Le textile, le vêtement, l’agriculture, la foresterie et l’aérospatiale en manque de diplômés spécialisés

Montréal (Québec), 20 janvier 2005 – « Les pertes d’emplois massives commechez Bombardier ou à Huntingdon cachent le fait que des secteurs d’emploi telsque l’aérospatiale ou le textile peuvent présenter des ouverturesintéressantes. S’il ne fait pas de doute que les postes non qualifiés sontvulnérables, plusieurs entreprises déplorent un manque de diplômés danscertains domaines d’études spécifiques, ce qui limite leur capacité decroissance », indique François Cartier, vice-président et éditeur des EditionsJobboom.

Monsieur Cartier a exprimé ce constat à l’occasion du lancement del’ouvrage Les Carrières d’avenir 2005, qui recense chaque année les meilleuresperspectives d’emploi pour les diplômés.

« Plus un secteur dépend de la demande extérieure, plus il est vulnérableaux fluctuations économiques mondiales, précise M. Cartier. Les entreprisesqui s’en sortent le mieux sont celles qui cherchent à améliorer leurproductivité et à bien cibler leur marché, souvent en s’orientant vers desproduits à valeur ajoutée. Pour ce faire, elles ont besoin d’une main-d’oeuvreà la fois diplômée et qualifiée. Et, en situation de crise, elles tendront àgarder ces employés dûment qualifiés au détriment de ceux qui ne possèdent pasles compétences requises. »

Foresterie : jusqu’à deux fois plus de diplômés demandés
Malgré des difficultés liées à la réglementation et au conflit du boisd’oeuvre avec les Etats-Unis, la foresterie est confrontée année après année àd’importants problèmes de renouvellement de personnel, tandis que lesétablissements de formation n’arrivent pas à recruter assez d’élèves. Parexemple, on prévoit autour de 6 000 départs à la retraite dans les pâtes etpapiers pour la période 2003-2012, soit environ le tiers de l’effectif. Lesdiplômés du niveau collégial en Technologie des pâtes et papiers, et lesdiplômés universitaires en génie (spécialité en pâtes et papiers, en géniechimique, électrique et mécanique, notamment) sont particulièrement demandés.En Technologie des pâtes et papiers, le Cégep de Trois-Rivières dit recevoirdeux offres d’emploi par diplômé.

Dans le sous-secteur du sciage, les travailleurs les plus recherchés sontles opérateurs de séchoir à bois, les affûteurs, les opérateurs d’équipementde scierie et les superviseurs. Ces derniers doivent détenir un DEC enTechnologie de la transformation des produits forestiers. Ce programmeaffichait un taux de chômage de 0 % en 2004 et a régulièrement fait partie dela sélection des formations gagnantes au cours des dernières années. C’estdonc dire que ses 31 diplômés auraient pu être plus nombreux. D’ailleurs, pour2003-2007, sur 545 places disponibles dans les établissements d’enseignement,on prévoyait la sortie de seulement 80 diplômés.

De plus, les préoccupations environnementales sont de plus en plusévoquées, ce qui influence le besoin de main-d’oeuvre en aménagement forestier(reboisement et récolte) qui devrait diminuer en nombre, mais augmenter en cequi a trait au niveau de qualification : il faudra davantage de technicienspour faire des inventaires et des calculs, et des ingénieurs aussi. Mais là demême, le recrutement pose problème. Par exemple, seulement une quarantaine depersonnes sont actuellement inscrites en génie du bois; or, on en auraitbesoin d’une bonne centaine.

Textile : 0 % de chômage au collégial
Dans l’industrie textile, le manque de main-d’oeuvre diplômée représenteun défi pour les entreprises qui cherchent à développer des créneauxspécialisés pour contrer la concurrence internationale. En effet, le potentielde croissance de ce secteur au Québec se situe du côté des textilestechniques, qui ont des applications industrielles ou encore dans les secteursde la santé ou de l’environnement, par exemple. Or, on anticipe d’une partl’impact des départs à la retraite, mais d’autre part, la médiatisation desfermetures d’usines nuit à l’attrait de nouveaux travailleurs dans ce secteur,et les programmes de formation pertinents fournissent trop peu de diplômés.Par exemple, en 2004, le programme Technologie des matières textiles affichaitun taux de chômage de 0 % pour seulement 14 diplômés. Or, il est possible deformer chaque année environ 30 diplômés au DEC en textile (incluant laTechnologie de la production textile), un nombre que le marché du travail peuttoujours absorber. En 2004-2005 cependant, les inscriptions dans les deuxprogrammes étaient insuffisantes pour former un groupe. Soulignons aussi quele programme de Technologie des matières textiles répond aux critères de lasélection des formations gagnantes chaque année depuis la toute premièreédition des Carrières d’avenir il y a huit ans. Ces spécialistes peuventparticiper à la fabrication de tissus de haute technologie, comme les filtreset les écrans acoustiques.

