Les enjeux de la culture du maïs

Février 2003 – L’histoire du maïs est constituée d’une suite de modifications. Le maïs fut d’abord domestiqué il y a plus de 7000 ans à partir de la variété sauvage appelée Teosinte. Les fermiers autochtones en ont modifié la composition génétique par des méthodes grossières de sélection et le processus s’est poursuivi avec l’arrivée des colons au Canada et aux États-Unis. Les variétés à pollinisation ouverte cultivées avec succès par nos ancêtres, produisaient des grains dont les traits s’apparentaient beaucoup à ceux de la plante originale. À cette époque, les cultivateurs récoltaient leurs propres semences et développaient des méthodes de sélection plus sophistiquées au fur et à mesure qu’évoluaient les pratiques agricoles.

En Ontario, vers 1917, un cultivateur pouvait générer 1,70 $ le boisseau avec des variétés à pollinisation ouverte. Au cours des années 1930, les prix ont chuté aussi bas que 0,30 $ le boisseau, puis ont remonté lentement à 0,40 $ le boisseau la fin des années 1930 et durant les années 1940, qui virent l’utilisation d’espèces hybrides prévaloir dans le sud du Canada. En 1947, les prix étaient à nouveau autour de 1,89 $ le boisseau. Les agriculteurs qui ont planté du maïs lors de l’introduction des variétés hybrides ont dû se poser la même question qui est soulevée de nos jours : quand le coût de la technologie dépassera-t-il les revenus de l’agriculteur ?

Si vous achetez du maïs de nos jours, un maïs hybride conventionnel se vend 140 $ le sac au prix de détail suggéré. Un hybride Bt coûte environ 25 $ de plus, soit 165 $ le sac. Les variétés Roundup Ready coûtent environ 175 $ le sac (prix de détail suggéré) et les hybrides aux caractéristiques améliorées peuvent se vendre plus de 200 $ selon l’hybride et les caractéristiques. Il faut tenir compte que les compagnies offrent divers incitatifs, promotions et rabais susceptible de réduire les prix de vente.

Les hybrides à haut rendement ont apporté aux agriculteurs une plus grande robustesse et de meilleures dates de maturation, une plus grande résistance aux maladies, une meilleure tolérance aux insectes ainsi qu’une utilisation supérieure des éléments nutritifs disponibles. La qualité des grains a augmenté de même que la résistance à la sécheresse avant la récolte et la tolérance au stress.

Mais les agriculteurs ne pouvaient plus utiliser les semences récoltées dans leurs champs afin d’ensemencer leurs champs l’année suivante et ils devaient de procurer les semences hybrides à chaque année, ce qui aidait à financer l’investissement en élevage du maïs.

Dr Bill Deen, agronome spécialisé en systèmes de récolte, suggère que l’augmentation du coût des semences de maïs provoquée par les hybrides s’est accompagnée d’un meilleur potentiel de rendement. « Au fil des ans, le potentiel de rendement moyen du maïs a augmenté d’environ 1,5 % par année, dit Dr Deen. Une part significative de cette augmentation est attribuable à une meilleure génétique. Il faut que les agriculteurs justifient le coût plus élevé d’hybrides au meilleur rendement. Certains agriculteurs envisagent de revenir aux variétés à pollinisation ouverte car ils sont ainsi plus en mesure de veiller à leurs besoins en semences. Par contre, il est pue probable que les variétés à pollinisation ouverte possèdent le même potentiel de rendement que les hybrides présentement offerts sur le marché. »

Les acheteurs de semences désirent obtenir le rendement maximum au meilleur coût possible de leur semence, mais en même temps, ils doivent s’assurer d’acheter la variété dont ils ont besoin. L’acheteur désire se procurer l’hybride qui convient le mieux aux unités de chaleur, aux menaces d’insectes, aux pressions des mauvaises herbes et aux autres facteurs associés à la bonne gestion de ses terres et aux grains offerts sur le marché.

Il existe un nombre limité de nouveaux hybrides parmi lesquels l’acheteur peut choisir qui possèdent les qualités dont il a besoin. Et ces qualités peuvent ne pas se retrouver dans les produits de sa marque favorite.

Il peut y avoir perte de rendement et augmen-tation des facteurs de risque si l’agriculteur choisit un hybride selon les traits désirés mais dont les unités de chaleur se situent hors de celles qui sont conseillées pour sa région.

