Problèmes en vue au port de Montréal

*Avec le conflit de travail qui semble s'envenimer au Port de Montréal, plusieurs entreprises dont certaines agissant dans le commerce de grains ont fait part de leurs inquiétudes de voir les livraisons afficher des retards, alors que la demande est très forte actuellement pour ce type de biens.

Le Syndicat des débardeurs du port de Montréal (SCFP 375), affilié à la FTQ, et l'Association des employeurs maritimes (AEM) ont rencontré les médiateurs fédéraux mardi. Les deux parties sont en discussions depuis la grève de deux semaines qui a eu lieu en août 2020. La tension est montée d'un cran le week-end dernier quand l'employeur a dit vouloir exercer son droit d'utiliser le lock-out, ce à quoi les 1000 débardeurs ont répondu en décrétant une grève partielle dès mercredi, en refusant de faire du temps supplémentaire, ainsi que pour entrer travailler les fins de semaine. Les quarts de travail de soir et de nuit seront, par contre, respectés. Selon les travailleurs, les impacts seraient limités, tout en concédant que des retards étaient à prévoir.

Une grève n’affecterait pas le trafic de céréales en vrac à Montréal, qui passe par le terminal céréalier de Viterra qui est d’une capacité de 262 000 tonnes.

La coopérative agricole Sollio est justement impliquée dans le commerce du grain en vrac au Port de Montréal mais celui-ci « bénéficie de conditions particulières en cas de conflit de travail», précise Virginie Barbeau, conseillère principale en communications chez Sollio.

La coopérative a dit prendre des mesures pour atténuer l'impact sur ses activités, dont les fertilisants reçus par navire. Ces derniers sont livrés à Contrecœur dont le site est géré par le Port de Montréal. Sollio a collaboré avec son fournisseur Yara depuis quelques mois pour mettre en place des mesures pour réduire le risque qui comprend la réception de bateaux au centre de distribution au Port de Québec et une politique d'accroître l'entreposage quand possible. Les entrepôts de Sorel seraient également disponibles si des navires devaient être détournés. Les producteurs auraient également la possibilité de se tourner vers Contrecoeur au d'autres établissement pour se procurer les produits demandés. « Si la grève devait se prolonger, des approvisionnements par train ou la réception de navires à d’autres installations le long de la voie maritime sont envisagés », précise Mme Barbeau.

Questionnée sur l'approvisionnement en engrais pour la période critique des semis, la porte-parole a déclaré que « les mesures que nous avons prises en amont depuis quelques semaines nous ont permis de remplir tous nos entrepôts de même que ceux de nos réseaux. Nous sommes prêts pour la saison des semis et avons aussi des plans de contingence pour le réapprovisionnement à venir en juin ».

Si la grève devait se prolonger, des approvisionnements par train ou la réception de navires à d’autres installations le long de la voie maritime sont envisagés.

Le Code du travail fédéral demande aux travailleurs portuaires pendant une grève ou un lock-out de «continuer à fournir les services qu'ils fournissent normalement» pour le chargement, l'amarrage, le lâcher et le mouvement des navires céréaliers dans et hors du port. Cependant, une grève affecterait le trafic dans les terminaux à conteneurs de Montréal - et ceux-ci incluent le terminal CanEst Transit, consacré au stockage, au nettoyage et chargement des produits agricoles. Le terminal CanEst charge environ 100 conteneurs par jour.

«La demande de marchandises est à un niveau record et pourtant le trafic portuaire est en baisse», a déclaré lundi le groupe industriel de légumineuses Pulse Canada sur Twitter. «L'incertitude récente n'est que le point de bascule pour d'autres dommages à (l'agriculture canadienne).»

Pulse Canada et plusieurs groupes du secteur des cultures, dont l'Association canadienne des cultures spéciales, Soy Canada, Cereals Canada, la Prairie Oat Growers Association, la Western Grain Elevator Association et d'autres, ont déjà plaidé en faveur d'une intervention du gouvernement fédéral. Le port de Montréal, lorsqu'il fonctionne normalement, voit plus de 880 M$ par an en activité économique agricole par le biais des conteneurs, ont-ils déclaré.

Les Manufacturiers et exportateurs du Canada ont déclaré lundi qu'ils voulaient qu'Ottawa «assure la continuité du service» au port. "La simple menace d'un arrêt de travail au port a entraîné une baisse de 11% de l'activité au cours du seul mois dernier", a déclaré l'association dans un communiqué. «Certains fabricants ont dû réorienter leurs conteneurs vers le port d'Halifax, ce qui a entraîné des millions de frais supplémentaires chaque semaine. L'industrie devra absorber ces coûts et retards, et cela nuira en fin de compte aux consommateurs », a déclaré le PDG de CME, Dennis Darby.

*Article révisé.

Source: traduit en partie de l'anglais, Dave Bedard, Farmtario

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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