Cyberintimidation : nourrir sainement le dialogue

Rester courtois, communiquer ses valeurs, éviter le paternalisme sont quelques conseils pour faciliter le dialogue

Il a été question de communication agricole, d’agribashing, de sciences et de fake news lors de la dernière édition des Journées horticoles et grandes cultures qui avaient lieu du 3 au 6 décembre dernier à Saint-Rémi.

Au Québec, la productrice de lait d’Abitibi Mylène Bégin a mentionné à plusieurs reprises être victime de cyberintimidation. La jeune femme qui publie sur Instagram des photos de son quotidien sur la ferme reçoit des menaces violentes de la part de militants vegans. Si bien qu’elle ne se sent pas en sécurité, elle a installé des caméras autour de sa ferme pour se protéger de même que son troupeau.

En France, le phénomène d’agribashing a pris tellement d’ampleur que les agriculteurs français se sont mobilisés pour dénoncer ce dénigrement. Le 22 octobre dernier, ils ont manifesté avec leurs tracteurs pour faire entendre leur détresse. Ils ont réclamé des engagements de leur président pour corriger la situation.

Le ministre français de l’Agriculture a mis sur pied un observatoire de l’agribashing pour recenser les actes de malveillance envers les agriculteurs que ce soit des agressions verbales, virtuelles, physiques ou des intrusions dans des élevages. “En France, ils sont désemparés face à ça, a raconté Isabelle Matteau, coordonnatrice au Pôle d’excellence en lutte intégrée. Ils ont décidé d’y aller avec des communications positives.”

Jonathan Jarry, communicateur scientifique au bureau pour les sciences et la société de l’Université McGill, est aussi d’avis qu’adopter une approche positive est préférable pour ne pas bloquer la conversation. “Les gens partagent l’information qui provient de leurs amis qui pensent comme eux, qui renforce ce qu’ils croient déjà.” Il a rappelé que les opinions des gens sont souvent basées sur les émotions et non les faits. Pour faire changer les choses, il faut convaincre les gens qu’on a raison. Voici ses quelques conseils pour y arriver.

Soyez courtois, authentique, honnête : pour discuter d’un sujet controversé, il faut établir une relation de confiance. Celle-ci se bâtit sur la courtoisie, l’authenticité et l’honnêteté.

Éviter le paternalisme : le paternalisme est dépassé. Les gens veulent comprendre. Il faut leur expliquer, les éduquer.

Communiquer ses valeurs : pour prévenir la polarisation, miser sur les valeurs communes plus que sur les faits. Un agriculteur qui dit combien c’est important pour lui de nourrir sa famille avec de bons aliments pour leur santé et l’environnement, ça montre qu’on veut les mêmes choses.

Agir comme un service à la clientèle : Il faut se poser la question : est-ce que la personne est de bonne foi? Si oui, on lui répond. Sinon, on peut ne pas lui répondre ou lui répondre poliment avec un lien vers l’information. Peut-être qu’on ne va pas faire changer cette personne d’idée, mais les autres qui liront le message vont voir l’attitude qu’on a.

Ne pas s’attendre à convaincre tout le monde : les gens qui sont dans les extrêmes ne seront pas convaincus par vos arguments. Votre public, ce sont les indécis. Ceux qui se posent des questions et qui cherchent des réponses.

à propos de l'auteur

Journaliste et rédactrice en chef adjointe

Marie-Claude Poulin

Marie-Claude Poulin est journaliste et rédactrice en chef adjointe au Bulletin des agriculteurs.

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