France : Inquiétude concernant les sites d’incinération pour la farines carnées

Paris (France), 4 décembre 2002 – Quatre sites ont été retenus pour incinérer une partie des stocks de farines carnées accumulés depuis l’interdiction de leur utilisation dans l’alimentation animale il y a deux ans, mais ces projets sont critiqués par des associations de défense de l’environnement.

La Mission interministérielle pour l’élimination des farines animales (MIEFA) a annoncé mercredi que les quatre entreprises retenues étaient les groupes Caillaud à Saint-Langis-les-Mortagne (Orne), Inova-Rhodia à Melle (Deux-Sèvres), Inova-Novacarb à Laneuveville-devant-Nancy (Meurthe-et-Moselle) et SVPE-SNC (une entreprise d’abattage) à Cornillé (Ille-et-Vilaine).

La construction de ces quatre unités d’élimination et de valorisation énergétique représente un investissement de 200 millions d’euros.

Les dossiers doivent encore être soumis aux autorités communautaires en janvier. Si elles sont acceptées, les unités d’incinération pourraient fonctionner 18 mois à deux ans après leur autorisation, a indiqué le préfet Joël Lebeschu, président de la Mission interministérielle.

« Au premier semestre 2005, nous traiterons l’ensemble des farines en flux tendu », a-t-il affirmé, les quatre unités permettant d’éliminer 220 000 tonnes par an.

Depuis deux ans, les problèmes posés par l’accumulation des farines animales ont entraîné de nombreuses manifestations de riverains des lieux de stockage. Trente-deux sites de stockage ont été ouverts, surtout dans le grand Ouest, première région française d’élevage.

« Aujourd’hui, 17 sont complets et sous surveillance, et 9 autres sont en activité », a précisé M. Lebeschu.

Mais il ne suffit pas de stocker les farines, encore faut-il les éliminer. Chaque année, 750 000 tonnes de farines carnées sont produites, dont 250 000 à « haut risque », issues du service public d’équarrissage, qui sont traitées et incinérées en flux continu.

Restent 550 000 tonnes dites « à bas risque », dont 130.000 tonnes sont valorisées, pour l’essentiel dans l’alimentation des animaux domestiques. Au total, l’industrie cimentière a une capacité d’incinération d’environ 400 000 tonnes annuelles. Selon M. Lebeschu, la résorption des stocks (qui devraient atteindre 1,3 million de tonnes fin 2004) pourrait intervenir « avant 2010 ».

Des représentants d’associations telles Eau et Rivières de Bretagne, France nature environnement, la coordination des associations de riverains d’usines d’équarrissage, ont vivement critiqué les projets présentés par la MIEFA.

« Sur le terrain, il n’y a eu ni débat public, ni enquête. A Cornillé, 5 communes sur 7 ont voté contre le projet », a affirmé à l’AFP Paul Pegeaud, administrateur de Eau et Rivières de Bretagne. La municipalité de Cornillé prévoit l’organisation d’un référendum auprès de la population le 22 décembre.

Pour M. Pegeaud, « toutes ces études d’impact mises en avant par la MIEFA sont de la poudre aux yeux, alors que le risque environnemental est réel. Ces incinérateurs seront là pour deux ou trois décennies, et devront être gavés pendant toutes ces années ».

Interrogé à propos des rejets que produiraient les quatre unités d’élimination, Joël Lebeschu a reconnu qu’il faudrait stocker 30 à 40 kilos de résidus par tonne de farine, et que 100 à 250 kg de cendres (par tonne de farine, soit 30 à 40.000 tonnes annuelles) devraient venir grossir des décharges.

Source : AFP

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