Lettre ouverte aux dirigeants du monde à l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation 2004

Octobre 2004 – Célébrer la Journée mondiale de l’alimentation, le 16 octobre, revient à souligner d’une part les prouesses extraordinaires des agriculteurs qui produisent des aliments de haute qualité de façon écologique tout en respectant le bien être des animaux et, d’autre part, les défis colossaux auxquels font face les agriculteurs qui luttent pour leur survie. Toutefois, même si l’agriculture est à l’honneur lors de ces célébrations, les agriculteurs sont trop souvent laissés dans l’ombre.

La FAO a décidé cette année de souligner l’importance de la biodiversité pour la sécurité alimentaire. L’une des plus grosses difficultés qui se pose au milieu agricole aujourd’hui se résume comme suit : Comment préserver la biodiversité tout en assurant une production vivrière suffisante pour répondre aux besoins d’une population croissante ?

Les agriculteurs et leur milieu jouent un rôle crucial dans la conservation de la biodiversité. Ils sont très conscients que les liens entre l’agriculture et la biodiversité ont des répercussions sur les pratiques agricoles.

Rôle essentiel des agriculteurs :
Les agriculteurs sont les principaux gardiens de la terre. Ils préservent dans leurs champs une partie de la biodiversité mondiale. Les agriculteurs travaillent durement pour nourrir une population mondiale toujours croissante avec des ressources limitées, tout en préservant la biodiversité et en tentant de gagner leur vie.

Pourtant, la biodiversité s’est dégradée, et les collectivités de même que la société humaine sont aujourd’hui plus vulnérables parce que les possibilités de changement sont plus restreintes. Environ 75% de la diversité génétique des plantes cultivées ont disparu au cours du siècle dernier. L’érosion des sols est la cause d’environ 40 % de la dégradation des terres dans le monde, tandis que, dans les pays en développement, l’accumulation d’eau ou la salinité ont endommagé 20 à 30 % des terres irriguées.

L’agriculture, qui s’étend de plus en plus et couvre aujourd’hui un tiers de la superficie terrestre, est le secteur qui fait le plus grand usage de la biodiversité et de ses composantes. D’après les prévisions, la production vivrière mondiale devra doubler d’ici à 2050, que ce soit par l’intensification ou l’expansion. Dans les deux cas, les répercussions sur la biodiversité seront majeures.

Une responsabilité partagée :
Même s’ils subissent les conséquences de la perte de biodiversité, les agriculteurs demeurent les gardiens de l’environnement mondial et des agents de changement. Ils pourront tirer parti de l’amélioration des pratiques agricoles et recourir à des solutions agro écosystémiques si on leur offre les incitatifs requis.

Depuis des siècles, les agriculteurs ont accumulé un bagage impressionnant de connaissances en procédant à la sélection, à l’entreposage et à la propagation des cultivars, ainsi qu’à la sélection du bétail. Dans l’humanité tout entière, ils forment le plus grand groupe de gestionnaires des écosystèmes, d’où la possibilité de les faire participer à l’amélioration de la gestion de la biodiversité dans les écosystèmes.

On s’attend depuis trop longtemps à ce que les agriculteurs préservent à eux seuls la biodiversité. Tant que les agriculteurs et leurs familles auront faim, et devront se battre pour survivre, la protection de la biodiversité demeurera une nécessité fondamentale difficile à satisfaire. La FAO a affirmé que la biodiversité est notre meilleure alliée dans la lutte contre la faim. Si tel est le cas, les agriculteurs sont sur la ligne de front.

La conservation de la biodiversité est une responsabilité partagée que les agriculteurs ne peuvent assumer seuls. Les gouvernements doivent jouer pleinement leur rôle de soutien en encourageant le développement des programmes de conservation de la biodiversité menés par les agriculteurs à l’échelle locale. La conservation de la biodiversité, c’est l’affaire de tous. C’est un défi que personne ne peut relever seul. La clé, ce sont les partenariats novateurs. Néanmoins, tout partenariat qui se veut efficace doit se situer sur un pied d’égalité ; or, aujourd’hui, les agriculteurs sont rarement sur un pied d’égalité.

Il est grand temps que les dirigeants du monde entier, tant à l’échelon national qu’international, passent à l’action. Nous, agriculteurs, sommes prêts à travailler pour assurer une production alimentaire suffisante pour tous, tout en protégeant l’environnement. L’affectation des ressources s’impose de manière criante. Les dirigeants du monde sont ils prêts à nous appuyer ?

Cette lettre ouverte est l’oeuvre de Jack Wilkinson, président de la FIPA. La Fédération Internationale des Producteurs Agricoles (FIPA) est l’organisation mondiale des agriculteurs qui représente plus de 500 millions de familles d’agriculteurs regroupées en 100 organisations nationales réparties dans 70 pays.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Fédération internationale des producteurs agricoles (FIPA)
http://www.ifap.org/

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