OMC : adoption d’un compromis pour libéraliser les échanges

Hong Kong (Chine), 18 décembre 2005 – Les 149 pays membres de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ont approuvé à l’unanimité à Hong Kong un compromis Nord-Sud qui ouvre la voie à l’adoption dans un an d’un accord général de baisse des barrières douanières dans le monde.

Après six jours d’intenses tractations sous la pression de manifestants altermondialistes, les ministres du Commerce ont adopté une déclaration finale qui relance les négociations sur la libéralisation des échanges mondiaux, deux ans après la conférence de Cancun (Mexique) qui s’était caractérisée par un affrontement entre pays riches et pays pauvres.

Le compromis s’est fait sur la base d’un texte négocié tard pendant la nuit de samedi à dimanche par le directeur général de l’OMC, Pascal Lamy.

Il prévoit l’élimination en 2013 des subventions à l’exportation des produits agricoles des pays riches, en réponse à une revendication de longue date des pays en développement, qui réclamaient cependant la date de 2010, ainsi que des mesures pour les pays les plus pauvres.

Comme prévu, il laisse cependant en suspens la question cruciale de la baisse des droits de douane, qui devra être décidée dans les mois qui viennent, avec l’objectif de conclure à la fin de l’an prochain l’ensemble du cycle de négociations lancé à Doha (Qatar) en 2001.

« Je suis sûr que nous parviendrons à la fin de ce cycle parce que notre élan ne fera que se renforcer », a estimé le ministre indien du Commerce, Kamal Nath.

Tous les grands acteurs du commerce mondial se sont publiquement ralliés au compromis avant son adoption.

Le texte est « acceptable » pour l’Union européenne, a annoncé le commissaire européen Peter Mandelson, à l’issue d’un conseil des ministres européens du commerce réuni dans la cité chinoise. Les 25 ont approuvé à l’unanimité le compromis et se sont levés pour applaudir la Commission pour son travail, selon l’entourage de M. Mandelson.

La France, qui soupçonnait ces derniers mois le commissaire d’être prêt à des concessions excessives aux dépens de l’agriculture européenne, a elle aussi validé le texte, même si la ministre déléguée au Commerce extérieur, Christine Lagarde, s’est dite « pas spécialement satisfaite ».

Mais le ministre de l’Agriculture, Dominique Bussereau, a jugé qu’il « ne remettait pas en cause » la politique agricole commune (PAC).

Le Brésil, qui, avec l’Inde, a mené depuis deux ans la bataille des pays en développement contre les subventions agricoles des pays riches, a également salué le compromis.

Son ministre des Affaires étrangères, Celso Amorim, s’est félicité que les 49 pays les moins avancés (PMA) de la planète ont obtenu un accès sans droits de douane ni quota aux marchés des nations développés pour 97% de leurs produits.

Pour le seul dossier du coton, crucial pour les pays africains, les Etats-Unis devront éliminer leurs subventions à l’exportation dès l’an prochain.

Plusieurs organisations non gouvernementales ont cependant critiqué le texte, qui, selon elles, ne se traduira pas par de véritables baisses des subventions agricoles des pays du Nord. Ces associations redoutent en outre que la suite de la négociation n’oblige le Sud à trop ouvrir son marché aux produits industriels et aux services.

« C’est un très mauvais accord », a lancé l’altermondialiste français José Bové. « Les concessions faites par les pays développés sont d’une médiocrité totale ».

Source : AFP

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