Des veaux sains, nourris à la louve

L’alimentation automatisée des veaux est-elle pour vous ? Quand douze veaux cohabitent et boivent à la même tétine, une régie impeccable s’impose.
par André Dumont

Tous les matins depuis 2004, Claude Daoust rend visite à ses veaux, le temps de changer la litière et de les observer. Leur enclos de groupe est sec et spacieux. Ils boivent à volonté – jusqu’à 11,5 litres par jour ! – en tétant à un robot d’alimentation Lely.

« C’est merveilleux. Je n’ai jamais eu de problèmes », raconte Claude Daoust en parlant de ce système d’alimentation automatisée qu’on appelle aussi « la louve ».

L’histoire de ce producteur laitier de Howick, près de Valleyfield, tranche avec celle de beaucoup d’autres qui ont connu une douloureuse période d’adaptation lorsqu’ils ont installé la louve.

Lors d’une première vague, il y a environ cinq ans, plusieurs producteurs laitiers se sont heurtés à des problèmes récurrents de santé gastrique ou respiratoire chez leurs veaux après avoir installé une louve.

Visiblement, le passage de l’alimentation manuelle de veaux gardés individuellement vers l’alimentation automatisée de veaux gardés en groupe ne se faisait pas sans heurts. Mais était-ce la louve, telle que proposée par des fabricants comme DeLaval et Lely, qui était responsable de ces problèmes ?

« La technologie peut fonctionner très bien, mais quand on l’utilise avec des êtres vivants, ça implique une certaine gestion », dit Nancy Charlton, vétérinaire chez DeLaval Canada.

« Si vous achetez de l’équipement pour vous éloigner de vos animaux, vous le faites pour la mauvaise raison, ajoute Nancy Charlton. Si vous achetez de l’équipement pour être plus efficace tout en restant en contact avec vos animaux, c’est un bon choix. »

Il s’avère que la louve en tant que telle n’est pas un vecteur de maladies. Selon Steve Adam, agronome expert en production laitière chez Valacta, certains producteurs ont corrigé leurs problèmes simplement en changeant la tétine deux fois par jour. Il s’agit de faire tremper la tétine dans l’eau de lavage du système de traite ou encore dans du chlore pour la désinfecter.

Comme plusieurs producteurs, Claude Daoust reconnaît ne jamais laver la tétine. « Je lave le tube qui part de la machine vers la tétine une fois par semaine, c’est tout. »

Le secret, selon Claude Daoust ? Un environnement sec. Les rares fois où le nombre de veaux dans le parc monte à 15, il change la litière deux fois par jour. « S’il n’y a pas un coin sec où vous vous coucheriez vousmême, ce n’est pas convenable pour les veaux. »

Maintenir la santé des veaux
Pour s’assurer de la santé des veaux, on peut agir sur deux axes, propose Virginie Filteau, vétérinaire praticienne à la Clinique vétérinaire de Coaticook : réduire le plus possible la pression d’infection et favoriser un meilleur système immunitaire du veau.

Les bactéries pathogènes sont toujours présentes dans une étable, explique la vétérinaire. La pression d’infection qu’elles exercent varie en fonction de la densité d’animaux, de l’humidité, de la propreté de la litière et de la qualité de l’air.

« Idéalement, il faudrait que l’environnement physique des veaux soit différent de celui des vaches adultes », dit Virginie Filteau. Non seulement il y a lieu d’isoler les veaux des pathogènes que portent les vaches, mais il faudrait aussi offrir aux veaux une ventilation et une température différentes, adaptées spécifiquement à leurs besoins.

Pour favoriser un système immunitaire fort, il importe d’offrir un bon départ au veau, notamment en lui donnant le colostrum selon les règles de l’art afin qu’il intègre le groupe de veaux vers l’âge de trois jours sans tomber malade ni infecter ses pairs.

C’est à partir de ce moment que s’exprime le principal avantage de la louve : permettre au veau de boire autant qu’il veut. La louve reconnaît le veau qui vient y téter. Elle lui accorde une ration calculée en fonction de son âge, selon la quantité maximale programmée par le producteur. La louve peut donner jusqu’à huit à dix litres par jour dès l’âge d’une semaine.

« Cela vous donne un veau qui fait de bons gains de poids et qui développe de la masse musculaire, dit Virginie Filteau. Si j’ai un veau en forme qui a des réserves, il sera capable de se défendre contre les pathogènes. »

Dans le mode traditionnel, le veau n’est alimenté qu’à raison de deux ou trois litres à la fois, deux fois par jour. Comme il est isolé, dans une huche individuelle par exemple, il est moins exposé aux pathogènes.

Le mythe selon lequel un veau qui boit plus de quatre litres de lait par jour aura la diarrhée semble encore tenir sur plusieurs fermes. À cette quantité, le veau est carrément sousalimenté, disent plutôt les experts. S’il fallait qu’il intègre un groupe, il aurait de bonnes chances de tomber malade.

Apprivoiser la technologie
La louve est faite pour les producteurs ouverts d’esprit qui comprennent bien comment la technologie peut s’intégrer à leur régie, croit Nancy Charlton, chez DeLaval. « Si vous êtes ouverts au changement et à l’idée de travailler avec les techniciens et le vétérinaire, c’est pour vous ! »

Économiserez-vous du temps ? Certainement. Par contre, vous passerez plus de temps à observer les veaux et à lire les rapports informatisés. « Afin de ne pas devenir paresseux, plusieurs suggèrent de marcher parmi les veaux et de les observer, puis ensuite de comparer les observations avec les données à l’ordinateur », dit Nancy Charlton.

Tout comme les robots de traite, la louve peut informer le producteur de problèmes de santé. Si un veau ne boit pas ou peu, ou qu’il ne se présente pas aussi souvent à la tétine qu’il le devrait, cela paraîtra dans les données journalières.

« Comme avec les robots de traite, la relation avec les animaux change, affirme Steve Adam. L’observation en personne est encore très utile. »

Description des photos
Les photos sont publiées dans le magazine imprimé
1. La louve reconnaît le veau et lui accorde une quantité de lait en fonction de son âge.
2. En consommant plus de lait, le veau développe sa masse musculaire plus vite et renforce son système immunitaire.
3. Le plus important pour la santé des veaux est un environnement sec, idéalement séparé physiquement du reste du troupeau.

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