Un possible rendement record de soya selon la TGCQ

Malgré les nombreuses difficultés éprouvées durant la saison, 2020 pourrait passer à l’histoire avec des rendements records pour le soya. C’est du moins ce que laisse entrevoir l’analyse des échantillons faite par l’équipe de la Tournée des grandes cultures du Québec (TGCQ) qui présentait jeudi le 10 septembre l’ensemble des résultats à la suite de la journée de collecte de données du 28 août dernier. Durant cette tournée, une équipe de 67 bénévoles a réalisé 21 trajets dans quatre régions du Québec dans plus de 200 champs de maïs et soya.

Dans un premier bilan, Jean-Philippe Boucher, qui est responsable de l’événement, prévoyait déjà de meilleurs résultats pour le soya que le maïs. En suivant les mêmes trajets, ainsi que la même méthodologie depuis 2014, les commentaires et les observations générales ont été unanimes: peu de maladies ou d’insectes à des niveaux problématiques mais de la verse et des mauvaises herbes. Il était aussi question d’un nombre limité de fèves par gousse (2 à 3).

Pour le maïs, la situation était différente: les observateurs avaient relevé la grande variabilité dans un même champ, un indice que la levée avait été affecté par le temps sec. La sécheresse qui a suivi a eu par la suite un impact qui s’observe aujourd’hui sur les plants et les épis. Il semble que le manque d’eau a été plus important de Sorel à Varennes, ainsi que sur la partie sud du Richelieu. Les carences étaient toutefois peu nombreuses mais une présence plus marqué de la chrysomèle était notée.

Après compilation des résultats, il semble que la saison pourrait figurer de nouveaux sommets pour la production de soya dans la province. La TGCQ prévoit en 2020 un possible rendement record de 3,5 tonnes/ha contre 2,86 tm/ha en 2019, et une moyenne sur cinq ans de 3,04 tm/ha. La production atteindrait donc 1,25 millions de tonnes contre 1,05 tonnes en 2019.

Le décompte moyen de gousse sur une superficie de 3 x 3 est la plus élevé jamais enregistré par l’équipe de TGCQ à 1039 gousses.

Les meilleurs rendements se situeraient dans le Centre-du-Québec (1313 gousses) et les moins bons en Montérégie-Ouest (708 gousses).

Basé sur une superficie récoltée de 358 100 ha, la récolte de maïs atteindrait 3,74 millions de tonnes, contre 3,66 millions de tonnes en 2019. Le rendement potentiel maximum prévu pour le maïs se situe quant à lui à 11,23 tonnes/ha. Le rendement estimé serait pour sa part de 10,44 tonnes/ha, ce qui le place légèrement sous la moyenne des cinq dernières années mais au-delà des estimations de 2019 à 9,65 tonnes/ha.

La région de la Montérégie-Ouest gagnerait la palme pour les rendements (11,37 tonnes/ha ou 187 bo./ha) tandis que les pires seraient en Montérégie-Centre-Sud (9,83 tonnes/ha ou 156,55 187 bo./ha).

 

 

Plusieurs conférenciers se sont joints à la présentation d’hier. L’agronome Cynthia Lajoie, de Pioneer, a fait le bilan agronomique de l’année. Voici les éléments à retenir selon elle.

  • Même si les semis se sont faits hâtivement, le résultat n’a pas été parfait. Les conditions du sol n’étaient pas toujours excellentes, il y avait beaucoup de résidus de 2019 à gérer et les températures froides auxquelles les semences ont été exposées ont eu des conséquences.
  • La sécheresse a eu des conséquences sur le maïs. Dans certains champs, le maïs a accusé un retard qui est toujours perceptible. Pour certaines régions, le nombre de grains formés et qui pourront être récoltés sur les épis est moins grand.
  • L’eau en abondance lors du remplissage des gousses permettra d’avoir un bon calibre de fèves dans le soya. Combiné à un bon nombre de gousses, ça devrait faire un rendement intéressant. Les prévisions sont plus variables pour le maïs, mais il avance bien et nous sommes en bonne position pour avoir de bons poids spécifique et c’est une bonne nouvelle puisqu’il compte pour près de 15% du rendement du maïs.

Ramzy Yelda, analyste principal des marchés pour les Producteurs de grains du Québec, a aussi relevé les points saillants du marché des grains. Sans surprise, l’influence de la Chine domine les transactions quand il est question de soya. Il relève trois points principaux:

  • Le demande réelle pour le soya a repris. La Chine semble avoir sous contrôle la grippe porcine africaine qui affectait les importations. Et après le hiatus dû à la COVID, la demande globale a également repris.
  • Les prix ont tendance à grimper depuis quelques mois. La Chine a en effet acheté énormément de soya brésilien, mais le prix de ce dernier a augmenté et même dépassé le prix du soya américain. Celui-ci a donc retrouvé de son attrait auprès des acheteurs.
  • Il semble aussi avoir une volonté politique de la Chine de se soumettre aux ententes commerciales signée avec les États-Unis pour tous les biens agricoles, ce qui fait augmenter les importations chinoises de soya.

M.Yelda note également que le regain est moins marqué pour le maïs. De nombreuses hypothèses peuvent expliquer l’état des prix comme le déclassement des grains de la dernière saison, la baisse de la production d’éthanol, ou encore une baisse de la demande. Selon ses calculs, il existe un manque à gagner dans le marché local de 500 000 tonnes de maïs comparativement à la même date l’an dernier.

 

à propos de l'auteur

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Journaliste

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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