L’accord économique Canada-Europe fait face à de la résistance

L'accord doit subir un vote important mardi tandis que la grogne monte chez ses opposants

Une semaine après l’arrivée du premier fromage à poutine québécois en France (celui de la Fromagerie de St-Guillaume), l’opposition s’organise de plus en plus outre-Atlantique contre l’accord économique entre le Canada et l’Union européenne, appelé Accord économique et commercial global (AECG).

Un vote qui devait avoir lieu mercredi dernier en France à l’Assemblé nationale sur la ratification du traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada a été repoussé à mardi le 23 juillet sur la demande de l’opposition.

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Le texte controversé, qui concerne 510 millions d’Européens et 35 millions de Canadiens, supprime les droits de douanes sur 98 % des produits échangés entre les deux zones. Il doit être ratifié par les 38 assemblées nationales et régionales d’Europe. L’essentiel de l’AECG est entré en vigueur en 2017, mais certains pays n’ont pas encore ratifié l’accord.

Plusieurs secteurs économiques, dont le secteur agricole, craignent l’entérinement de l’accord qui est entré progressivement en vigueur depuis deux ans. Le boeuf produit au Canada ne répondrait pas aux exigences européennes, tout comme le porc. Les hormones de croissance seraient en cause dans le premier cas alors que la ractopamine est pointé du doigt dans le second. Plusieurs gouvernements ont souligné que seuls les denrées respectant les normes en cours en Europe seraient permises d’importation, et selon certaines quantités précises.

La question des quotas de fromages importés par le Canada susciteraient aussi de la grogne en Europe. Selon un article du National Post, le Canada aurait reçu en avril dernier une demande du comité conjoint de l’accord sur l’agriculture afin d’examiner les importations de fromage de l’Europe vers le Canada. Les Européens plaident que le Canada limiterait l’accès des fromages faits outre-mer en sol canadien. Selon les chiffres, le taux d’utilisation des quotas a fortement augmenté à la fin de l’année en 2018. L’allocation a finalement atteint 99% pour le fromage fin, contre 96% en 2017; et 71% pour le fromage industriel, en hausse de 58%. Mais seulement un tiers et 7%, respectivement, avaient été pourvus à la fin du mois d’août 2018. Le Canada avait accepté autant que possible  de «maximiser le maque à gagner» .

L’un des problèmes spécifiques noté par l’Europe est que le Canada alloue 50% du quota de fromage aux fabricants canadiens. Cet aspect de l’entente irait à l’encontre de l’Accord qui stipule que le quota doit être attribué aux «personnes les plus susceptibles de l’utiliser», tels que les importateurs qui importent déjà du fromage européen dans le cadre de quotas de l’Organisation mondiale du commerce.

La note envoyée au Canada en avril indique également un «taux de transfert significatif d’allocations de quotas», l’attribution de «très faibles quantités» à certains opérateurs et l’absence de moyen d’attribuer des quotas aux nouveaux distributeurs.

En vertu de l’AECG, l’importation de 5,3 millions kilos de fromage ont été autorisés. Le montant devrait augmenter progressivement pour atteindre 16 millions de kilos d’ici 2022.

L’accord continue entre-temps d’être appliqué, comme le montre les chiffres sur les exportations. Elles ont augmenté de 7% pour le Canada et de 9% pour l’Europe.

Le fromage frais de St-Guillaume se retrouve parmi les produits canadiens exportés en Europe. Pour ceux qui seraient tentés par l’expérience poutine en sol européen, le fromage le P’tit frais sera servi pour notre met national à la P’tite poutine à Lille en France, grâce à une congélation immédiate du fromage afin de garder son goût et son célèbre bruit de skouik-skouik.

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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