La prochaine politique agricole est mise en péril par la nomination de Michel Morisset

Saint-Germain-de-Kamouraska (Québec), 16 mars 2009 – La nomination de Michel Morisset comme consultant-expert pour la future politique agricole du Québec envoie un message très inquiétant en ce qui concerne l’application des recommandations du rapport Pronovost sur l’avenir de l’agriculture. Michel Morisset, professeur à l’Université Laval et consultant privé en agroalimentaire, est en effet un opposant farouche à la diversification agricole préconisée par le rapport et un défenseur acharné de la filière industrielle et intégrée. Selon lui, moins de 7,000 fermes sur les 30,000 qui restent ont des chances de survivre, à condition de s’industrialiser davantage. C’est le même raisonnement qui a fait disparaître 100,000 fermes au Québec à partir du rapport Héon dans les années 50.

Contrairement à ce que prétend M. Morisset, le rapport Pronovost, appuyé sur plus de 700 mémoires et autant d’auditions dans 15 régions du Québec, juge avec raison que l’impact de l’agriculture sur l’environnement, le développement régional, la santé, l’avenir des jeunes justifie un financement et une mise en marché modulés de façon à favoriser le développement, sur tout le territoire, de fermes et d’entreprises agroalimentaires de proximité qui optent pour des pratiques innovatrices et écologiques.

Même si le dossier peut paraître compliqué, il est essentiel que le public, les instances régionales et les agriculteurs concernés fassent pression sur le ministre Lessard pour que cette malheureuse nomination ne vienne pas compromettre l’application des recommandations du rapport Pronovost et pour empêcher ce gouvernement de se défiler une fois de plus devant les réformes nécessaires.

Les recommandations du rapport Pronovost s’inscrivent naturellement dans l’optique de démocratisation des pouvoirs et d’occupation du territoire que préconise la Coalition pour un Québec des Régions. Le rapport constate en effet que l’agriculture québécoise, particulièrement en région périphérique, est en train d’étouffer dans les structures rigides de financement, de production, de mise en marché et de protection du territoire agricole où l’a enfermé le monopole syndical de l’UPA. Dans ce modèle unique, l’agriculture est de plus en plus réduite à quelques grandes productions de masse qui se concentrent dans les régions centrales et siphonnent tous les fonds publics consacrés à l’agriculture et à l’alimentation alors qu’elles devraient plutôt relever du ministère de l’industrie et du commerce. Les productions artisanales, l’agriculture de proximité, locale et régionale, qui répondent au demandes des consommateurs et contribuent à l’occupation durable du territoire, sont laissées pour compte dans le régime actuel.

Sans exclure les fermes industrielles qui sont déjà en affaires, le rapport propose d’orienter majoritairement l’aide publique vers ces entreprises innovatrices, de proximité, d’appellation et d’occupation du territoire.Décentraliser et régionaliser le Québec, c’est aussi décentraliser et diversifier l’agriculture!

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Université Laval
http://www.ulaval.ca/

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