La pollution agricole en France s’attaque aux eaux souterraines

Paris (France), 24 octobre 2001 – La pollution agricole en France ne se limite plus au sol et au sous-sol, elle s’attaque de façon lente, mais inéluctable, aux nappes d’eau souterraines, constate un rapport du Commissariat au Plan.

Si le rapport sur « la politique de préservation de la ressource en eau destinée à la consommation humaine » conclut à une eau globalement « correcte » en France, il met néanmoins l’accent sur une dégradation de la qualité des nappes phréatiques suivant un « processus partiellement irréversible ».

Même si des mesures de réduction des rejets polluants sont prises pour préserver les ressources souterraines, il faudra attendre « inévitablement » plusieurs années ou plusieurs dizaines d’années avant de pouvoir en mesurer les effets.

« Des menaces pèsent sur certaines ressources, en particulier les eaux souterraines dans les régions à forte activité agricole », précise le rapport.

Il affirme que les nappes seront « à terme atteintes par la migration lente mais inéluctable de substances déjà infiltrées dans le sol et le sous-sol ».

Les pratiques d’élevage et de culture sont les principales responsables de cette pollution, estime le document pour qui ce secteur exerce une « influence majeure » sur la qualité des ressources en eau potable.

La présence croissante de nitrates et de substances « dangereuses » comme les pesticides et les produits phytosanitaires dans certaines eaux souterraines ne fait plus aucun doute, même si les données restent « éparses » et « gravement incomplètes ».

« Un lien très net peut être établi entre l’insuffisance de la qualité des eaux et les pratiques d’agriculture intensive », assène le rapport qui dénonce notamment l’épandage de lisiers, les sols nus l’hiver et la concentration d’animaux par hectare.

Interdire certains produits

Le ministre de l’Environnement, Yves Cochet, a reconnu que certains secteurs ne disposaient plus d’eau potable à la suite des pollutions agricoles ou industrielles.

« Il est vrai que dans certaines régions, notamment la région de Bretagne, il y a un tiers – peut-être – des cantons qui ne sont plus distribués en eau potable, ce qui est une problématique très forte », a-t-il dit mercredi à l’issue du conseil des ministres. « On essaie avec M. (Jean) Glavany (ministre de l’Agriculture) de régler ce problème ».

La semaine dernière, le Comité national de sécurité sanitaire a annoncé la création d’un observatoire des résidus des pesticides, afin de mieux évaluer les risques sur la santé humaine des produits chimiques utilisés dans l’agriculture.

Des experts scientifiques soupçonnent les pesticides d’être à l’origine de maladies neuro-dégénératives, de cancers du sang, de maladies de peau, de fausses couches ou de malformations congénitales.

Jean Glavany, qui a récemment annoncé l’interdiction en France de la triazine, pesticide jugé dangereux pour la santé humaine et la qualité de l’eau, s’apprête à prendre d’autres mesures en ce sens, notamment concernant l’arsénite de soude, utilisée pour les vieux cépages.

Critiquant la politique de l’eau actuellement en vigueur dans l’Hexagone, le rapport du Plan considère que nombre d’actions ont été menées en dépit du bon sens, certaines s’étant juxtaposées, en l’absence de concertation.

Il recommande une « cohérence dans le dispositif public », préconisant un certain nombre d’orientations dont un “plan complet de mesures” échelonnées dans le temps, afin d’« infléchir » les pratiques agricoles.

Le rapport préconise en outre un renforcement de la protection des captages en eau, déplorant l’insuffisance de gardiens.

Rappelant que la qualité de l’eau « n’est jamais acquise », il suggère une action à tous les niveaux, allant de la commune à l’Union européenne.

Il recommande enfin la mise en place rapide d’une redevance sur les excédents d’azote et une réduction des effectifs d’animaux par hectare.

Source : Reuters

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