Trop d’accidents dans les préfosses

Réunis seulement dix jours après les décès de l’éleveur porcin Alain Beaudry et de son employé Anthony Lalumière survenus le 27 septembre dernier, les organisateurs de la Soirée Techni Porc ont décidé de rompre avec la tradition. La soirée tenue à Drummondville le 14 février et reprise le lendemain à Sainte-Marie allait parler de la sécurité des personnes. Tant pis si l’affluence allait être moins grande cette année.

Au total, 200 personnes se sont présentées à l’une ou l’autre des soirées. « Il y a eu moins de monde qu’à l’habitude, mais il y a eu beaucoup de questions de la part des participants pour les gens de la CSST, dit Camille Moore, vétérinaire et membre du comité organisateur. Le message semble avoir passé. »

Danger! Danger!

L’inspecteur Daniel Lemieux et le conseiller en prévention-inspection François Granger, tous deux de la CNESST (Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité au travail, anciennement CSST), ont expliqué pourquoi les gaz produits par le lisier sont si dangereux. Ils causent de l’inconfort pouvant mener à la perte de conscience et à la mort.

Daniel Lemieux, inspecteur, CNESST.

Les préfosses sont souvent le lieu d’accidents, mais d’autres espaces clos sont aussi en cause. Il y a les fosses à lisier, caves à lisier et les citernes de transport ou d’épandage.

L’un des gaz responsables, le H2S, est plus lourd que l’air. « On parle souvent de H2S, mais ce n’est pas un gaz qu’on respire, mais un cocktail », explique François Granger. Les autres gaz potentiellement mortels sont le CO2, le CH4 et le NH3.

Selon le gaz et la concentration, on peut ressentir de l’Inconfort léger à plus important, jusqu’à la perte de conscience et même la mort. La perte de conscience est souvent synonyme de mort puisque la personne ne peut se relever d’elle-même. Le brassage du lisier augmente subitement la concentration des gaz, ce qui conduit rapidement vers la perte de conscience et la mort.

Lorsqu’une personne constate la situation et tente de porter secours à la personne évanouie, elle risque fort d’y laisser sa vie. Et c’est sans compter que les gaz peuvent aussi causer des explosions et des incendies.

Des installations déficientes

Chaque accident est documenté. Les causes sont identifiées. Trop souvent, un ou plusieurs aspects sont négligés dans l’aménagement des installations. Et cela, malgré des campagnes de prévention à la fin de années 1990 et au début des années 2000.

François Granger, ingénieur et agronome, conseiller en prévention-inspection CNESST.

Pour les préfosses, la CNESST a documenté l’installation sécuritaire des lieux et les mesures à prendre lorsqu’un travailleur doit y descendre.

Une affiche interdisant l’accès au local de préfosse doit notamment être installée. Pour les personnes qui doivent malgré tout y accéder, une procédure d’accès doit être affichée. Les procédures doivent minimiser la présence de gaz et permettre l’évacuation rapide et sans effort de la personne intoxiquée.

« Entrer dans un espace clos, ça ne s’improvise pas », résume François Granger.

 

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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