Réussir à l’ère de la nouvelle agriculture

Ottawa (Ontario), 11 mars 2002 – Comment les producteurs peuvent-ils assurer le succès à long terme de leur exploitation agricole dans un contexte caractérisé par la mondialisation et l’intégration croissantes de l’industrie agricole ?

Selon Robert Napier, directeur et expert-conseil de l’entreprise
australienne Napier Agrifutures, la solution réside dans
l’acquisition de solides compétences en gestion.

M. Napier travaille avec des familles agricoles de partout dans le
monde depuis plus de trente ans, et ses interventions sont axées

sur l’adaptation au changement et l’élaboration de stratégies de
gestion agricole fructueuses. Il précise que pour surmonter les
obstacles auxquels les producteurs sont confrontés, ces derniers
doivent d’abord adapter leurs stratégies d’entreprise et leurs
pratiques de gestion à l’évolution de l’industrie.

« La première chose que nous devons changer, c’est notre vision de
l’agriculture axée sur la production. La plupart des producteurs
sont motivés par l’amour de la production agricole et par les
défis à relever en matière de production. Mais de nos jours, les
attentes et les besoins des consommateurs constituent les moteurs
de l’agriculture, ce qui signifie que la production est
subordonnée aux besoins du marché. En d’autres termes, nous ne
devons plus nous considérer comme des acteurs de l’industrie
agricole, mais comme des acteurs de l’industrie alimentaire. »

M. Napier figurait parmi les conférenciers d’honneur de la

conférence Excellence 2001 : Gérer l’excellence en agriculture qui
s’est déroulée au Québec en novembre dernier. Le Conseil canadien
de la gestion d’entreprise agricole (CCGEA) a organisé
l’événement, qui comptait Financement agricole Canada (FAC) parmi
ses principaux commanditaires.

M. Napier a inauguré la conférence en soulignant les « moteurs
mondiaux du changement » en agriculture à savoir : l’évolution des
demandes des consommateurs, de la technologie et des règlements
gouvernementaux de même que le regroupement des entreprises
d’approvisionnement en intrants, de transformation et de détail.

« Le secteur de l’alimention a été témoin de regroupements
d’envergure au cours des dernières années. A l’heure actuelle,
nous avons d’énormes détaillants qui s’approvisionnent auprès d’un
petit bassin de gros fournisseurs. Il est donc plus facile pour

les détaillants d’assurer le contrôle de la qualité au sein de la
chaîne d’approvisionnement. C’est la raison pour laquelle les
petites entreprises agricoles doivent commencer à « voir grand » en
collaborant les unes avec les autres. En se regroupant, elles
deviennent donc des fournisseurs attrayants pour les grands
détaillants en alimentation. »

Stratégies pour une gestion agricole fructueuse

Que doivent faire les producteurs pour satisfaire les besoins des
consommateurs, saisir les occasions et prendre de l’expansion? Il
faut tout d’abord exploiter et mettre à profit l’expertise des
membres de la famille et du personnel, et acquérir de solides
compétences en gestion.

« Les compétences humaines constituent le seul élément sur lequel
nous pouvons compter », ajoute M. Napier. « Les gens compétents
sont capables d’analyser la situation, d’évaluer les marchés
volatils, de saisir les occasions, d’intégrer la nouvelle
technologie et de gérer adroitement la croissance. Le capital
humain ne constitue jamais une dépense. C’est le meilleur élément
d’actif à notre disposition. »

Une autre stratégie utilisée par les producteurs d’avant-garde
consiste à former des alliances. Le nombre d’alliances à
concentration verticale entre les producteurs et les
transformateurs a augmenté considérablement au cours des dernières
années. Toutefois, comme le souligne M. Napier, la création
d’alliances à « concentration horizontale » est également
nécessaire pour surmonter les obstacles de concurrence qui
découlent de la mondialisation et de la concentration de
l’industrie agricole.

