Le lait n’est pas bon pour la santé, affirment des scientifiques américains

Montréal (Québec), 11 février 2001 – Le lait, mauvais pour la santé? C’est ce qu’affirme un groupe de scientifiques américains. Leur position fait bondir bon nombre de leurs confrères qui, même s’ils s’entendent sur certains défauts du lait, considèrent qu’il est irresponsable de prôner une telle position.

Pourquoi boire du lait? Parce qu’il est riche en calcium ou parce qu’il représente la principale production agricole au Québec? Trouvant exagérée toute cette publicité entourant le lait, des voix s’élèvent pour mettre un peu de nuance dans son image blanche immaculée. Les plus extrémistes parlent même de ses effets nocifs sur la santé. De quoi avaler ses céréales matinales de travers.

Dans la dernière émission de sa série sur l’alimentation, l’animateur Daniel Pinard s’en prend au discours dogmatique sur le lait, comme si l’aliment était le seul à fournir les doses de calcium recommandées. Plus au sud, le Physicians Committee for Responsible Medicine (PCRM) – un organisme américain, végétarien et sans but lucratif qui dit représenter quelque 5000 médecins – clame carrément que le lait donne le cancer!

Les Nord-Américains, grands buveurs de lait, rappelle le PCRM, sont nombreux à souffrir de cancer de la prostate ou du sein, de cardiopathies, de diabète, d’asthme et d’ostéoporose. Deux études de l’université Harvard ont noté une hausse des cas de cancer de la prostate chez les hommes qui buvaient plus de lait que la moyenne, sans nécessairement établir un lien direct de cause à effet. Chez les femmes, une autre étude de Harvard menée auprès de 77 000 femmes a noté que celles qui buvaient le plus de lait étaient plus souvent victimes de fractures. « À long terme, boire du lait est aussi néfaste que fumer! » affirmait le Dr John McDougall dans la revue Québec Science en décembre dernier.

Mais alors, ce lait? On le boit comme ça nous plaît, ou pas?

La question fait bondir les spécialistes consultés. « Ce n’est pas le lait qui est dangereux pour la santé de la population. C’est l’automobile et la poutine! » Le cardiologue Marc-André Lavoie considère qu’il existe au pays des problèmes nutritionnels plus sérieux que les supposés effets nocifs du lait. L’humain est le seul mammifère à boire le lait d’un autre animal et à continuer d’en boire à l’âge adulte. Ce n’est peut-être pas un comportement très « normal », mais de là à conclure que le carton de lait doit être banni du frigo…

Le PCRM et les spécialistes consultés s’entendent au moins sur deux choses. Primo, le lait de vache est à proscrire chez les nourrissons, à moins qu’il ne s’agisse de lait maternisé. Secundo, le lait n’est pas un aliment essentiel dans l’alimentation. On peut très bien vivre vieux et en santé sans moustache de lait, mais encore faut-il consommer assez de calcium pour raffermir ses vieux os et de vitamine D pour en permettre l’absorption. Or le lait contient ces deux éléments.

Vitamine D plus calcium égale os solides. Et le lait n’est pas le seul aliment à y contribuer, même s’il a l’avantage de fournir la vitamine D. Un adulte aurait besoin de 1000 mg de calcium par jour; c’est un peu plus pour les enfants et les personnes âgées. Un plateau rarement atteint, si on se fie aux études américaines qui ont estimé que la moyenne se situe autour de 500 à 700 mg.

Mille milligrammes de calcium par jour, c’est quatre tasses de lait ou 100 grammes de fromage. Ou un kilo de brocoli. Ou trois boîtes de sardines avec les os. Ou huit tasses de légumineuses. Ou quatre tasses d’amandes. Ou un litre de lait de soya ou de jus d’orange enrichi de calcium. Gare aux excès, prévient toutefois la nutritionniste Lise Primeau. Trop de jus de fruits irrite les intestins des personnes qui souffrent du syndrome du côlon irritable et trop de lait ne convient pas à ceux qui sont intolérants au lactose.

Le lait est également soupçonné d’être une cause de diabète, mais le lien n’est pas clairement établi, explique Micheline Beaudry, professeure en nutrition à l’Université Laval.

Selon le Dr Ernest Seidman, chef du service de gastro-entérologie à l’hôpital Sainte-Justine, l’être humain n’est pas programmé pour boire du lait à l’âge adulte. Mais le lait reste une source riche en calcium abordable et abondante, ajoute-t-il.

Source : Presse Canadienne

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