Le Brésil fait un pas vers la légalisation des transgéniques

Rio de Janeiro (Brésil), 26 septembre 2003 – Premier exportateur mondial de soya, le Brésil vient de faire un pas vers la légalisation des transgéniques en autorisant la culture et la commercialisation de soya génétiquement modifié pour 2004, malgré les réticences de la ministre de l’Environnement et d’organisations de consommateurs brésiliens.

Le décret d’autorisation « temporaire » de soja transgénique en 2004 a été signé soir par le vice-président, José Alencar, en l’absence du président Luiz Inacio Lula da Silva, actuellement en tournée à l’étranger.

« Lula a fait preuve de lâcheté. Il est parti et a laissé son vice-président dans le pétrin. C’est Alencar qui a signé et c’est donc lui qui est reponsable aux yeux de la justice », a déclaré vendredi à l’AFP, Flavia Londres, porte-parole du mouvement « Campagne pour un Brésil libre de transgéniques », regroupant plus de 80 organisations.

La décision de permettre la culture et la commercialisation de soja transgénique en 2004 a été adoptée après plusieurs jours de virulents débats au sein du gouvernement.

A l’issue de l’une de ces discussions, la ministre de l’Environnement, Marina Silva, a fondu en larmes. Vendredi, la ministre est descendue embrasser les quelque 200 manifestants qui protestaient contre le décret à Brasilia.

Le ministère de l’Environnement souhaitait que la compagnie américaine Monsanto, détentrice du brevet sur le soja Roud-up Ready, effectue une étude d’impact spécifique aux sol et climat brésilien avant toute prise de décision concernant les OGM, comme le stipule l’article 225 de la Constitution.

Le procureur général de la République, Claudio Fonteles, a déjà prévenu qu’il allait examiner la légalité de la mesure.

« Protection de l’environnement et santé des consommateurs sont deux points essentiels dont nous devons tenir compte », a ajouté Fonteles qui a rappelé que la culture et la commercialisation des organismes génétiquement modifiés (OGM) est officiellement interdite dans le pays. La législation en vigueur détermine qu’en cas de saisie, les produits transgéniques doivent être « détruits ».

Le décret signé jeudi prévoit notamment que les agriculteurs qui planteront du soja transgénique devront signer un document où ils reconnaissent le caractère illégal de la culture d’OGM et assument la responsabilité pour tout éventuel dommage à l’écologie.

Pour Flavia Londres, cela « prouve que le décret est illégal et cela laisse bon espoir aux consommateurs brésiliens de le voir contesté en justice ».

Cette autorisation du soja transgénique répond aux demandes des agriculteurs de l’Etat de Rio Grande do Sul (sud du Brésil), soutenus par le ministre de l’Agriculture, Roberto Rodrigues, un industriel de l’agro-alimentaire.

Lula avait déjà autorisé, en mars dernier, la commercialisation de soja transgénique de la récolte 2002-2003 plantée illégalement dans le sud du pays avec des semences de contrebande arrivant d’Argentine, surnommées « soja Maradona », pour éviter des pertes substantielles.

Selon les estimations officielles, 30% de la production de soja brésilien de 2002-2003 a été transgénique. Cette année, d’après le président de l’Association brésilienne de Soja, Ywao Miyamoto, 5 millions d’hectares dont dépendent 160 000 familles, ont été plantés avec des graines venues en contrebande du Paraguay et de l’Argentine.

Source : AFP

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