Le ministre Vanclief fait preuve de mépris à l’égard des suggestions de l’industrie

Ottawa (Ontario), 30 mai 2003 – Lettre ouverte à l’honorable Lyle Vanclief, ministre de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire du Canada

Monsieur le Ministre,

Je trouve entièrement déplacés les commentaires que vous avez faits durant votre exposé lundi devant le Comité permanent de la Chambre des communes sur l’agriculture. Ces commentaires témoignent d’un manque de respect à l’égard de l’organisation nationale représentant les agriculteurs du Canada et envers votre propre Comité consultatif national sur la protection du revenu (CCNPR).

Dans une lettre envoyée au début de mai, vous avez demandé à la Fédération canadienne de l’agriculture (FCA) de vous soumettre des recommandations au plus tard le 23 mai sur la façon d’allouer la deuxième portion des fonds de transition fédéraux s’élevant à 1,2 milliard de dollars. Alors que cette requête nous a été envoyée avec très peu de préavis en plein milieu de la saison de plantation, nous l’avons prise très au sérieux et avons proposé un certain nombre d’options, dont une serait de collaborer avec le Comité consultatif national sur la protection du revenu. La FCA n’apprécie pas l’insinuation selon laquelle elle n’aurait pas été à la hauteur. Vous ignorez peut être que dans votre requête, vous demandiez à la FCA de consulter avec tous les groupes au sein de l’industrie. Étant donné que le CCNPR – votre comité composé de conseillers de l’industrie – représente tous les importants groupements de producteurs spécialisés et étant donné que le délai que vous aviez fixé ne nous donnait que très peu de temps, il semblait tout à fait logique de faire appel au comité existant. Là aussi, il est insultant pour vous d’insinuer que la FCA a manqué à sa responsabilité, lorsqu’elle essayait sincèrement de respecter les paramètres que vous aviez fixés.

La FCA est particulièrement ébranlée par votre indifférence aux recommandations du CCNPR dans les observations que vous avez faites lundi : [traduction] « Lorsque j’ai jeté un coup d’oeil à la lettre [du CCNPR] aujourd’hui, j’ai constaté qu’il n’a fait aucune recommandation très précise. Il affirmait qu’il aimerait telle mesure ou telle autre mesure, mais qu’on pourrait peut-être le faire autrement aussi, etc. Un examen sommaire de la lettre me permet de penser qu’il n’acceptera peut être pas l’initiative que j’avais espéré qu’il accepterait. Je suppose qu’il ne souhaite pas me faciliter la tâche en tant que ministre. »

Ces observations étaient insidieuses et tout à fait injustifiées. Les hommes et femmes autour de la table comprennent à fond la nécessité de trouver un équilibre entre les intérêts variés des groupements de producteurs spécialisés et des différentes régions. Vous devriez savoir également que les défis auxquels font face les agriculteurs créent souvent un environnement où les besoins varient considérablement d’une région à une autre et d’une province à une autre. Nous ne saurions jamais trop insister sur l’importance de transmettre les fonds là où ils sont les plus nécessaires. Pour cette raison, le CCNPR a réitéré la principale préoccupation exprimée par la FCA, à savoir qu’une allocation uniforme en fonction des ventes nettes admissibles (VNA) ne satisferait pas aux besoins de chaque province. Aussi bien la FCA que le CCNPR ont recommandé que vous collaboriez avec les organisations agricoles provinciales pour décider quelle est la meilleure méthode d’allocation pour les producteurs dans chaque province. Au cas où ce ne serait pas possible, la FCA et le CCNPR ont fait deux recommandations très claires sur la façon de répondre aux besoins dans le contexte de la méthodologie VNA que vous aviez déjà adoptée.

La première était que les fonds ne devraient pas être fournis simplement en guise de remplacement du CSRN ou comme programme de protection du revenu en cas de catastrophe, et de plus que les agriculteurs devraient y avoir accès immédiatement. Puis, le Comité a fait plusieurs suggestions sur la façon dont cela pourrait se faire. Cette recommandation vise à faire en sorte que les agriculteurs profitent le plus possible des fonds alloués.

La deuxième recommandation formulée pour répondre le mieux possible aux besoins dans le cadre du concept VNA était d’offrir deux options – une moyenne calculée sur cinq ans ou la moyenne dite olympique – en tant que critère de base pour évaluer les fonds à attribuer aux fermes. Cette recommandation est très importante en raison des différents défis auxquels les fermiers ont fait face au cours des cinq dernières années et constitue une excellente façon de répondre aux besoins.

Votre manque de compréhension des options et votre manque de respect pour les suggestions faites par la FCA et le CCNPR illustrent les problèmes auxquels s’est heurtée l’industrie et la frustration ressentie par elle dans le cadre de ses efforts de consultation au sujet des programmes de gestion des risques commerciaux (GRC). Votre état d’esprit sape encore davantage l’initiative positive amorcée à Whitehorse et vis à vis de laquelle le Premier ministre a pris un engagement en juin dernier.

Monsieur le ministre, vous avez affirmé au Comité permanent que le mandat du tiers qui effectuera l’analyse des propositions du gouvernement concernant la GRC avait été approuvé par les « deux parties », c’est à dire par le gouvernement et la FCA. Cela est entièrement faux. La FCA a fait connaître son opposition au mandat dès le départ et a clairement articulé ces préoccupations dans une lettre qu’elle vous a envoyée le 2 avril 2003.

Tout au long de ce processus visant à obtenir des fonds de transition et à créer un cadre à long terme, l’industrie a fait un effort sincère pour coopérer de bonne foi avec le gouvernement. Votre réaction, comme le démontrent vos commentaires plus tôt cette semaine, a été de ne pas tenir compte de nos propos et de nous traiter avec condescendance. La désinvolture avec laquelle vous avez accueilli les recommandations faites par votre comité au sujet d’un dossier crucial, soit les besoins de l’industrie, et la manière dont vous souhaitez à tout prix appliquer vos mesures de GRC, alors que l’industrie s’y oppose, témoigne d’un manque de sensibilité aux besoins de l’industrie et remet en question votre engagement de nous voir comme des partenaires et participants. Votre attitude remet également en question votre sincérité lorsque vous avez demandé à l’industrie de participer. À un moment où la collaboration est cruciale, l’industrie a de moins en moins confiance en votre détermination en tant que ministre et en la détermination de votre ministère de collaborer avec notre industrie.

Bob Friesen, président

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Agriculture Canada
http://Aceis.AGR.CA/

Fédération Canadienne de l’agriculture
http://www.cfa-fca.ca/

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