Un agriculteur dont les terres se trouvent en zone 2800 et qui désire utiliser un hybride Liberty Link (LL) peut s’aper-cevoir qu’aucun de ces hybrides ne possède les qualités de résistance aux maladies et les caractéristiques agrono-miques voulues et décider d’essayer un 2900 afin d’obtenir le trait LL. Cette décision s’avérerait la mauvaise si l’automne devait être hâtif.

La meilleure solution consiste à choisir le bon hybride selon la zone de maturité et les défis de la région agricole. Ensuite, le prix entre en ligne de compte.

Que faire des traits Bt?
Bt est une abréviation qui signifie Bacillus thuringiensi, une bactérie que l’on retrouve dans le sol. Les variétés Bt forment une protéine cristallisée toxique chez certains groupes d’insectes.

Les hybrides de maïs Bt sont disponibles au Canada depuis le milieu des années 1990. La controverse au sujet de ces variétés Bt et du contrôle des populations de pyrale du maïs à savoir si cet insecte pouvait développer une résistance, particulièrement lorsque les épidémies ne se produisent pas à tous les ans où on cultive cette variété. Afin de ralentir la progression possible de cette résistance, il est important de comprendre et d’implanter les stratégies de contrôle de la résistance des insectes lorsqu’on utilise la technologie Bt.

Selon un article paru dans une série de journaux portant sur les enjeux économiques et juridiques reliés aux récoltes génétiquement modifiées, (disponible en ligne sur le site www.gefoodalert.org et écrit en février 2002 par Dr Charles M. Benbrook, publié par l’Institute for Agriculture and Trade Policy), chaque acre consacré au maïs Bt a fait augmenter les dépenses de l’agriculteur de 9,80$ par acre, soit une augmentation de 35 %.

L’étude affirme que le revenu net à l’acre provenant du maïs a décliné de 40 $ de profit en 1975 à une perte de 26 $ l’acre en 1985 et une perte de 35 $ l’acre en 1997. La plus forte hausse des coûts des semences et des pesticides aurait été observée entre 1994 et 1996, lors de l’intro-duction du maïs Bt.

La commercialisation du maïs génétiquement modifié afin de résister aux dommages causés par la pyrale du maïs européenne et la pyrale du maïs du Sud-Ouest est arrivée sur le marché américain en 1996. Selon les statistiques améri-caines que contient le rapport, les agriculteurs ont consacré environ 659 millions $ à l’achat de maïs Bt entre 1996 et 2001 pour n’en retirer que 567 millions $ en bénéfices. Le rapport conclut que les agri-culteurs subventionnent lourdement l’importante augmentation des coûts de recherche et de dévelop-pement associés à la commercialisation des variétés de maïs GM; la perte des agriculteurs s’élève à environ 1,00 $ le boisseau.

En plus du coût des semences, on retrouve une autre considération quant à la culture du maïs : la responsabilité potentielle associée à la contami-nation physique des semences par le mélange d’hybrides approuvées et non approuvées dans les élévateurs et durant le transport.

Environ le tiers de la récolte ontarienne de 2001 contenait des gènes transgéniques tandis qu’environ deux pour cent contenaient des gènes dont la vente en Europe n’est pas autorisée.

Des mesures spéciales sont prises pour s’assurer que le pourcentage du maïs non approuvé par l’union européenne demeure le plus faible possible, soit moins de un pour cent. Ces mesures comprennent la séparation des élévateurs entre ceux qui acceptent toutes les variétés et ceux qui n’acceptent que les variétés approuvées par l’UE. Malgré toutes ces précautions prises par les agriculteurs, le potentiel de mélange subsiste, surtout à cause de la transpollinisation entre variétés de maïs poussant dans des champs adjacents.

Certaines cultures comme le maïs libèrent beaucoup de pollen et celui-ci peuvent être transporté par le vent, principalement. La transpollinisation peut se produire même en dépit de l’isolation la plus stricte lorsqu’un plant réceptif accepte le pollen d’un autre, ce qui fait voyage le matériel génétique au-delà de la terre où le maïs est cultivé. Les agriculteurs ont modifié leurs pratiques de gestion des cultures afin d’adopter les nombreux changements technologiques qu’a connu l’industrie du maïs ces dernières années. Leurs récoltes ont traversé l’introduction de variétés à haut rendement de même que les enjeux entourant la mise en marché des variétés MG et non MG. La technologie continuera d’évoluer et de changer le visage de l’industrie. La question qui se pose est la suivante : à quel moment les coûts associés à la technologie dépasseront-ils ce que les agriculteurs voudront investir ?

Commentaires