Le Brésil, champion de l’éthanol

Sao Tome (Brésil), 10 mars 2006 – Au Brésil, sept nouvelles voitures sur dix roulent à l’éthanol. Ce biocarburant, produit à partir des champs de canne à sucre, est en pleine croissance dans le géant de l’Amérique latine, en passe d’en devenir le premier fournisseur mondial.

En matière d’éthanol, le Brésil a bien plus qu’une longueur d’avance sur les Etats-Unis. Le président américain George W. Bush considère ce carburant de substitution comme une solution d’avenir pour réduire la dépendance de son pays au pétrole. Il a fixé l’objectif de remplacer d’ici 2025 les trois quarts des importations de brut en provenance du Moyen-Orient par de l’éthanol américain.

Mais on est loin de la situation qui prévaut au Brésil, où l’éthanol satisfait déjà presque la moitié de la demande de carburant pour les véhicules particuliers. Selon les experts, il est peu probable que les Etats-Unis soient un jour en mesure de rivaliser avec le Brésil en la matière. La politique mise en oeuvre par Brasilia pour stimuler la consommation de ce biocarburant est citée en exemple.

« Le pétrole, c’est presque de l’histoire », lance Celso dos Santos, directeur commercial de la coopérative agricole Cocamar, dont une vaste usine basée dans la petite ville de Sao Tome produit 350 000 litres d’éthanol par jour.

Les entreprises du secteur n’ont jamais été aussi rentables et semblent promises à un bel avenir, depuis la décision de la dictature militaire, dans les années 70, de subventionner la production d’éthanol et d’exiger sa distribution dans chaque station-service du pays.

L’engouement pour les voitures fonctionnant uniquement à l’éthanol s’est éteint avec la chute des cours du pétrole au début des années 90. Mais le biocarburant est revenu à la mode en 2003 avec la mise sur le marché de voitures fonctionnant aussi bien à l’essence, à l’éthanol qu’avec un mélange des deux.

Avec la flambée des cours du pétrole depuis l’an dernier, les Brésiliens se sont tournés massivement vers ces modèles, alors que l’éthanol était deux fois moins cher que l’essence.

Certains experts prédisent que les voitures fonctionnant indifféremment à l’éthanol ou à l’essence représenteront 90% du marché intérieur des voitures neuves d’ici plusieurs années. D’autres estiment que la récente hausse des prix de l’éthanol pourrait maintenir sa consommation au niveau actuel.

Les Etats-Unis sont très loin de connaître une telle situation. « Le gouvernement américain ne dictant pas sa conduite au marché, le processus sera beaucoup plus lent qu’au Brésil », prédit Amani Elobeid, économiste de l’Université de l’Iowa et spécialiste du marché du sucre.

Une proportion faible, mais croissante, de véhicules fabriqués aux Etats-Unis sont conçus pour fonctionner avec la version américaine de l’éthanol, l’E85, composé de 85% d’alcool issu du maïs et de 15% d’essence. Mais de nombreux Américains ne savent pas que leur véhicule peut rouler à l’E85, qui n’est de toute façon disponible que dans 610 stations-service du pays.

Au Brésil, l’éthanol est légèrement moins taxé que l’essence et moins cher à produire. Il est actuellement vendu l’équivalent de 95 cents le litre, contre 1,24 dollar pour l’essence, et constituait l’an dernier le carburant utilisé par 48% des véhicules particuliers.

Et le Brésil tente d’encourager la consommation de l’éthanol à l’étranger. Le président Luiz Inacio Lula da Silva a affirmé cette semaine en Grande-Bretagne que son pays voulait « planter le pétrole du futur » et promouvoir des changements radicaux dans le domaine de l’énergie.

Source : AP

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