« A l’échelle planétaire, les petites entreprises subissent les
pressions des grandes entreprises. C’est également le cas en
agriculture. A mesure que des regroupements s’effectuent au sein
de la chaîne d’approvisionnement, les petites entreprises sont de
plus en plus désavantagées. La collaboration entre producteurs
peut aider à résoudre ce problème en permettant d’accroître le
pouvoir d’achat, le pouvoir de mise en marché et les économies
d’échelle, de même qu’en permettant d’améliorer la gestion de
l’information. »

Les stratégies commerciales fructueuses doivent aussi inclure des
saines pratiques de gestion du risque. La gestion du risque a
traditionnellement été associée à la production et à la mise en
marché. M. Napier ajoute que dans un nouveau contexte commercial,
la planification d’urgence doit aussi tenir compte des risques
liés à l’environnement, aux relations d’affaires et aux politiques
gouvernementales.

« Nos communautés sont de plus en plus sensibilisées à la
nécessité d’une production agricole durable, ce qui accroît le
risque lié à l’environnement. A mesure que le nombre d’alliances
à concentrations horizontale et verticale augmente,
l’établissement de relations solides devient un facteur de succès
essentiel. Les modifications aux politiques gouvernementales, tant
à l’échelle nationale qu’internationale, peuvent également avoir
d’importantes répercussions sur les entreprises agricoles. Par
conséquent, la planification d’urgence est devenue un élément
stratégique important de la gestion d’entreprise agricole. Les
producteurs doivent se doter de stratégies de rechange pour parer
à toute éventualité. »

La technologie joue également un rôle important au sein des
exploitations agricoles modernes. L’intégration de la technologie
et la recherche sont donc essentielles pour maintenir le succès.

« La technologie évolue rapidement en agriculture », renchérit M.
Napier. « Pour réussir à long terme, les entreprises doivent se
tenir au courant des nouvelles technologies et de la recherche, et
elles doivent décider de ce qui leur convient le mieux. Certaines
technologies doivent être appliquées à grande échelle pour obtenir
une intégration réussie, ce qui constitue, pour les producteurs,
une raison supplémentaire de collaborer. »

Quelles sont les perspectives de l’industrie agricole? M. Napier
croit qu’il reste encore beaucoup de travail à accomplir pour
surmonter les obstacles et assurer le succès à long terme.
Cependant, il est persuadé que l’agriculture est entre bonnes
mains.

« Des gens remarquables ouvrent en agriculture. C’est la raison
pour laquelle je suis persuadé que nous allons continuer de
trouver des façons d’améliorer et de faire croître l’industrie. La
force de l’industrie repose sur les gens. Les producteurs
d’avant-garde sont d’excellents gestionnaires qui savent
s’entourer de gens compétents. C’est ce qui leur permet de relever
les défis avec succès. »

Un plan d’action

Dix étapes vers le succès, selon Robert Napier :


  1. Faites une analyse interne et externe de la situation qui se développe;

  2. S’assurer que les objectifs commerciaux, individuels et familiaux sont bien définis et qu’ils sont établis conformément à la méthode « SMART » (Spécifiques – Mesurables – Acceptés des parties impliquées – Réalistes – définis dans le Temps);

  3. Demeurer à l’affût des nouvelles technologies et les évaluer, et entretenir des relations étroites avec les chercheurs;

  4. S’informer régulièrement des besoins des consommateurs et vérifier si leurs exigences ont changé;

  5. S’assurer que l’on fait partie de chaînes d’approvisionnement dont le volume d’achat permet d’obtenir des fournitures de façon régulière, fiable et à bas prix;

  6. Participer à des alliances verticalement concentrées afin d’avoir accès à des systèmes d’assurance de la qualité, de préservation de la marque, de valeur ajoutée et d’accessibilité aux marchés;

  7. Développer l’exploitation en misant sur la collaboration et en maximisant l’utilisation du capital par la location;

  8. Employer des stratégies efficaces de gestion du risque de production et de mise en marché, tout en s’assurant que le risque lié aux relations d’affaires, à l’environnement et aux politiques gouvernementales est également considéré;

  9. Rechercher constamment les occasions d’accroître les activités commerciales de l’exploitation agricole;

  10. Cultiver par-dessus tout l’excellence dans le perfectionnement des ressources humaines, la gestion et la planification de la relève.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Conseil canadien de la gestion d’entreprise agricole (CCGEA)

http://www.cfbmc.com/

Financement agricole Canada (FAC)

http://www.fcc-sca.ca/

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