Les cultures biotechnologiques à l’orée d’une seconde vague de croissance

Nairobi (Kenya), 11 février 2009 – Les cultures biotechnologiques, fortes d’une excellente année 2008 et propulsées par une volonté politique croissante de satisfaire à la demande alimentaire, sont à l’orée d’une seconde vague d’adoption intensive qui suscitera une croissance mondiale soutenue jusqu’à la fin de la deuxième décennie de leur commercialisation, de 2006 à 2015, selon l’International Service for the Acquisition of Agri-Biotech Applications (ISAAA).

L’ISAAA précise dans son bulletin Global Status of Commercialized Biotech/GM Crops 2008 que trois nouveaux pays et 1,3 million d’agriculteurs supplémentaires ont profité des avantages des cultures génétiquement modifiées (GM) en 2008, pour une superficie additionnelle de 10,7 millions d’hectares de cultures GM. L’ISAAA fait le suivi des tendances mondiales relatives à l’adoption des cultures biotechnologiques depuis 1996.

L’étude annuelle réalisée par l’ISAAA a révélé que 13,3 millions d’agriculteurs dans 25 pays (un nouveau record) ont cultivé 125 millions d’hectares de cultures biotechnologiques l’an dernier, ce qui constitue la sixième expansion en importance au cours des 13 années de suivi par l’ISAAA. 2008 a aussi vu passer la marque cumulative de 2 milliards d’acres (800 millions d’hectares) de cultures GM dans le monde à ce jour, tout juste trois ans après le jalon du milliard d’acres qui avait pour sa part nécessité une pleine décennie.

L’un des faits marquants de 2008 est le démarrage de l’agriculture biotechnologique dans deux pays africains, l’Égypte et le Burkina Faso. L’Afrique est considérée comme la « dernière frontière » des cultures GM puisqu’elle affiche les plus grands besoins et qu’elle a sans doute le plus à gagner. En 2008, l’Égypte a cultivé 700 hectares de maïs Bt et le Burkina Faso, 8 500 hectares de coton Bt. Ils rejoignent ainsi l’Afrique du Sud, qui profite depuis 1998 de la culture de coton, de maïs et de soya GM.

« Les perspective de croissance future sont encourageantes, explique Clive James, président-fondateur de l’ISAAA et auteur du rapport. Les expériences positives réalisées dans ces nouveaux marchés régionaux dans le sud, le nord et l’ouest de l’Afrique contribueront à ouvrir la marche pour les pays voisins. Par ailleurs, des leaders politiques du monde entier voient de plus en plus les cultures génétiquement améliorées comme des éléments de solution aux problèmes sociaux critiques que sont la sécurité et la viabilité alimentaires. »

Par exemple, les dirigeants du G-8 ont reconnu l’importance des cultures biotechnologiques pour la première fois en 2008, de même que la nécessité « d’accélérer la recherche-développement et d’accroître l’accès aux nouvelles technologies agricoles afin d’améliorer la productivité »; ils se sont engagés à « promouvoir l’analyse des risques sur une base scientifique, y compris la contribution des semences issues de la biotechnologie. »

L’Union européenne a aussi reconnu que les cultures biotechnologiques « peuvent jouer un rôle important dans l’atténuation des effets des crises alimentaires. »

En Chine, le premier ministre Wen Jiabao a déclaré que « pour résoudre le problème alimentaire, nous devrons faire appel aux mesures pointues fournies par la science et la technologie, y compris la biotechnologie et les aliments GM. » En conséquence, la Chine s’est engagée à investir 3,5 milliards $US supplémentaires sur 12 ans pour la poursuite des activités de recherche-développement. Le riz GM, qui est déjà au point et mis à l’essai en plein champs en Chine, pourrait à lui seul améliorer l’accès à la nourriture et accroître le revenu net d’environ 100 $ à l’hectare pour environ 440 millions de personnes dans ce pays.

