Le Brésil mise sur le pactole de l’éthanol

Sao Paulo (Brésil), 10 novembre 2004 – Au moment où le prix élevé du pétrole pose à nouveau le problème des énergies renouvelables, le Brésil, premier producteur mondial de canne à sucre, mise sur un ambitieux plan de développement de l’éthanol avec une progression de la production de 55% d’ici 2010.

« Nous prévoyons de passer d’une production de 154 millions d’hectolitres en 2004 à 240 millions en 2010 », déclare Fernando Riberao, secrétaire général de l’Unica, l’interprofession de la canne à sucre de l’Etat de Sao Paulo.

L’éthanol constitue un véritable pactole pour le Brésil, avec un impact de 52 milliards de dollars sur la balance des paiements entre 1976 et 2002, selon l’Unica.

Lancé en 1975, le plan Proalcool, le plus grand programme d’énergie renouvelable au monde, avait été conçu comme une alternative stratégique en remplaçant l’essence par de l’alcool. Ce plan connut un tel succès – le parc automobile à alcool a représenté plus de 90% de l’ensemble dans les années 90 – que le Brésil s’est trouvé face à une pénurie d’alcool.

La perte de confiance des usagers, privés de combustible, a été telle qu’ils ont boudé les voitures 100% alcool et se sont orientés de nouveau vers les modèles à essence, alimentés avec un mélange d’environ 25% d’alcool.

Mais une nouvelle révolution a vu le jour en 2002 avec la mise au point au Brésil d’un moteur bi-combustible, dit flexfuel. Ce moteur peut fonctionner indifférement à l’essence (un mélange essence avec 25% d’alcool anhydre) ou à l’alcool hydraté. Les deux types de combustibles sont présents dans tous les postes de distribution de carburant.

Pour les huit premiers mois de cette année, 24% des voitures neuves vendues au Brésil possédaient un tel moteur et les prévisions tablent sur deux tiers en 2007, d’autant que le prix de l’éthanol représente seulement 50 à 60% de celui de l’essence.

Après Volkswagen, Ford et Fiat, Renault a surmonté ses réticences et vient de lancer début novembre une Clio « flexfuel » qui sera suivie en 2005 par la Scenic et la Logan.

Avec actuellement 320 usines traitant au total 389 millions de tonnes de canne à sucre en 2004, soit 40% de la production mondiale, le Brésil, où la production d’éthanol est intégréé à celle de sucre, est le premier producteur mondial devant l’Inde et l’Australie.

La moitié de la canne est transformée en alcool et la moitié en sucre, ce qui représente une production de 27,4 millions de tonnes de sucre et 154 millions d’hectolitres d’alcool. Pour 2010, le Brésil table sur une production de sucre de 36 millions de tonnes, dont 26 exportés, et 260 millions d’hectolitres d’alcool, dont 5 au moins exportés.

L’éthanol pourrait profiter aussi du fait qu’Embraer, le quatrième constructeur mondial d’avions derrière Boeing, Airbus et le Canadien Bombardier et premier exportateur brésilien, vient de doter l’Ipanema, un avion destiné aux travaux agricoles, d’un moteur fonctionnant à l’alcool hydraté.

Pour accroitre ses exportations d’éthanol, « le Brésil a beaucoup de contacts avec la Chine et le Japon qui sont ses deux principales priorités », affirme Angelo Bressan, directeur du département sucre et alcool au ministère fédéral de l’Agriculture.

« Pour l’éthanol, l’Union européenne n’est pas vue comme un marché potentiel à court terme. L’avenir du marché mondial du sucre, où les 25 pays de l’UE vont être obligés de réduire leurs exportatations suite à leur prochaine réforme de l’OCM (organisation commune de marché), est beaucoup plus important pour les relations entre le Mercosur et l’UE que les questions de l’éthanol », souligne M. Bressan.

Source : AFP

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