Europe : Les Quinze s’entendent sur l’étiquetage des OGM dans les aliments

Bruxelles (Belgique), 28 novembre 2002 – Les ministres européens de l’Agriculture se sont mis d’accord à Bruxelles sur des mesures encadrant l’étiquetage et la présence accidentelle d’organismes génétiquement modifiés (OGM) dans l’alimentation.

Les Quinze ferraillaient depuis plusieurs années sur cette question et le compromis passé dégage un obstacle sur la voie d’une levée du moratoire anti-OGM imposé depuis 1999 par sept d’entre eux.

Cet accord n’augure cependant en rien d’une fin rapide de ce moratoire. Il reste en effet soumis à l’aval du Parlement européen. En outre, les mesures concrètes permettant d’assurer une traçabilité complète et effective de l’ensemble des OGM doivent encore être adoptées par les ministres de l’Environnement de l’UE.

Le compromis adopté à Bruxelles fixe à 0,9% le seuil à partir duquel la présence d’OGM dans les aliments pour hommes ou pour animaux devra obligatoirement faire l’objet d’un étiquetage spécifique. Un seuil de tolérance de 0,5% a pour sa part été retenu pour la présence accidentelle d’OGM dans ces denrées.

L’accord a été adopté à la majorité qualifiée des Quinze lors d’un débat public précédé d’intenses négociations de couloir qui ont permis à la présidence danoise de l’UE de s’assurer le soutien de la France, de l’Allemagne et de l’Italie, initialement très réticentes.

« Avec cet accord politique, nous avons fait un pas en avant important pour offrir aux consommateurs un vrai choix en ce qui concerne les OGM. C’est une victoire pour les consommateurs européens », a déclaré la ministre danoise de l’Agriculture Mariann Fischer Boel à l’issue de la réunion.

Elle a rendu hommage au « courage » de ses homologues sur un dossier éminemment sensible pour les opinions publiques des Quinze. Le commissaire européen à la Santé et la protection des consommateurs David Byrne s’est lui aussi félicité de l’accord.

Le ministre français de l’Agriculture Hervé Gaymard, qui avait encore demandé dans la matinée un étiquetage à partir de 0,5% d’OGM, a salué jeudi soir l’adoption d’un « texte très important pour la protection des intérêts des consommateurs » sur un sujet qu’il a par ailleurs qualifié de « kafkaïen ».

Les écologistes de Greenpeace, rassurés qu’une levée rapide du moratoire sur la mise sur le marché de nouveaux OGM soit exclue, ont estimé que le compromis « ouvre la voie à l’adoption par l’Europe des règles les plus strictes et les plus précises au monde sur l’étiquetage des OGM dans l’alimentation humaine et animale ».

A l’opposé, la ministre britannique Margaret Beckett a voté contre le compromis final, trouvant trop restrictives les mesures retenues.

Le Royaume-Uni plaidait pour un étiquetage des aliments contenant à partir de 1% d’OGM et la tolérance d’une présence accidentelle d’OGM d’un niveau équivalent, comme l’avait proposé la Commission européenne avant elle-même de lâcher du lest.

Deux autres pays, le Luxembourg et l’Autriche, ont aussi voté contre, mais pour des raisons inverses de celles de Londres. Tous deux prônaient une tolérance zéro pour la présence accidentelle d’OGM, et un étiquetage systématique à partir de 0,1% pour l’Autriche et 0,5% pour le Luxembourg.

Les niveaux défendus par Vienne et le Grand-Duché correspondent à ceux votés en première lecture au Parlement européen le 3 juillet dernier, ce qui laisse présager quelques empoignades à l’assemblée de Strasbourg lorsque les eurodéputés devront se prononcer dans les mois à venir sur le compromis des ministres des Quinze.

Source : AFP

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