France : Des champignons pour filtrer les pesticides de l’eau

Paris (France), 5 décembre 2002 – Les enzymes de certains champignons « filamenteux » sont capables de dépolluer l’eau et pourraient aboutir à un procédé écologique et peu coûteux de traitement de l’eau pour la consommation humaine, selon une étude conduite à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA).

Les chercheurs de l’équipe de Phytopharmacie de l’INRA à Versailles-Grignon étudient une famille d’enzyme, les laccases, produites par divers champignons dont « Trametes versicolor », a expliqué jeudi Christian Mougin, de l’unité de recherche.

Les enzymes sont des protéines sur lesquelles viennent se fixer une molécule (naturelle ou de synthèse) qui subira ensuite une transformation chimique. La réaction recherchée ici est la polymérisation des polluants, c’est-à-dire le couplage de plusieurs molécules entre elles pour former un composé de grosse taille, insoluble dans l’eau, et susceptible d’être retenu par un filtre.

Dans le système mis au point par l’INRA, les enzymes sont fixées sur une membrane de filtration placée dans un réacteur alimenté par une eau contaminée en pesticides. Les composés polymérisés sous l’action des enzymes sont retenus par la membrane, dont les pores peuvent être de grande taille.

Avantage : « le coût de fonctionnement peut être très inférieur aux systèmes de dépollution actuels », estime Christian Mougin.

Les systèmes de nanofiltration actuels utilisent par exemple, pour retenir directement les pesticides, des pores de petite taille qui peuvent facilement se boucher, entraînant des coûts d’entretien élevés. Autre inconvénient: l’eau traitée est fortement déminéralisée.

Les chercheurs de l’INRA travaillent à modifier les enzymes de champignon avec des techniques de transgénèse, pour les rendre efficaces sur une gamme plus large de polluants.

Ils ne peuvent rien contre l’atrazine, un herbicide récemment interdit qui constitue un problème majeur de pollution de l’eau en France, mais sont efficaces contre d’autres herbicides de grandes cultures (blé, céréales) et des colorants notamment.

Encore au stade du laboratoire, le procédé pourrait être utilisé d’ici quelques années dans les stations d’épuration ou pour filtrer l’eau utilisée dans les exploitations agricoles pour nettoyer les cuves de produits phytosanitaires.

Source : AFP

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Institut national de la recherche agronomique (INRA)

http://www.corse.inra.fr/

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