France : les agriculteurs s’inquiètent pour leur avenir

Paris (France), 22 février 2006 – Avec l’accélération des réformes européennes, les multiples contrôles et les incertitudes des négociations à l’OMC, beaucoup d’agriculteurs se posent des questions sur leur avenir, alors que ceux qui partent en retraite ne sont souvent pas remplacés.

Pascal Ferey, vice-président de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles) et producteur de lait à Carentan (Manche), déplore ainsi qu’« on en demande de plus en plus sur la traçabilité des produits », avec « des contrôles de plus en plus lourds et tatillons », « des contraintes environnementales », « des revenus qui ne sont pas suffisants » et dépendent « de plus en plus des subventions ».

« Il y a un sentiment de ras-le-bol », a-t-il confié à l’Associated Press, en confiant que la totalité de son revenu provient désormais des subventions, les ventes de lait couvrant tout juste les coûts de production.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. « En 20 ans, on est passé de 900 000 exploitants à moins de 600 000 aujourd’hui, et ils ne devraient plus être que 300 à 320 000 dans huit ou neuf ans », explique-t-il, en précisant que les zones difficiles, comme le Morvan ou le Massif central, loin des grandes métropoles, où le relief et le climat sont rudes, sont particulièrement menacées de désertification.

De plus, 50% des jeunes agriculteurs sont célibataires.

« Ce métier n’inspire plus la fierté et l’envie », déplore-t-il, et « il y a un problème de revenus, d’identité de métier, notamment dans l’élevage ». Pascal Ferey estime toutefois que malgré tous ces problèmes, « il faut donner à ce métier une image de modernité, le ré-expliquer, notamment pendant le Salon de l’agriculture (SIA), et dire qu’il permet d’aménager le territoire et l’entretenir, mais aussi de vivre en plein air et d’être son patron ».

Il note aussi qu’il y a une vingtaine d’années, le travail était beaucoup plus pénible physiquement. « Pour l’avenir, il va nous falloir être imaginatif. Il faut avoir des coûts de production plus faibles, et la PAC (Politique agricole commune) nous oblige à faire des gains de productivité », explique-t-il.

Parmi les autres pistes, il estime qu’il faut offrir une palette de produits plus large en matière de produits labellisés ou bio, et note que les exploitants qui vivent à proximité des zones urbaines se diversifient en se tournant vers le tourisme vert.

Autre point accueilli favorablement par les agriculteurs: « le fait que notre budget soit assuré jusqu’en 2013 », remarque-t-il, suite aux négociations qui ont eu lieu récemment sur le budget européen. « Ca nous permet de nous inscrire dans la durée, et ça remet un peu de baume au coeur des agriculteurs ».

En ce début 2006, les inquiétudes concernent plus l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et les nouvelles négociations à Genève. « Si les frontières s’ouvrent comme pour le textile, notre métier est foutu. Il faut limiter en volume l’accès des produits étrangers. On n’a pas envie de lâcher sur les barrières qui existent actuellement », souligne-t-il.

Luc Guyau, président de l’APCA (Assemblée permanente des chambres d’agriculture) et ancien président de la FNSEA, estime également qu’à l’OMC, « rien n’est à négocier si les autres ne font pas d’efforts », et qu’« il serait catastrophique de supprimer la préférence communautaire ».

Concernant le budget de l’Union européenne, il considère qu’« on s’en est pas trop mal sortis », mais que « la pression est forte ». « N’attendons pas 2014 pour réagir », a-t-il déclaré à l’AP, en insistant sur les difficultés traversées par tout le secteur, notamment la viticulture et l’aviculture.

« En cinq ans, la baisse des revenus dans l’agriculture a été de 22% », affirme-t-il, en notant que pour redresser la barre, il faut jouer sur la productivité, le travail en commun, la réduction des charges.

« On a quand même des raisons d’espérer », remarque-t-il. Pour lui, il est important d’expliquer à l’opinion publique, notamment à l’occasion du Salon international de l’Agriculture (du 25 au 5 mars, à Paris-Expo, Porte de Versailles à Paris), que l’agriculture dépasse la simple production, et qu’elle est aussi vitale pour les emplois dans les domaines de l’agro-alimentaire et de l’équipement, pour l’aménagement du territoire et pour l’environnement.

Source : AP

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA)
http://www.fnsea.fr/

Salon international de l’agriculture
http://www.salon-agriculture.com/

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