2025 a été exceptionnelle pour le porc

L'année 2026 s'annonce bonne

Publié: il y a 1 jour

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2025 a été exceptionnelle pour le porc

L’année 2025 a été exceptionnelle pour le marché du porc. Seule l’année 2014, marquée par la diarrhée épidémique porcine (DEP) aux États-Unis a été meilleure pour les prix dans les 15 ou 20 dernières années.

Nous avons rencontré le stratège des marchés Simon Brière de R.J.O’Brien pour dresser un bilan de l’année 2025 et pour présenter les prévisions pour 2026.

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Le stratège des marchés Simon Brière de R.J.O’Brien. photo: Courtoisie

« L’année 2025 a été exceptionnelle », résume-t-il d’entrée de jeu.

Il ajoute toutefois un bémol. Dans son rôle, il analyse les marchés boursiers et offre des stratégies aux producteurs. Toutefois, le prix à la ferme est différent de celui placé à la bourse et a été un peu moins bon que les marchés boursiers, autant au niveau des grains que du porc. Il en résulte que les producteurs de porcs québécois peuvent avoir une perception moins positive de l’année exceptionnelle vue à la bourse.

« Le grain ici était toujours un petit peu plus cher, et la nouvelle formule pour le prix du porc au Québec a fait un peu baisser les prix. Alors, ce que je dis est vrai, mais c’est un petit peu moins hot pour l’éleveur de porcs au Québec », explique-t-il.

La nouvelle convention de mise en marché pour le porc prévoit en effet que les éleveurs reçoivent depuis avril 2025 88% de la valeur reconstituée de la carcasse américaine (cut out), comparativement à 90% dans la convention collective précédente. Or, la découpe a été un peu moins bonne en 2025.

« Mais ça demeure dans l’ensemble une très bonne année, comme on l’avait prévu, mais encore mieux qu’on l’avait prévu », précise Simon Brière.

Des grains abondants et peu cher jumelés à d’excellents prix du porc ont amené une profitabilité très intéressante pour les éleveurs.

Effet Trump

À côté de cela, les soubresauts politiques ont eu peu d’impacts pour les producteurs de porcs. En fait, le président américain assermenté en début de 2025, Donald Trump, a davantage marqué le marché du bœuf que celui du porc. Son but est de réduire le prix du bœuf payé par le consommateur.

Le prix record du bœuf est actuellement causé par une diminution du cheptel bovin américain.

« Jamais le cheptel aux États-Unis a été aussi faible depuis les 60 dernières années. J’ai le même nombre de bœufs aux États-Unis aujourd’hui, en 2026, qu’en 1960. Mais la population a beaucoup augmenté », dit Simon Brière.

Or, le cycle de la production bovine est long. Il faut prévoir une augmentation sur quatre ou cinq ans.

À la suite des actions de Donald Trump, dont l’annonce de l’augmentation des importations, les prix du bœuf ont légèrement baissé, mais ils ont par la suite monté lorsque le secteur a réalisé que ça ne règlerait pas les problèmes d’approvisionnement.

Il en a résulté une substitution partielle vers la viande de porc. Toutefois, Simon Brière explique que c’est le poulet qui est avantagé à ce niveau.

Dans la chaîne d’approvisionnement, le secteur de la volaille est très rentable, alors que le porc s’en tire plutôt bien, mais que le bœuf perd de l’argent.

« Les épiceries n’arrivent pas à passer des steaks à 100$. C’est normal, dit Simon Brière. Le coût de la vie est excessivement élevé. Qui va à l’épicerie aujourd’hui s’acheter des steaks à 100 piastres, alors qu’on a de la misère à payer l’hypothèque, le loyer, le coût de la vie? »

Il ajoute que ceux qui font de l’argent chez les producteurs de bovins, ce sont ceux qui vendent des veaux. Les parcs d’engraissement vendent les animaux chers, mais ils doivent aussi acheter des veaux très chers.

Prévisions 2026

Selon Simon Brière, l’année 2026 commence bien pour les éleveurs de porc. « Tout ce qui est vrai de 2025 est encore vrai pour 2026 », dit-il.

Actuellement la marge de profit est bonne puisque les grains sont peu dispendieux et que le prix du porc est élevé. Le cheptel américain est appelé à augmenter, mais pas de façon drastique. Cela provient d’un prix du porc intéressant qui amène les éleveurs à augmenter leur cheptel, mais rien pour faire chuter les prix.

« Peu importe ce qui se passe à la bourse, je n’aurai pas trop de problèmes cette année parce qu’on a un bon départ, dit-il. On se réjouit. Est-ce que l’année dans son ensemble va être aussi exceptionnelle que 2025? Ça m’étonnerait tellement que 2025 était bonne, mais 2026 s’annonce, dans son ensemble, bonne. »

Recommandations

En raison des excellentes marges actuelles, Simon Brière recommande d’en profiter et de commencer à se protéger, autant du côté des grains que du prix du porc.

« La décision d’en sécuriser, elle ne peut se faire qu’en regardant l’ensemble du portrait, car aujourd’hui ma profitabilité dépend autant des grains, de la moulée, du coup d’alimentation que de mon revenu », dit-il.

Il ne faut toutefois pas partir en peur, mais plutôt avoir une stratégie diligente. Selon lui, il est sage de commencer à protéger 5 ou même 10% de sa marge de profit de l’année 2026. Si de nouvelles opportunités se présentent, le producteur pourra en sécuriser davantage durant l’année.

« S’il y a des conditions de marché imprévisibles qui font en sorte qu’on a un vent de face, eh bien j’ai une partie de ma production qui va être sécurisée. Et c’est autant dans les achats de grains que les ventes de porcs parce que c’est la marge de profit qui m’intéresse », dit-il.

Il ne suggère jamais de sécuriser plus de 50% du revenu parce qu’il veut de la flexibilité qui lui permet de prendre des décisions. Mais ça, c’est quand c’est profitable, car rappelle-t-il, lorsque ce n’est pas profitable, il y a toujours l’ASRA. C’est toujours le profit qui compte.

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À PROPOS DE L'AUTEUR

Marie-Josée Parent

Marie-Josée Parent

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.