« Les cultures biotechnologiques font deux contributions importantes à la sécurité alimentaire mondiale, renchérit Clive James. D’abord, elles fournissent des rendements supérieurs, ce qui améliore la disponibilité et les réserves alimentaires. Ensuite, elles réduisent les coûts de production, ce qui contribue en bout de ligne à réduire les prix des aliments. Comme la terre comptera 9,2 milliards d’habitants en 2050, la biotechnologie joue un rôle crucial parmi les stratégies visant à satisfaire à la demande alimentaire croissante. »

D’autre part, la biotechnologie commence à trouver des solutions aux grands défis posés par la sécheresse en Afrique sub-saharienne et en Amérique latine. La sécheresse est le plus grand obstacle à l’augmentation de la productivité agricole. L’Argentine, par exemple, fait présentement face à une sécheresse si grave que les producteurs ont perdu une partie de leur récolte de blé. Or, les cultures tolérantes à la sécheresse, particulièrement le maïs, seront bientôt une réalité : les premières semences devraient être commercialisées aux États-Unis d’ici 2012 et en Afrique d’ici 2017.

D’ici la fin de la deuxième décennie de commercialisation des cultures GM, en 2015, l’ISAAA prédit que quatre milliards d’acres (1,62 milliard d’hectares) auront été ensemencées, et que 200 millions d’hectares de cultures GM seront cultivés tous les ans dans 40 pays.

D’autres indicateurs laissent entrevoir la montée d’une nouvelle vague d’adoption :

  • En Bolivie, qui occupe le 9e rang parmi les producteurs de cultures GM en Amérique latine et le 8e rang mondial parmi les producteurs de soja, 600 000 hectares de soja tolérant aux herbicides ont été cultivés en 2008. Les producteurs ont ainsi pu profiter des avantages dont bénéficient depuis des années leurs voisins du Brésil et du Paraguay.
  • On note une forte croissance des « hectares-caractères » ou « hectares virtuels », 10 pays ayant rapporté 22 millions d’hectares supplémentaires de cultures GM contenant plus d’un caractère (ou gène) biotechnologique. Le pyramidage de gènes, ou combinaisons de gènes multiples, sera un important facteur de croissance.
  • Une nouvelle culture GM, la betterave à sucre tolérante aux herbicides, a été cultivée pour la première fois en 2008, aux États-Unis et au Canada. Cette variété a occupé près de 258 000 hectares ou 59 pour cent de la récolte étasunienne – un degré d’adoption sans précédent qui traduit l’attrait marqué exercé par la technologie chez les agriculteurs.
  • Le Brésil et l’Australie ont pour leur part cultivé des plantes GM qui avaient déjà été approuvées dans d’autres pays. Au Brésil, troisième producteur mondial de maïs, jusqu’à 1,3 million d’hectares de maïs Bt ont été cultivés en 2008, alors que du canola tolérant aux herbicides a été cultivé pour la première fois en Australie.
  • Bien que la France n’ait pas produit de cultures GM en 2008, sept autres pays européens ont augmenté leurs superficies de 21 pour cent pour dépasser une fois de plus le cap des 100 000 hectares, un jalon atteint pour la première fois en 2007. Par ordre croissant de superficies consacrées au maïs Bt, ces sept pays européens sont l’Espagne, la République Tchèque, la Roumanie, le Portugal, l’Allemagne, la Pologne et la Slovaquie.
  • Le nombre de producteurs agricoles profitant des avantages de la biotechnologie pourrait bientôt connaître un bond spectaculaire. Des premiers rapports provenant de Chine montrent que l’utilisation de coton Bt pour contrer le ver de la capsule du coton permet aussi de réprimer ce ravageur dans d’autres cultures telles que le maïs, le blé et certains légumes, de sorte que 10 millions d’agriculteurs supplémentaires pourraient aussi bénéficier de cette technologie.

Pour plus de renseignements ou pour obtenir le synopsis, visitez le www.isaaa.org.Le rapport est entièrement financé par deux organisations philanthropiques européennes : un volet philanthropique d’Ibercaja, l’une des principales banques espagnoles dont le siège social est situé dans la région maïsicole de l’Espagne, et la fondation italienne Bussolera-Branca, qui oeuvre pour une vaste diffusion des connaissances sur les cultures GM en vue de favoriser la prise de décisions éclairées par l’ensemble de la société.

L’International Service for the Acquisition of Agri-biotech Applications (ISAAA) est un organisme sans but lucratif disposant d’un réseau international de centres qui se sont donné pour mandat d’aider à soulager la faim et la pauvreté par le partage des connaissances et des applications en biotechnologie végétale. Clive James, président-fondateur de l’ISAAA, vit et travaille depuis 25 ans dans des pays en développement en Asie, en Amérique latine et en Afrique, ciblant son travail en recherche-développement agricole dans les créneaux de la biotechnologie végétale et de la sécurité alimentaire mondiale.

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