Référendum sur les OGM en Suisse: un moratoire de cinq ans approuvé

Gene`ve (Suisse), 28 novembre 2005 – Les Suisses ont approuvé à une large majorité l’interdiction pendant cinq ans l’utilisation des organismes génétiquement modifiés (OGM) dans l’agriculture, selon les résultats officiels du référendum national.

55,7% des votants se sont prononcés en faveur d’une initiative émanant des écologistes, de groupes de gauche, d’associations d’agriculteurs et de consommateurs, qui estiment que les lois suisses actuelles sur les OGM sont insuffisantes.

Le moratoire proposé dans le texte du référendum devait entrer en vigueur s’il était approuvé non seulement par une majorité des électeurs au niveau national mais aussi dans une majorité des 23 cantons du pays.

D’après le décompte des votes, 55,7% des votants au niveau national ont approuvé le moratoire, 44,3 % se sont prononcés contre, un vote qui a également été plébiscité par l’ensemble des cantons suisses, a rapporté l’agence de presse suisse ATS en citant des chiffres officiels.

« Ce scepticisme par rapport à l’utilisation de plantes génétiquement modifiées est réparti de manière assez uniforme sur l’ensemble du pays », a commenté Joseph Deiss, le ministre suisse de l’Economie, à l’issue du vote.

Le gouvernement suisse avait déjà fait valoir que le texte soumis à référendum, rejeté par le parlement, aurait peu d’effets pratiques sur l’agriculture du pays, la recherche ou les importations, déjà soumises à de sévères limitations.

La loi actuellement en vigueur interdit l’utilisation d’OGM pour les animaux de ferme et prévoit un long processus de tests avant autorisation pour l’emploi des plantes génétiquement modifiées.

« Nous prenons acte de cette volonté d’avoir une agriculture proche de la population, une agriculture plus éloignée des produits de masse. C’est un créneau sur lequel nous nous engageons aussi dans le cadre de l’OMC – est-ce que nous pourrons le faire avec succès, cela reste a démontrer », a ajouté le ministre.

« La population ne veut pas d’OMG dans ses assiettes, donc nous n’en voulons pas dans nos champs », a déclaré à la Télévision suisse romande (TSR) Luc Barthassat, député du parti chrétien-démocrate et vigneron de profession.

Beaucoup d’agriculteurs suisses – pro et anti-initiative – ont surtout mis en avant l’importance du facteur temps pour mieux évaluer les impacts environnementaux des OGM, et certains ont même espéré que le moratoire puisse être étendu au-delà de cinq ans.

« Nous attendons maintenant un bilan exhaustif de l’utilisation du génie génétique dans le monde entier et ses effets sur la santé, sur l’environnement et sur les marchés. Il sera possible sur cette base et sur des résultats scientifiquement étayés de décider à la fin du moratoire de 5 ans s’il est judicieux ou non d’autoriser la culture de plantes génétiquement modifiées (OGM) en Suisse », a expliqué l’Union suisse des paysans, qui était favorable à l’initiative.

« Les guerres de tranchées idéologiques ne nous apportent rien. Les avantages et les risques doivent être évalués sur la base d’informations scientifiques et comparés avec ceux des autres méthodes de culture. C’est la seule manière de surmonter la situation de blocage dans laquelle nous nous trouvons », a estimé pour sa part un comité paysan qui s’opposait à l’initiative.

Bien que la recherche n’était pas directement mentionnée dans l’initiative, les opposants ont estimé que les nouvelles restrictions porteraient préjudice au climat de recherche tandis que les rivaux comme les Etats-Unis, l’Inde ou la Chine poursuivraient leurs recherches.

« Nous regrettons certainement ce résultat aussi négatif pour la Suisse, lieu de recherche et d’innovation », a indiqué par exemple Alwin Klopse, porte-parole du géant agrochimique Syngenta.

Pour l’instant, aucune demande d’utilisation d’OGM n’a été déposée en Suisse.

Au cours du même vote référendaire, les électeurs suisses se sont prononcés en faveur de l’ouverture le dimanche des magasins dans les aéroports et les gares du pays.

Source : AFP

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