Redéfinir l’agriculture et le métier d’agronome

En 2020, qu’est-ce que l’agriculture durable et quel rôle ont à jouer les agronomes?

L’Ordre des agronomes (OAQ) a mené dans les derniers mois un exercice de réflexion qui l’a conduit à modifier une définition précédente sur l’agriculture durable adoptée en…1990. L’époque prêtait à questionnement. Les plans agroenvironnementaux de fertilisation sont nés dans la foulée, ce qui n’est pas sans rappeler les débats qui secouent le milieu agricole depuis plusieurs années. Le président de l’OAQ Michel Duval ne s’en cache pas, l’affaire Louis Robert a remis en cause le rôle des agronomes. Ce sujet, mais aussi d’autres comme le bien-être animal, la provenance des aliments et la manière dont ils sont produits influencent maintenant le travail des agronomes. Ils se trouvent davantage dans l’œil du public, à l’image des producteurs. « La nouvelle définition se veut beaucoup plus élargie et englobante. Elle reflète les préoccupations des consommateurs. Comme acteurs dans la société, on doit s’arrimer aux demandes de cette même société », indique M.Duval.

La définition de 1990 se lisait ainsi: «Une agriculture respectueuse de l’environnement, qui produit de façon sécuritaire, des aliments sains et nutritifs tout en maintenant le secteur économiquement viable, concurrentiel et en harmonie avec les industries et les secteurs connexes».

Ll’OAQ passe maintenant à cette nouvelle approche : « Une agriculture innovante qui pourvoit aux générations actuelles et futures des produits et services de qualité. Cette agriculture s’accomplit dans le respect des écosystèmes, assure le bien-être de tous ses acteurs et en harmonie avec la société tout en favorisant sa vitalité économique ».

La nouvelle définition adoptée par les membres lors de leur congrès cet automne est très large, convient M.Duval mais elle correspond à ce que le public s’attend des agronomes. « Quand on parle de respect des écosystèmes, c’est mettre l’accent sur leur valeur environnementale, celle les sols et des cours d’eau (…) C’est aussi parler de vitalité économique car si l’agriculture n’est pas viable, ça ne donne rien, il faut faire des compromis. C’est là où le mot innovant entre en jeu ».

Depuis 30 ans, la société a changé et ses préoccupations aussi. L’agriculture n’échappe pas aux remises en question, entres autres sur la question des pesticides qui fait les manchettes depuis plusieurs années. M.Duval rappelle que dans le mandat de l’OAQ se retrouve la protection du public. Faire la promotion des meilleures pratiques en fait partie, tout comme être à l’écoute du public.

Paradoxalement, si l’agriculture est sous la loupe plus que jamais, elle n’a jamais été peut-être plus éloignée de la réalité des gens. « Il faut reconnecter avec la société. Si on avait demandé aux gens à Montréal en 2019 ce que les agronomes font, ils n’auraient pas su quoi répondre », illustre le président. Une refonte complète du site internet de l’ordre est d’ailleurs dans les projets de la prochaine année pour le rendre « plus grand public » et changer le langage utilisé.

Les changements ont également été nombreux en agriculture. Le rôle des agronomes a été appelé à changer à mesure que de nouvelles technologies prenaient racine. Dans les champs par exemple, les changements se sont faits à vitesse grand V. « On doit aider les producteurs à relever les défis aux champs, éviter les problèmes tout en incitant une meilleure utilisation des produits. L’agriculture de précision par exemple peut aider ». Les améliorations doivent aussi se faire sans trop affecter la situation financière du producteur, souligne M.Duval.

Changer de pratiques n’est pas sans défi, reconnait aussi le président de l’OAQ. Pourquoi en effet changer une solution gagnante? La résistance au changement s’est fait sentir autant chez certains producteurs que chez certains agronomes, explique M.Duval en donnant l’exemple de l’atrazine, un pesticide utilisé dans le maïs et interdit sans prescription depuis 2018. « Changer force les gens à poser des questions : est-ce que je fais est la meilleure solution ou bien s’il y en a d’autres? Et ce questionnement on doit le faire dans tous les secteurs, autant dans le végétal que l’animal ».

Questionné au sujet du Plan d’agriculture durable du MAPAQ, M.Duval salue les mesures présentées en les qualifiant de « bons pas en avant », même si l’OAQ n’a pas été consulté, entre autres sur le rôle accru des agronomes. L’approche récompense chez les producteurs innovants devrait inciter ces derniers à poursuivre, pense le président.

M.Duval se dit prêt aussi à emboiter le pas pour aider les producteurs à trouver des solutions aux problèmes qu’ils vivent, en restant à la page d’un secteur qui évolue rapidement. Il en appelle d’ailleurs à travailler en interdisciplinarité pour relever des défis complexes qui vont obliger à sortir du cadre de réflexion habituelle.

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

Commentaires