Soya IP : un marché en évolution

Le Bulletin des agriculteurs s’est entretenu avec Marc Ham, directeur des ventes internationales chez Prograin, à son retour d’un voyage au Japon avec un groupe d’agriculteurs québécois. Voici ses réponses au sujet du marché du soya IP au Pays du Soleil Levant. Saurons-nous conserver ce marché?

Qu’est-ce que les courtiers et transformateurs avaient à dire aux producteurs québécois?

Marc Ham : Ils ont répété à plusieurs reprises qu’ils tiennent à ce que nos producteurs continuent à produire du soya non-OGM. Ils ont vraiment besoin de la qualité que nous produisons, avec un taux de protéine supérieur à celui du soya des États-Unis. Ils ont félicité les producteurs pour la constance dans la qualité et l’attention qu’ils mettent à cultiver leur soya IP.

Les Japonais peuvent-ils obtenir le même soya ailleurs?

Marc Ham : Ils aiment beaucoup les variétés que nous avons développées, qui atteignent un taux de protéine de 44 % ou plus. Quand ils viennent ici, en voyant nos champs plus petits qu’en Ontario ou dans le Midwest, ils se disent qu’on en fait sûrement une meilleure régie. Par contre, ils sont beaucoup moins loyaux que dans le passé. Ils achètent beaucoup ailleurs et l’approvisionnement est de plus en plus diversifié.

L’Europe de l’Est peut-elle devenir un de nos compétiteurs?

Marc Ham : C’est déjà commencé. Depuis environ cinq ans, les Japonais ont un intérêt monstrueux pour l’Ukraine et la Russie, malgré les troubles politiques et militaires. La production de soya connait une expansion incroyable et Prograin est présent pour y vendre ses semences. Les Japonais sont au courant de nos activités là-bas et ils pensent qu’ils peuvent s’approvisionner pour moins cher en Europe de l’Est, mais ce n’est pas le cas.

Comment se porte le marché au Japon?

Marc Ham : En 15 ans, le nombre d’usines de tofu est passé de 28 000 à 9000. Les jeunes mangent plus de nourriture occidentale et moins de plats traditionnels. La demande pour les produits du soya descend et les manufacturiers innovent avec des produits moins périssables, dans des emballages plus pratiques. Les grandes chaînes de supermarché refusent complètement les augmentations de prix des transformateurs de soya.

Les primes plus élevées versées aux producteurs pour 2014 sont-elles reflétées dans les prix à l’exportation?

Marc Ham : Non. Cette année, on coupe dans nos marges. De plus, nos coûts de transport et celui des sacs de papier pour l’expédition augmentent. C’est inquiétant. Il n’y aura probablement aucune augmentation de prime en 2015. Certaines pourraient baisser. Des variétés seront éliminées. Nous devons prendre des mesures pour demeurer compétitifs à l’exportation.

Les producteurs voudront-ils continuer à produire du soya IP?

Marc Ham : Si les prix mondiaux du soya demeurent aussi élevés, je ne pense pas qu’on aura de la difficulté à trouver des producteurs pour du non-OGM. Les producteurs accordent plus d’importance aux prix des marchés qu’à la prime, mais pour certaines variétés, comme le soya natto, la prime demeure très élevée.

La clé consiste à proposer aux producteurs des variétés à cultiver qui donnent un rendement équivalent au soya OGM. Chez Prograin, nous avons un programme d’amélioration génétique couplé à un laboratoire de production de tofu, à même nos installations de Saint-Césaire. Nous travaillons donc à la fois sur les côtés agronomique et alimentaire, ce que les Japonais apprécient beaucoup. D’ici un an et demi, nous aurons une toute nouvelle gamme de variétés de soya.

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