La Coalition pour la protection du territoire agricole s’inquiète : un panier d’épicerie parmi les moins chers

Montréal (Québec), 6 février 2006 – Les Canadiens ont de quoi se réjouir : le 7 février, Journée d’affranchissement des dépenses alimentaires, ils ont gagné suffisamment d’argent pour payer toutes leurs factures d’épicerie de l’année. Quant aux Québécois, ce fut atteint le 6 février. Mais à quoi ressemblera notre panier « québécois » dans quelques années si le territoire agricole continue de se fragiliser? Nos aliments de demain : d’où proviendront-ils? Comment auront-ils été produits? À quel prix? Autant de questions qui préoccupent la Coalition pour la protection du territoire agricole.

Profitant de cette Journée d’affranchissement des dépenses alimentaires, quatre organisations représentant l’ensemble de la chaîne agroalimentaire se joignent à la Coalition pour la protection du territoire agricole instaurée par l’UPA en avril 2004. M. Jacques Légaré, président et directeur général du Conseil de la transformation agroalimentaire et des produits de consommation (CTAC), M. Florent Gravel, président et directeur général de l’Association des détaillants en alimentation du Québec (ADA), Mme Geneviève Reed, responsable du service de recherche et de représentation d’Option consommateurs et M. Charles Tanguay, directeur adjoint de l’Union des consommateurs, unissent leurs voix à celle de l’Union des producteurs agricoles (UPA) afin de sensibiliser les gouvernements et l’ensemble de la société à la nécessité de protéger le patrimoine cultivable. Réunis ce matin en conférence de presse, ils enjoignent l’État à de prendre les mesures indispensables pour assurer la préservation de la base territoriale pour la pratique de l’agriculture, souhaitant ainsi mettre un frein au développement abusif en zone agricole.

Outre les intervenants de la chaîne agroalimentaire, les agriculteurs et agricultrices du Québec ont à coeur de faire bénéficier leurs concitoyens d’un panier d’épicerie de qualité. Et ils souhaitent pouvoir le faire encore longtemps. Pour cela, une condition essentielle doit être respectée : la sauvegarde de notre héritage agricole. « Car, sans le maintien de nos bonnes terres, comment cultiver fruits, légumes et céréales qui garnissent nos étals? Comment élever les animaux, produire le lait et les fromages qui font la réputation du Québec? Comment offrir aux consommateurs ces saveurs, ces odeurs, ces couleurs, dans toutes nos régions, en tout temps?

C’est avec la terre qu’on produit les aliments qui nourrissent notre corps et notre coeur », ont déclaré les porte-parole de la Coalition.

Les représentants des organisations présentes poursuivent en disant : « Nous sommes inquiets de l’avenir de nos terres cultivables qui subissent des pressions de toutes parts : développement résidentiel, industriel, touristique, construction de terrains de golf, d’autoroutes et d’infrastructures. Si ces projets font le bonheur de certains, malheureusement, on ne nourrit personne avec de l’asphalte et du béton et, à long terme, c’est notre souveraineté alimentaire qui est remise en cause. Pour le bénéfice des générations actuelles et futures, autant celles qui cultivent que celles qui mangent, nous devons cesser dès aujourd’hui de dilapider le patrimoine cultivable.

Les membres de la Coalition ont souligné le double discours du gouvernement du Québec qui, d’un côté fait la promotion du développement durable et de l’autre côté, décide, par exemple, contre toute logique, de faire passer l’autoroute 30 en pleine zone agricole, sacrifiant ainsi plus de 500 hectares de terres parmi les meilleures au Québec.

« Comment l’étalement urbain sur les terres agricoles contribue-t-il au développement durable? En quoi l’utilisation accrue de l’automobile au détriment des transports en commun améliore-t-il la qualité de l’environnement? De quelle manière la disparition des terres agricoles bonifie-t-elle, à long terme, la qualité de vie des citadins? Et faute de terres pour produire nos aliments ici, comment les milliers de kilomètres parcourus par des produits en provenance des quatre coins de la planète participent-ils à l’effort de réduction des gaz à effet de serre? » Beaucoup de sujets d’inquiétude demeurant sans réponse.

L’agriculture joue un rôle essentiel et prépondérant dans la vie de nombreuses communautés périurbaines et rurales. Elle participe au dynamisme socio-économique des régions tout en ayant un rôle multifonctionnel. En protégeant le territoire agricole, c’est la vitalité de tout le Québec qu’on défend et sa capacité de voir à sa propre sécurité alimentaire. Voilà sans doute pourquoi la très vaste majorité des Québécoises et des Québécois soutiennent que le gouvernement devrait protéger davantage les zones cultivables et sont d’avis que les grandes infrastructures devraient épargner les terres agricoles. En effet, selon un sondage effectué pour le compte de l’UPA en octobre 2005 par la firme Léger Marketing auprès de 100 répondants, 93 % des Québécois souhaitent voir les terres agricoles autant ou mieux protégées qu’elles ne le sont actuellement. Quant à la possibilité de protéger les sols réservés à l’agriculture, 96 % d’entre eux sont en accord avec cette mesure.

Les terres cultivables représentent moins de 2 % du territoire québécois, lesquelles sont fortement concentrées dans la vallée du St-Laurent en raison notamment de la très grande qualité des terres, d’un climat plus chaud et de la proximité des marchés. Situées dans la partie la plus densément peuplée du Québec, elles sont donc fortement convoitées à des fins autres qu’agricoles.

Depuis 1994, il y a eu plus de 21 300 demandes visant l’exclusion de la zone agricole, l’implantation ou l’agrandissement d’un usage non agricole, soit une moyenne de plus de 1 900 demandes par année. L’ensemble des superficies visées couvre plus de 82 100 hectares. La Commission de la protection du territoire agricole (CPTAQ) a autorisé un changement de vocation pour 57 % de ces superficies. Quand on sait que les terres arables constituent une ressource non renouvelable et que chaque parcelle qu’on arrache à sa vocation de nourrir notre monde ne sera plus jamais cultivée, il y a de quoi s’inquiéter, surtout si l’on considère la très grande superficie en zone blanche encore disponible à des fins d’urbanisation un peu partout au Québec. C’est pourquoi la Coalition pour la protection du territoire agricole en appelle à une sensibilisation des gouvernements.

Mentionnons, en terminant, que la Coalition, en plus des nouveaux membres annoncés en conférence de presse aujourd’hui, regroupe notamment l’Association professionnelle des chauffeurs de camion et Coop des camionneurs, la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), La Coop fédérée, la Confédération des syndicats nationaux (CSN), le Conseil régional de l’environnement de Montréal, Équiterre, la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), la Fondation québécoise en environnement, Greenpeace, l’Ordre des agronomes du Québec (OAQ) et Nature Québec/UQCN.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Union des producteurs agricoles (UPA)
http://www.upa.qc.ca/

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