Par ailleurs, on estime le taux de roulement de la main-d’oeuvre del’industrie à 10 %, ce qui équivaut à remplacer 2 750 personnes par année,dont 5 % d’entre elles sont des cadres. Les diplômés du collégial seretrouvent dans cette catégorie, qui inclut autant les superviseurs que lesresponsables de l’assurance qualité et les comptables.

Vêtement : 3 500 à 4 000 techniciens demandés
A ne pas confondre avec l’industrie textile, le secteur du vêtement asubi des milliers de mises à pied dans ses activités de production, mais on abesoin de relève dans de nouveaux domaines. Par exemple, pour les 18 à 24prochains mois, l’industrie canadienne (dont 50 % se trouve au Québec) abesoin de 3 500 à 4 000 nouveaux techniciens en marketing, en logistique, dansles achats et l’import-export. Or, ce type de travailleurs est actuellement ennombre insuffisant. Et même si les emplois de production – qui représentent80 % de l’industrie – tendent à migrer à l’étranger, les entreprises d’icivont continuer d’être des donneurs d’ordre. Le marché américain reste trèsimportant pour nous dans ce secteur; et le vêtement d’extérieur, la lingerie,le vêtement pour homme et les catégories haut de gamme dans les vêtements pourdames et pour enfants sont des segments dans lesquels ce secteur a toujours saniche. Dans ce contexte, les techniciens en production sont recherchés car ilsfont preuve de plus de flexibilité que la main-d’oeuvre moins qualifiée. Sansparler d’un volume d’embauches important, on note aussi que le besoin depatronistes (DEP en Dessin de patron) va demeurer en ce qui concerne laconception d’échantillons.

Agriculture : onze programmes gagnants en 2005
Onze programmes liés au secteur de l’agriculture, du secondaire professionnel à l’université, se classent cette année dans la sélection 2005 des formations gagnantes. Cela en fait le troisième secteur en nombre deprogrammes retenus, après ceux de la santé, du bâtiment et des travauxpublics. Malgré la crise de la vache folle qui a défrayé la manchette cesderniers mois, le vieillissement des travailleurs du secteur, la mécanisationdes équipements et l’agrandissement de la taille des fermes créent une demandepour du personnel spécialisé.

Ainsi, des programmes comme Production laitière, Technologie deséquipements agricoles et Gestion et exploitation d’entreprise agricole se sontnotamment illustrés avec des taux de chômage inférieurs à 5 % en 2004.Certains présentent un manque flagrant de diplômés pour répondre à la demandecomme c’est le cas de la Technologie des équipements agricoles, où l’onpourrait en former le double.

Fait intéressant, le sous-secteur de l’horticulture ornementale a faitune entrée remarquée dans notre section des formations « A surveiller », avecquatre programmes : Arboriculture-élagage, Fleuristerie, Horticultureornementale et Réalisation d’aménagement paysager. Selon les établissements deformation que nous avons consultés, tous les diplômés de ces programmes onttrouvé du travail en 2004, bien qu’il s’agisse généralement d’emploissaisonniers.

Aérospatiale : des milliers de postes à pourvoir!
Le monde de l’aérospatiale a été ébranlé par l’annonce, en octobre, de1 400 mises à pied chez Bombardier dans la grande région de Montréal. Mais,bon an mal an, on signale que la portion québécoise de cette industrie abesoin de quelque 1 000 travailleurs pour combler les nouveaux postes et lesdéparts à la retraite. De plus, selon un sondage du Comité sectoriel de main-d’oeuvre en aérospatiale du Québec effectué en novembre 2004, les quelque250 entreprises de cette industrie prévoyaient recruter plus de 3 500personnes pour la période allant de novembre 2004 à janvier 2006. HormisAir Canada et Bombardier, très peu d’entreprises ont des employés sur uneliste de rappel. Les spécialistes demandés vont de scientifique en génieaérospatial ou informatique à technicien en génie mécanique, en passant parmachiniste, outilleur ou tôlier. Confirmant cette tendance, le ConferenceBoard du Canada s’attend à ce qu’au pays, l’emploi du secteur passe d’environ50 000 (dont 42 000 dans le grand Montréal) en 2004 à près de 60 000 en 2008.L’Ecole des métiers de l’aérospatiale de Montréal signale par ailleurs unmanque de diplômés en outillage pour répondre à la demande actuelle desemployeurs.

