La réforme de la PAC se dessine mais le plus dur reste à faire

Bruxelles (Belgique), 13 juin 2003 – La réforme de la politique agricole commune (PAC) de l’UE semble désormais sur les rails mais le plus dur reste à faire pour arriver à un accord européen global lors du second marathon de négociations en moins d’une semaine qui s’ouvrira le 17 juin à Luxembourg.

Le président Jacques Chirac a affirmé vendredi que la France « n’acceptera pas n’importe quel accord » sur la réforme de la politique agricole commune (PAC) actuellement en discussion entre les Quinze.

Intervenant devant le Congrès mondial des jeunes agriculteurs réuni à Paris, M. Chirac a déclaré: « nous refuserons tout risque de payer deux fois, une fois en juin, à l’occasion d’un accord, et une autre fois à Cancun ».

En clair, Paris refuse de faire des concessions lors des difficiles négociations sur la réforme de la PAC et de devoir en faire de nouvelles pendant la réunion ministérielle de Cancun (Mexique), en septembre. Les Quinze s’étaient engagés, dans le cadre du cycle des négociations commerciales de Doha, à réduire leurs subventions agricoles.

Faute d’avancée suffisante sur la voie d’un compromis, les Quinze ont ajourné tard jeudi soir sur une note plus consensuelle qu’attendue les premiers pourparlers engagés la veille au Grand-Duché.

Les acteurs clés les plus opposés sur le dossier, la France et la Commission européenne, ont mis en avant l’ambiance positive dans laquelle s’est déroulé à leurs yeux un dîner à huis clos organisé par la présidence grecque de l’UE avec l’ensemble des ministres et le commissaire européen à l’Agriculture Franz Fischler.

« Chacun a montré sa volonté politique d’aboutir », s’est félicité le ministre français Hervé Gaymard. Il a insisté sur la conviction de tous qu’« il ne devrait y avoir ni vainqueur ni vaincu ».

Il a salué une « attitude plus constructive » et des velléités de M. Fischler « de bouger » par rapport à la première proposition de compromis mise sur la table par le ministre grec Giorgios Drys mercredi et rejetée par un noyau dur de pays emmenés par la France, l’Espagne, l’Irlande, l’Autriche et l’Italie.

« Tout le monde est tombé d’accord pour une réforme et tout le monde est d’accord aussi que cette réforme devrait être valable pour les dix prochaines années afin de donner une perspective à l’agriculture » européenne, a renchéri de son côté le porte-parole de Franz Fischler, parlant d’une « atmosphère extrêmement bonne ».

Le report des travaux à l’après-midi du 17 juin offre « une bonne opportunité pour la réflexion dans les délégations », a-t-il ajouté.

Avancée notable en elle-même, l’intention de boucler rapidement la réforme de la PAC, dans la perspective de la prochaine conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en septembre à Cancun (Mexique), apparaît désormais unanime.

La concrétiser d’ici mardi prochain dans une nouvelle proposition de compromis acceptable par tous est une autre affaire. « Il y a du pain sur la planche », résume un diplomate européen, soulignant la persistance d’antagonismes encore vifs sur les idées phares du projet défendu par le commissaire Fischler.

Dans ce contexte, une des clés est sans doute l’entente franco-allemande conclue par le président Jacques Chirac et le chancelier Gerhard Schroeder, que M. Gaymard et la ministre écologiste allemande Renate Kuenast ont confirmé à Luxembourg.

« Nous avons politiquement décidé d’aider la France. En même temps, la France a bougé également », a expliqué vendredi M. Schroeder à la radio française Europe 1.

« L’accord franco-allemand est évidemment important: d’un côté, il y a le plus grand pays agricole européen, de l’autre le plus gros contributeur au budget de la PAC », souligne un diplomate d’un pays européen tiers.

Sur la base de cette entente, la France a proposé jeudi un « découplage partiel » des aides directes aux agriculteurs, qui toucheraient 60% des primes à la production de céréales et 40% de celles à la production bovine, en excluant les primes à la vache allaitante et à la production laitière.

L’entourage de M. Fischler a salué « le long chemin » parcouru par Paris sur cette question mais jugé « insuffisant » un tel scénario, déjà prôné par le Parlement européen. Inquiet de voir son projet vidé de sa substance, le commissaire, partisan d’un découplage total, a estimé que « deux Etats membres ne peuvent pas dicter aux autres ce qu’il faut faire ».

Les autres « points durs » du nouveau marathon de la semaine prochaine restent la dégressivité des aides directes et la réduction des prix de soutien de l’UE à ses productions céréalières et laitières, rejetées par une dizaine d’Etats membres.

Source : AFP

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