Réorganisation chez Agropur

La coopérative annonce des mises à pied et revoie ses activités canadiennes

Agropur a a annoncé qu’elle procédait à une revue organisationnelle de ses activités canadiennes, entrainant ainsi la mise à pied de 250 employés au pays. De plus, six vice-présidents quitteront leur poste.

La coopérative dit vouloir ainsi “renforcer la profitabilité de ses activités canadiennes” dans le cadre de sa stratégie de croissance. Elle souhaite aussi optimiser ses structures opérationnelles et de coûts. “Cette approche vise à permettre de réinvestir dans le développement futur de l’entreprise et s’inscrit dans son objectif de croissance profitable et durable”.

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Selon Maurice Doyon, professeur au Département d’économie agroalimentaire et des sciences de la consommation de l’Université Laval, l’annonce signifie que la coopérative est en situation de redressement mais qu’elle n’est pas dans une position catastrophique.

“Il y a plusieurs facteurs qui peuvent être en jeu. Il peut s’agir d’une question de timing. Pour créer un chiffre d’affaires plus important, Agropur a pris certaines décisions mais en faisant ainsi, elle a pu se fragiliser. Il suffit que quelque chose nous tombe dessus et on on se fragilise (…) La marge d’erreur n’est pas énorme quand on a une petite marge de profits. Un petit caillou peut faire dérailler le train dans ces circonstances”, indique le professeur.

M.Doyon mentionne aussi les différents accords commerciaux entrés en vigueur ces dernières années, dont celui avec l’Union européenne. L’arrivée massive de fromages et produits d’ailleurs a pu remettre en question des plans stratégiques de la coopérative qui a dû trouver des solutions pour y faire face.

La coopérative n’est toutefois pas en danger. Elle a connu des crises plus sévères, estime M.Doyon, entre autres dans les années 90 avec la démutualisation des coopératives dans l’Ouest du pays. Les membres ont appuyé à l’époque Agropur et le professeur pense qu’il en sera de même aujourd’hui, malgré des redevances en baisse. “Il y aura sans doute des réunions de sociétaires ou les membres pourront se faire entendre”.

Agropur n’est plus toutefois dans la même situation qu’il y a vingt ans. Son chiffre d’affaires avoisine les 6,5 G$ et elle détient des usines ailleurs au pays et aux États-Unis. Elle a aussi fait preuve d’innovation dans les dernières années en lançant un incubateur à entreprises, tout en réussissant son pari “casse-gueule” de lancer la nouvelle marque Iögo après le retrait de Yoplait, souligne M.Doyon.

Robert Coallier, précédent PDG de la coopérative a souvent répété la difficulté de gagner des marges de profits dans un marché mature comme celui de la transformation laitière et de l’importance d’adopter une stratégie d’acquisitions dans ce contexte pour conserver la place de l’entreprise pour faire face à la concurrence.

Plus tôt dans l’année, Agropur a annoncé la fermeture de l’usine de Lachute, ce qui a entrainé la mise à pied de 180 employés. Elle aussi confirmé la fermeture de l’usine de transformation de lait de chèvre de Saint-Damase ou travaillait 110 personnes.

Agropur a nommé trois semaines plus tôt un nouveau PDG, Émile Cordeau. Ce dernier est arrivé chez Agropur en 2013. Il occupait le poste de vice-président principal et chef de la direction financière.

Ce jeudi, Saputo a annoncé un revenu et des bénéfices en hausse de 7,2% au deuxième trimestre par rapport à la même époque l’an dernier. Elle a enregistré des revenus de 3,67 milliards $ pour la période de trois mois s’étant terminée le 30 septembre dernier. L’entreprise laitière a mentionné que l’incertitude en Argentine, les conditions concurrentielles aux États-Unis, ainsi que la volatilité des prix de vente du fromage et des produits laitiers sur les marchés internationaux constituent les principaux défis qu’elle devra surmonter pour l’exercice 2020.

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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