Corona… quoi?

Le jeu de mots n’est pas de moi, et ne fait certainement pas référence aux mêmes effets sur l’humain. L’un soûle, l’autre tue. Mais, je me réfère bien à celui dont tout le monde parce en ce moment, le second, le corona « virus », qui sévit présentement en Chine. Une fois contracté, les risques de fatalité de la maladie sont établis autour de 10%. C’est beaucoup et il y a de quoi avoir quelques sueurs froides à y penser. Mais la réaction des marchés financiers depuis la semaine dernière donne aussi des sueurs froides…

À Chicago, à l’unisson, les marchés du soya, maïs, porc et bœuf y ont tous passé assez sérieusement. Sans surprise, celui du blé se sera mieux comporté, n’affichant que seulement quelques cents de recul.

Mais concrètement, est-ce que ce virus a vraiment matière à ébranler les perspectives des marchés, et plus spécifiquement, ceux des grains? À mon avis, à terme, très peu…

Bien entendu a priori, une telle maladie, si elle se propage dans un scénario apocalyptique à la Stéphane King (Le Fléau – 1978), aurait certainement de quoi faire fondre la demande, qu’elle soit de blé, de soya et bien sûr de viandes. Mais nous sommes certainement loin d’une telle situation. Enfin, jusqu’ici…

La référence en matière d’une épidémie comparable de coronavirus remonte à 2003 avec le fameux SRAS. De la fin 2002 au début 2003, la maladie avait affecté 8 096 personnes dans une trentaine de pays, causant la mort de 774 personnes.  C’est certainement beaucoup, mais aussi très très peu pour les 7,8 milliards d’humains que nous sommes.

Pourtant, à lire les commentaires des analystes des marchés en ce début de semaine, la chute des prix s’explique beaucoup par la crainte des marchés de voir l’économie chinoise (… et mondiale) ralentie par la maladie, et par ricochet  de voir la demande de plusieurs commodités, dont les grains et viandes, en être aussi affectée.

L’idée est certainement « plausible » considérant l’importance de l’économie chinoise, mais quand même assez difficile à digérer comme prétexte pour faire plonger les prix, surtout de la sorte.

Concrètement, tout ceci me dit que nous assistons donc fort probablement à une réaction excessive des marchés, encore une fois.

On n’aime pas voir les marchés plonger fortement, bien sûr. Ce qui est bien toutefois avec de telles situations, c’est que lorsque la poussière retombe et que les « spéculateurs » calment leurs ardeurs, les fondamentaux reprennent alors le dessus. Ceci me dit que tôt ou tard, nous devrions donc assister à un bon retour en force des prix à la bourse. Suivant ma lecture actuelle des marchés, ceci est surtout vrai pour le soya, mais les marchés du maïs et blé devraient aussi en profiter. En attendant, on prend notre mal en patience…

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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