Les USA et l’EU relancent l’OMC en offrant de baisser les aides agricoles

Zurich (Autriche), 10 octobre 2005 – Les Etats-Unis et l’UE ont proposé de réduire leurs aides aux agriculteurs, une offre mal accueillie par le Japon et jugée insuffisante par les pays en développement mais qui pourrait aider à débloquer les négociations à l’OMC sur la libéralisation du commerce.

« Nous avons la possibilité de sortir de l’impasse (…) C’est une chance historique, nous ne devons pas la laisser passer », a déclaré à Zurich le représentant américain pour le Commerce, Rob Portman, à l’occasion d’une réunion ministérielle restreinte de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Washington a repris l’initiative en annonçant être prêt à accepter une baisse de 60% sur cinq ans des aides internes qui faussent le plus les échanges mondiaux et sont dénoncées par les pays en développement. Le geste américain ne leur a d’ailleurs pas suffi.

« Les Etats-Unis ont avancé en matière de soutiens internes. C’est positif, mais je ne pense pas que cela suffise », a déclaré à la presse le ministre brésilien des Affaires étrangères, Celso Amorim, en sortant de la réunion.

En réponse à l’initiative très attendue des Américains, le commissaire européen au Commerce, Peter Mandelson, a mis sur la table une baisse de 70% des aides versées par Bruxelles.

Ces subventions sont au coeur des négociations sur la libéralisation du commerce mondial, connues sous le nom de cycle de Doha, du nom de la capitale du Qatar où elles avaient été lancées fin 2001. Ces négociations doivent être concrétisées dans deux mois à Hong Kong lors d’une conférence des ministres des 148 pays membres de l’OMC.

M. Portman a réclamé une baisse de 55% à 90% des droits de douane sur les produits agricoles et l’élimination des subventions aux exportations agricoles pour 2010. Il a demandé spécifiquement à l’Union européenne et au Japon, encore plus généreux avec leur secteur agricole, de réduire leurs aides d’au moins 80%.

« Ceux qui subventionnent le plus doivent réduire le plus », a-t-il résumé devant la presse.

Cette proposition a été rejetée par le ministre japonais de l’Agriculture, Mineichi Iwanaga.

La proposition américaine met fin à plusieurs mois de polémique transatlantique pendant lesquels les Américains exigeaient des Européens un engagement de baisse des droits de douane avant tout geste sur les soutiens internes.

Les concessions européennes ont suscité l’inquiétude de Paris. Le ministère français des Affaires étrangères a fait valoir que « l’UE a déjà apporté sa contribution à la négociation avec la réforme de la politique agricole commune de 2003 ».

Jusqu’ici, l’UE avait proposé une baisse de 65% de son plafond autorisé d’aides aux agriculteurs et de 55% pour les Etats-Unis. A propos des droits de douane, M. Mandelson a offert une baisse de 60% des tarifs les plus élevés (au-delà de 90%).

Cette offre a également été critiquée par les pays du Sud. « Il n’y a pas de mouvement clair de la part des Européens », a estimé le ministre brésilien. Son collègue indien, Kamal Nath a estimé que la proposition européenne « ne conduit à aucun flux commercial qui servirait les objectifs du développement ».

Depuis Genève, le secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan, a appelé les pays membres à un compromis agricole. Les pays pauvres « bénéficieront beaucoup plus du commerce que de l’aide au développement », a-t-il observé.

En revanche, l’organisation Oxfam, qui défend les pays pauvres, a observé que la proposition américaine porte sur les plafonds autorisés d’aide aux agriculteurs et non sur les versements proprement dits, qui sont très inférieurs à leurs plafonds. « C’est un écran de fumée », a estimé Oxfam.

Source : AFP

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