OGM: les risques sur l’environnement, parent pauvre de la recherche

Paris (France), 5 février 2002 – Les risques pour l’environnement sont le parent pauvre des recherches sur les organismes génétiquement modifiés comme des expérimentations en plein champ, ont souligné plusieurs chercheurs présents au débat sur les OGM, lundi et mardi dernier à Paris.

« Les sommes consacrées à l’impact écologique des OGM sont ridicules par rapport aux milliards mis dans leur développement », estime Pierre-Henri Gouyon, directeur de recherche sur l’impact environnemental des OGM au CNRS.

« Le programme de recherche français Genoplante est doté de 300 millions d’euros, alors que 2 millions d’euros sont consacrés par les divers instituts de recherche à l’étude des risques pour l’environnement, et encore, de façon sporadique », souligne-t-il.

La recherche mais aussi les instances de contrôle des essais sur les OGM, comme la Commission du génie biomoléculaire, souffrent selon lui d’une « disproportion entre les biologistes moléculaires et les autres spécialistes: écologues, épidémiologistes, toxicologues ».

Pauvreté de moyens, prise en compte insuffisante de l’écologie: « les bonnes questions n’ont pas été posées au début, dans les années 87-90 », estime Henri Darmancy, directeur de recherche à l’Institut national de recherche agronomique (INRA) à Dijon.

« On envisageait même pas à l’époque la possibilité que des plantes OGM se croisent avec des plantes sauvages », explique-t-il. « Or, on peut trouver des hybrides de la navette, une plante sauvage proche du colza, cinq ans après la fin d’un essai de colza dans un champ ».

Ce risque de dissémination (le gène de la plante transgénique passe chez des individus sauvages de la même famille) a conduit la France à suspendre en 1998 la culture du colza OGM, particulièrement envahissant.

On étudie réellement en France l’impact sur l’environnement depuis 1995 sur moins d’une dizaine d’hectares plantés par les instituts de recherche (sur 39 hectares expérimentés en France en 2001): insuffisant, selon M. Darmancy, pour lever le moratoire européen sur la commercialisation de nouveaux OGM décidé en 1999.

Outre la dissémination, les risques liés aux OGM recouvrent l’apparition de résistances chez les insectes ou herbes sauvages, face à des OGM qui contiennent leur propre insecticide ou herbicide. Ces OGM peuvent en outre laisser des résidus dans l’environnement.

70% des essais en plein champ en 2000 en France portaient sur des plantes résistantes à un herbicide ou capables d’éliminer les insectes.

« Si on utilise une plante OGM contenant un pesticide de la même façon qu’on a utilisé l’atrazine, on aura les mêmes problèmes », remarque Henri Darmancy. L’atrazine, pesticide utilisé dans la culture du maïs, est interdit après avoir largement contaminé les eaux de surface et souterraines en France.

« Mais les OGM pourraient aussi améliorer l’impact des pesticides dans l’environnement, si on ne suit pas le même chemin », a souligné Pierre-Henri Gouyon. On pourrait ainsi concevoir des OGM qui délivreraient leur toxine pour tuer l’insecte ravageur uniquement en cas d’attaque, et non en continu comme c’est le cas aujourd’hui.

« On peut fabriquer des OGM de bonne qualité », renchérit Henri Darmancy, « mais cela coûtera plus cher ».

Il préconise un suivi rigoureux des expérimentations en plein champ, avec des mesures sur l’environnement pour vérifier l’efficacité des précautions (distances d’isolement, etc.)

« On se contente aujourd’hui de vérifier la conformité des expérimentations au dossier d’autorisation, et non leur efficacité pour l’environnement, on ne sait rien sur ce qui se passe réellement chez les insectes, les oiseaux, sur les sols », souligne M. Darmancy.

Source : AFP

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