Ligne de temps

« On est capable de livrer la marchandise »

Non, Yvan Lacroix de l’Association professionnelle en nutrition des cultures (APCN) n’a pas été surpris par les nouveaux  règlements qui encadreront l’utilisation des pesticides dès l’an prochain au Québec, annoncés lundi par le gouvernement. En plus de correspondre à ce qui avait été annoncé en juillet dernier, les nouvelles mesures coulent de source, selon le PDG de l’organisme. « On est d’accord avec les prescriptions. C’est un peu comme les vétérinaires qui prescrivent des antibiotiques après un examen. Les producteurs suivront les recommandations faites par les agronomes et qui seront le résultat du diagnostic fait dans les champs (…) Le but est d’éliminer les produits à risques mais on va y aller sur une base agronomique ».

Le principal changement du règlement sur l’utilisation et la vente des pesticides les plus à risque tourne autour du concept de prescription agronomique. Les cinq pesticides ciblés (atrazine, le chlorpyrifos et trois néonicotinioïdes) ne pourront désormais être achetés et utilisés que si leur application est justifiée et prescrite au préalable par un agronome membre de l’Ordre des agronomes du Québec (OAQ).

Contrairement à l’Ontario où seule l’utilisation des néonics a été restreinte, les producteurs québécois devront donc prouver qu’ils ont une prescription pour mettre la main sur ces produits. Ils devront également respecter pour les semences enrobées les mêmes distances d’éloignement des cours d’eau, des puits et des fossés, en plus de tenir un registre de tous les pesticides appliqués. Du côté de l’industrie, ils devront déclarer leurs ventes annuelles de pesticides.

Une entente a de plus été conclue entre l’OAQ et le ministère de l’Environnement pour s’assurer de la protection du public à l’égard des actes agronomiques posés. Un comité de la mise en œuvre de la réglementation sera également créé à court terme afin de s’assurer de l’application de ces ajustements.

Yvan Lacroix reconnait que ce sera une adaptation, et ce pour tous les niveaux de la filière. « Dans les années 80, les vétérinaires ont dû faire des prescriptions. C’est la même chose maintenant. On va s’habituer et on va y arriver dans le temps(…) L’important c’est d’y aller ensemble, pour la protection de l’environnement, pour répondre aux attentes sociétales, montrer qu’on peut faire ce qu’il faut et travailler ensemble .»

Le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques donne un an au milieu pour s’adapter puisque le règlement entrera en vigueur en 2019. Un montant de 14M$ sur cinq ans s’ajoute pour soutenir les producteurs.

Parmi les critiques reçues par la nouvelle réglementation, plusieurs concerne les coûts qu’entraineront l’application des mesures, ainsi que la paperasse supplémentaire qui en découlera. Le PDG de l’APNC revendique d’ailleurs un allègement de l’aspect administratif, ce qu’il verrait bien dans la nouvelle politique bioalimentaire du Québec. « Oui pour le respect de normes, de l’environnement et des attentes sociétales mais nous devons rester compétitif pour assurer la rentabilité des producteurs ».

Le gestionnaire croit d’ailleurs que le milieu s’adaptera, comme il le fait à chaque changement et nouvelle norme. « Depuis 40 ans que je suis dans le milieu, on s’adapte à chaque fois, on continue de s’améliorer et ensemble, on livre la marchandise ».

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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