Culture : la relève des gestionnaires se fait rare
Le secteur culturel voit quant à lui ses difficultés de financementaggravées depuis la réduction des crédits d’impôt en 2003. Malgré tout, leConseil québécois des ressources humaines en culture anticipe un importantproblème de relève du côté de ses gestionnaires. Le phénomène est encore peudocumenté, mais selon les informations de l’organisme, la majorité desdirigeants des organismes culturels, qui en sont souvent les fondateurs,devraient atteindre l’âge de la retraite d’ici 5 à 10 ans. La situation estparticulièrement préoccupante dans les domaines de la danse, du théâtre, de lamusique, de la muséologie et du patrimoine. L’univers du livre anticipeégalement un changement de garde à moyen terme. Selon l’Association nationaledes éditeurs de livres, la moitié des propriétaires de maisons d’éditionpartiront à la retraite d’ici à 10 ans. L’Association des libraires du Québecestime quant à elle que 58 % des propriétaires de librairies ont plus de50 ans.

L’importance du diplôme d’études terminal
Ces industries ne sont pas les seules à subir des manques de main-d’oeuvre pour des postes nécessitant des formations spécifiques. Lesservices automobiles, le transport, la plasturgie, le meuble, la fabricationmétallique industrielle, la biotechnologie et la pharmaceutique, notamment,sont dans cette situation. Ce décalage est souvent attribuable à un manque deconnaissance de ces formations de la part des jeunes, surtout en ce quiconcerne les niveaux professionnel et technique. Ces deux niveaux de formationdéboucheront pourtant sur les volumes d’emplois les plus importants au coursdes prochaines années.

« Nous l’avons affirmé maintes fois au cours des dernières années : plusque jamais, il est essentiel de détenir au moins un diplôme d’études terminal,menant à des compétences spécifiques sur le marché du travail », souligneM. Cartier.

« Le marché du travail actuel se compare avantageusement à celui d’il y a10 ans, poursuit M. Cartier. De 1994 à 2004, toutes les régions du Québec ontvu leur taux de chômage diminuer et leur taux d’emploi augmenter, une tendancequi devrait se poursuivre. Ce ne sont donc pas les occasions d’emploi quimanquent. Le problème qui se pose toutefois en est un d’inadéquation entre lespostes à pourvoir et la main-d’oeuvre qualifiée disponible, malgré un taux dechômage qui oscille entre 8 et 10 % depuis cinq ans. Dans ce contexte, LesCarrières d’avenir se présente comme un outil d’information des plus utilespour les jeunes et les personnes en réorientation professionnelle qui sont àl’affût d’occasions de faire fructifier leurs talents. »

Pour en savoir plus!
Les carrières d’avenir 2005 découle d’une importante enquête menée sur leterrain auprès de quelque 400 intervenants, principalement entre septembre etdécembre 2004. L’ouvrage de 300 pages regroupe les statistiques les plusrécentes, les analyses et l’information essentielles à la compréhension dumarché du travail québécois. Les témoignages de plusieurs centaines despécialistes des milieux industriel, professionnel et scolaire viennentétoffer cette recherche d’envergure. Le guide comprend également descoordonnées et des ressources indispensables.

Un bilan complet :
– Le top 150 des formations gagnantes
– L’emploi dans les 17 régions du Québec
– Une tournée de 36 secteurs d’activité importants

Des dossiers éclairants :
– Quel avenir attend les travailleurs québécois pour les 5 à 10 prochaines années?
– Orientation professionnelle : pas branché? pas de panique.
– Régions : le pari entrepreneurial
– L’industrie du jeu électronique en quête de talents

Jobboom, membre du réseau Canoe, est une filiale de Canoe Inc. et deQuebecor Média.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Jobboom
http://www.jobboom.com

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