Les terres « non améliorées » sont une bénédiction financière et écologique

Ottawa (Ontario), 24 janvier 2003 – « Amélioration des terres », voilà une expression trompeuse, du moins lorsqu’on l’applique à l’agriculture. Propriétaire d’une exploitation agricole au Manitoba, M. Jimmy Robertson s’est donné beaucoup de mal pour ne pas améliorer sa terre et, en conséquence, il estime que cette dernière s’est notablement améliorée.

« Nous l’avons laissée plus ou moins dans l’état où nous l’avons reçue en 1953, dit-il, et c’est tant mieux, à ce qu’il nous semble. C’est moins coûteux, il n’y a ni drainage ni défrichement. Peut-être cela prend-il un peu plus de superficie, mais en même temps, cela semble bien fonctionner pour nous. »

L’intendance de l’environnement pratiquée par M. Robertson lui a valu le prix Paysage agricole canadien.

En février 2000, le Fonds canadien d’adaptation et de développement rural (FCADR) d’Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) a consacré 600 000 dollars sur quatre ans au programme de reconnaissance Paysage agricole canadien, assorti d’un prix du même nom. Par ce programme, Habitat faunique Canada, en collaboration avec la Fédération canadienne de l’agriculture, honore les agriculteurs et les éleveurs de tout le Canada pour leurs efforts exemplaires dans l’intendance de l’environnement. On récompense ainsi les propriétaires fonciers qui conservent l’habitat faunique, plantent des arbres ou des végétaux qui procurent nourriture et abri à la faune, installent des nichoirs sur leurs propriétés ou, par d’autres moyens, trouvent le juste milieu entre l’agriculture profitable et l’aménagement durable des ressources.

La viabilité de l’environnement, notion clé du programme de reconnaissance Paysage agricole canadien et élément clé du FCADR (dont l’enveloppe est de 60 millions de dollars par année) est également à la base d’une nouvelle orientation : le Cadre stratégique pour l’agriculture. Élaboré conjointement par les ministres fédéral, provinciaux et territoriaux de l’Agriculture, ce dernier vise à tirer parti des initiatives telles que le programme Paysage agricole canadien pour améliorer de façon appréciable la qualité de l’air, de l’eau et des sols ainsi que rendre plus compatibles la biodiversité et l’agriculture.

M. Robertson exploite sur 2 500 hectares une exploitation de polyélevage prospère, à Amaranth, au Manitoba, à une centaine de kilomètres au nord de Portage La Prairie. Mais à première vue, il ne paraît presque rien. Durant les 50 années qu’il y a vécues et qu’il y a travaillé, M. Robertson est parvenu à préserver en l’état toutes les prairies naturelles et les terres humides de sa propriété, sauf 100 hectares (300 acres). Au cours des deux dernières décennies, il a notamment collaboré avec Canards Illimités Canada pour mettre en valeur de vastes terrains qui constituent désormais des habitats idéaux pour des milliers d’oiseaux aquatiques.

« L’une des espèces vraiment visibles est la bernache du Canada. Nous avons un lac naturel sur notre exploitation qu’occupe cet oiseau. Il s’y trouve en permanence un troupeau de 200 à 300 de ces oiseaux, dit-il, et les oiseaux chanteurs sont plus nombreux que jamais ; l’été, on y voit tous les types d’oiseaux chanteurs. C’est formidable. »

Bien entendu, si agréables soient-ils, les oiseaux chanteurs n’acquittent pas les factures. Cependant, M. Robertson a découvert que la protection des terres et la promotion de la biodiversité sont très compatibles avec l’exploitation d’un élevage prospère. C’est, de fait, fiscalement avantageux de ne pas drainer les terres humides, même si cela signifie qu’on ne peut pas souvent les utiliser.

« Les quelques dernières années ont été pluvieuses plus qu’à l’accoutumée. La moitié ou le tiers du sol a été si humide qu’il n’était utilisable que pour la faune. Mais les éleveurs ont oublié une chose : l’humidité de ces dépressions aide la croissance végétale sur les terrains plus élevés qui les entourent. Et lorsque la sécheresse frappe, vous avez un parachute : le bétail peut venir paître dans ces dépressions, explique-t-il. »

M. Robertson vient près de dire qu’il aimerait que son exploitation serve d’exemple aux autres propriétaires fonciers, mais il estime que ce n’est qu’une question de temps avant que les gens se fassent à l’idée que la viabilité est aussi importante pour le secteur agricole qu’elle l’est pour les écologistes.

« Si on prend réellement le temps de faire les calculs et l’expérience aidant, on constate que cela fait partie de la nature, dit-il. Bien manipulé, le pâturage naturel durera des années et des années, éternellement. »

M. Robertson fait partie des 16 personnes et organismes qui, dans tout le Canada, ont été reconnus cette année par le programme Paysage agricole canadien. Ils ont reçu une estampe encadrée, à tirage limité, de « The Awakening », peinture de l’artiste du monde agricole Antony John montrant le besoin de compréhension, de soins, y compris d’intendance, pour être en harmonie avec la nature.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Agriculture Canada

http://Aceis.AGR.CA/

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