux agriculteursplus de pouvoir dans le marché et la reconnaissance du droit des peuples à lasouveraineté alimentaire sont les solutions d’avenir » a conclu M. Groleau.

La Fédération des producteurs de lait du Québec représente les 14 000producteurs et productrices de lait et les 7000 fermes laitières de laprovince. Les producteurs québécois livrent annuellement 2,8 milliards delitres de lait dont la vente totalise des recettes à la ferme de près de2 milliards de dollars. La production laitière génère au Québec quelque 61 000emplois et plus de 3,6 milliards de dollars d’activité économique.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Fédération des producteurs de lait du Québec
http://www.lait.org

Groupe AGÉCO
http://www.groupeageco.ca

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