Optimiser la fertilisation en interprétant les analyses de foin

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*Texte de Benoit Fradin

Les personnes en charge de la fertilisation devraient s’intéresser aux analyses fourragères! Toute carence ou excès dans le sol amène une carence ou un excès dans les fourrages. Conséquences : stagnation ou baisse de rendement, diminution de la qualité fourragère, surcoût en fertilisants, surcout en complémentation minérale, risque pour la production et la santé des animaux.

Si vous avez un certificat d’analyse à portée de main, cherchez les concentrations en Protéines Brutes, potassium, calcium, phosphore, magnésium et soufre.
• En comparant ces concentrations aux valeurs moyennes établies par votre laboratoire d’analyse, vous pouvez déceler un écart : insuffisance, excès, déséquilibre entre minéraux. En comparant l’évolution sur plusieurs années, les concentrations sont-elles en baisse, en augmentation ou stable ?
• Connaissant vos rendements fourragers, vous pouvez aussi estimer les quantités de minéraux exportés dans vos champs de foin. La richesse des sols et la fertilisation sont-ils en adéquation avec les exportations ?
• Vous pouvez facilement calculer la teneur en azote du fourrage, il vous suffit de diviser sa teneur en Protéines Brutes par 6,25.
Voici des valeurs standards pour un fourrage de légumineuses (luzerne) :

chronique Expert fourr BF

 

 

 

• Pour un rendement de 7,5 T/ha une prairie à dominante de luzerne exporte donc 225 kg/ha soit plus de 450 kg/ha de potasse par an. Pas étonnant d’observer des carences en potassium sur des retours de prairies sous fertilisées! On a ainsi mesuré dans un loam-sableux une diminution de la teneur en potassium de 295 kg/ha à 160 kg/ha en l’espace de 3 ans (luzerne en régie de 3 coupe fertilisée une fois l’an avec du fumier). Le potassium est indispensable pour soutenir le rendement mais aussi pour l’endurcissement de la luzerne avant l’hiver.

• Cette même prairie exporte plus de 100 kg de Calcium par an, auxquels il faut ajouter des pertes par lessivage et par acidification. On considère que les besoins de chaux pour l’entretien sont de 500 kg/ha annuellement. Le calcium est indispensable à 3 niveaux : pour le fonctionnement des nodosités produisant l’azote donc la protéine, pour la disponibilité de éléments minéraux (pH optimale proche de 7) et pour la persistance.
• En matière de fertilisation, des notions à bien dissocier sont l’exigence : quel est l’impact d’une déficience sur le rendement et qualité fourragère ? et les besoins : quelles sont les quantités nécessaires ? Par exemple, vous constatez que la luzerne exporte peu de magnésium (seulement 24 kg/ha) mais elle est par contre très sensible à une déficience car cet élément est indispensable pour le fonctionnement des nodosités et pour la photosynthèse. De même, les quantités de soufre exportés sont faibles (21 kg/ha) mais il est indispensable pour la construction des protéines.
• Le timing des apports de fertilisants est aussi fondamental : il faut cibler les apports aux bons moments. Ainsi, le phosphore est très important pour le développement racinaire donc au moment de l’établissement. Comme il est peu mobile dans le sol, il faut l’incorporer avant le semis de la prairie. Le soufre et l’azote sont peu disponibles après l’hiver : il faut donc cibler les apports aux printemps. Enfin, il est préférable d’apporter le potassium en été après les coupes et au début de l’automne.
• Être vigilant aux ratios entre calcium, magnésium et potassium : ils sont en compétition pour l’absorption racinaire. Par exemple, des apports répétés de fumiers peuvent amener un excès de potassium au détriment de l’assimilation en magnésium (risque de fièvre de lait).

Quelles sont les limites des analyses fourragères ?
• Interprétez- les avec prudence : les concentrations minérales sont variables d’une espèce à l’autre (légumineuses vs graminées) et elles diminuent avec l’avancement à maturité. Il est donc très important d’interpréter les valeurs selon la catégorie de fourrages.
• Considérez prendre des analyses foliaires pour un diagnostic précis : elles sont plus fiables car basées sur une méthode d’analyse par dosage chimique (et non infra-rouge) et les normes d’interprétation sont établies par espèce et non pour des mélanges.

Sources : “Alfalfa Management Guide”, American Society of Agronomy Crop Science Society of America, Soil Science Society of America, « Le défi des fourrages » formation VALACTA. « La luzerne : culture, récolte conservation et utilisation » éditions La France Agricole, « La fertilisation des luzernes », circulaire 156, Coop de France Déshydration. « Potassium: Are your levels slipping? » Bonnie Bal, Field Crop News, OMAFRA.

*Texte écrit par Benoit Fradin, en collaboration avec le Conseil québécois des plantes fourragères.

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