La France commence à faire les comptes de la sécheresse

Paris (France), 23 août 2005 – La France commence à faire les comptes de la sécheresse: 72 départements ont imposé des restrictions d’usage de l’eau, et 30 à 40 d’entre eux sont susceptibles de bénéficier du dispositif de calamités agricoles, selon le ministère de l’Agriculture.

Une dizaine ont déjà déposé leur dossier. D’autres suivront au fil des récoltes médiocres de l’été. L’addition sera toutefois moins salée qu’en 2003, où 83 départements avaient bénéficié du dispositif de calamités agricoles pour 600 millions d’euros. « On sera vraisemblablement en dessous », estime-t-on au ministère.

La sécheresse actuelle ressemble à celle de 1976 par sa précocité. Les pluies sont rares depuis l’automne et l’hiver, affectant le remplissage des nappes et cours d’eau, pour certains à leur plus bas niveau depuis 50 ans, selon la ministre de l’Ecologie, Nelly Olin.

Mais sur le plan agricole, « 2005 est moins grave que 2003 » et bien moins grave que 1976, où la sécheresse, cumulée au premier choc pétrolier avait entraîné la première grande crise du revenu agricole, rappelle le ministère de l’Agriculture.

Les récoltes de juillet (fourrage, blé, orge) n’ont pas trop souffert, contrairement à l’épisode de sécheresse de 2003.

En revanche, les récoltes de maïs, qui s’étalent jusqu’en novembre, seront certainement affectées par le manque d’eau.

Certains départements subissent les assauts de la sécheresse depuis deux, voire trois ans. L’Aveyron, la Drôme, l’Ardèche, la Lozère sont ainsi « abonnées » à des sécheresses répétées.

Pour les agriculteurs de ces régions, le ministre Dominique Bussereau envisage un coup de pouce supplémentaire. « Il y a des gens qui ont souffert en 2003, qui souffrent à nouveau, donc j’envisage, avec l’accord du Premier ministre, des mesures particulières pour ce que j’appellerais les pluri-sinistrés », a indiqué mardi le ministre.

La Commission nationale des calamités agricoles, qui se réunit le 8 septembre, pourrait décider de relever le taux d’indemnisation (30% actuellement) des agriculteurs les plus touchés.

D’ici là, chacun scrute le ciel: les pluies peuvent améliorer les choses, en arrosant les cultures et en évitant le recours à l’irrigation. Selon Patrick Galois, prévisionniste à Météo France, les pluies de l’été n’ont guère aidé: « elles ont été les plus faibles précisément là où on avait une situation de sécheresse ».

Les premières pluies vraiment « efficaces » en terme de remplissage des nappes et cours d’eau n’interviendront pas avant septembre-octobre.

« On peut aussi avoir des sécheresses qui se reconduisent d’une année sur l’autre », observe M. Galois, citant la série noire de 1988-1992: 4 sécheresses à répétition.

La France « n’est pas à l’abri de sécheresses répétées, compte tenu du changement climatique », avait prévenu début août la ministre de l’Ecologie, appelant à un changement des comportements.

La culture du maïs, vorace en eau, est sous le feu des critiques des associations d’écologistes et de consommateurs.

« La France a besoin de produire du maïs », a rétorqué mardi Dominique Bussereau, appelant à créer « de nouvelles ressources en eau ».

Pour les écologistes du WWF, « les réservoirs et barrages ne sont pas la solution ». « Les retenues diminuent le débit des rivières, empêchent les zones humides de jouer leur rôle de stockage naturel, et nuisent à la réalimentation de la nappe phréatique »: bref, elles aggravent la sécheresse.

Source : AFP

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