L’avoine nue, cette méconnue

Ce n’est pas parce qu’elle est nue qu’elle a fait une entrée remarquée sur nos marchés.    L’avoine nue appartient aux cultures de niche et rejoint un marché spécifique. Dénudée de  son enveloppe, elle voyage vers le sud pour combler une portion de l’énergie consommée par  les chevaux de course.
Publié dans Le Bulletin des agriculteurs de janvier 2011

par Eve Cayer

L’avoine nue semble peu connue chez nous, mais elle est prisée par nos voisins du sud. Depuis plusieurs années, Semican, une compagnie de semences de la région des  Bois-Francs, exporte de l’avoine vêtue et nue aux États-Unis. Les produits exportés ont d’abord été du grain en vrac, mais dernièrement, Semican a conçu, en collaboration avec des entraîneurs, des collations pour chevaux. Sous forme de barre énergétique, cette portion d’avoine représente un repas léger pour les équidés. Mais qui peut cultiver cette céréale et quelles sont ses particularités ?

Les producteurs de l’ensemble des régions de la province peuvent intégrer l’avoine nue à leur rotation. L’avoine nue est particulièrement profitable aux agriculteurs des territoires à faible UTM, compte tenu de sa haute teneur en énergie. Un producteur ayant un silo pour l’entreposage de l’avoine nue peut vérifier la qualité de sa récolte et profiter davantage des variations de prix suivant le moment de livraison. Pour ce faire, l’entreposage doit se prolonger au-delà de la récolte du soya et du maïs.

Bien que l’avoine nue offre un rendement inférieur à l’avoine vêtue, le producteur peut tout de même bénéficier de cette culture. Une prime de 75 $ la tonne est offerte aux  producteurs qui cultivent l’avoine nue. Urs Studhalter, producteur de semences d’avoine nue et copropriétaire de la Ferme Irma à St-Albert, tire profit de cette culture.

« La rentabilité à l’acre de l’avoine nue est inférieure à celle du soya, mais j’obtiens des conditions favorables pour les travaux au champ et ça me permet de devancer le  travail d’automne et d’épandre du fumier », explique-t-il. Également producteur laitier, M. Studhalter apprécie le rendement supérieur en paille de cette graminée. Effectivement, l’avoine nue produit 25 % plus de pailles que l’avoine couverte.

Cultiver l’avoine nue
« L’avoine est perçue comme la céréale des pauvres parce qu’elle demande peu d’engrais. Les producteurs ont tendance à lui consacrer les moins beaux champs ou ceux mal drainés. Et ça se reflète sur le rendement », confie Julie Durand, directrice de recherche chez Semican. Pour bien réussir l’avoine nue, il faudra choisir un champ dont le sol est en santé. Un champ uniforme assure une maturité et une récolte plus homogènes.

Ensuite, le semis doit être effectué aussitôt que le sol le permet. À la Ferme Irma, on sème en semis direct sur un retour de soya. « Semer directement sur un retour de soya nous permet d’entrer tôt au champ ou de semer l’avoine nue sur un sol gelé », affirme le copropriétaire de la Ferme Irma. Au moment de la préparation du lit de semence, le producteur doit éviter les mottes afin de favoriser un contact sol-semence propice à l’émergence.

Le taux de semis est d’environ 115 kg/ha et varie en fonction du poids de mille grains. « C’est important de calibrer le semoir pour s’assurer qu’on sème le taux de semis recommandé », souligne Urs Studhalter. Un taux de semis adéquat permet une levée égale qui entraîne une maturité homogène et donc qui assure l’uniformité des grains récoltés. La profondeur de semis optimale se situe à environ un pouce sous la surface du sol.

Pour la fertilisation de l’avoine nue, il suffit de se référer aux recommandations proposées dans le Guide de référence en fertilisation du CRAAQ. Par contre, l’avoine nue tolère une fertilisation plus soutenue que l’avoine couverte, à cause de sa tige qui résiste davantage à la verse. « On peut mettre du fumier et de l’engrais granulaire jusqu’à 70 unités d’azote sur un champ d’avoine nue, si le PAEF le permet, évidemment », affirme Julie Durand. Une fertilisation juste permet l’atteinte du rendement prévu et assure une récolte de qualité, notamment au niveau du taux de protéines. Bien que la régie de la culture de l’avoine nue soit similaire à celle de l’avoine couverte, au moment de choisir l’herbicide, il faut éviter d’utiliser la classe des herbicides hormonaux, comme le Dicamba et le 2,4D. Ces herbicides causent un stress auquel la plante
d’avoine nue réagit en se couvrant davantage d’écales. L’utilisation de ces herbicides prédispose la récolte au déclassement.

La récolte de l’avoine nue se fait au moment où le grain a une teneur en humidité située entre 16 et 18 %. Comparativement au blé, il ne faut pas se fier à la dureté du grain pour juger de la maturité de la culture. Comme le contenu en huile de l’avoine nue est supérieur, le grain conserve un aspect humide à maturité. À la Ferme Irma, le grain
est récolté, criblé, puis entreposé dans des silos qui sont ventilés pour atteindre 13,5 % d’humidité.

« Il faut éviter que le grain chauffe parce que les chevaux sont très difficiles sur la qualité », ajoute Germain Pelletier, directeur au développement des affaires chez Semican. Pour éviter les pertes de rendement au moment de la récolte, cet agronome recommande aux producteurs de s’assurer que les rabatteurs roulent à une vitesse égale à celle de l’avancement de la batteuse, autrement trop de grains se retrouvent au sol. Chez les Studhalter, les rendements de cette céréale sont stables. « L’avoine nue est une culture qui s’adapte bien aux différentes saisons de culture et, bon an mal an, nous avons un rendement d’environ une tonne et quart à l’acre », conclut M. Studhalter.

Encadré: Teneur élevée en énergie
L’avoine nue est une petite céréale qui se classe chez les grandes au chapitre de l’énergie et de la protéine. En effet, le taux de protéines du grain varie entre 15 et 17 %, alors  qu’elle fournit autant d’énergie métabolisable que le maïs. Grâce à sa teneur en énergie, elle pourrait être introduite dans l’alimentation des animaux de ferme. Elle représenterait en plus un avantage financier pour les producteurs de bétail qui se trouvent dans les régions importatrices de maïs-grain.

Description des photos
Les photos sont publiées dans le magazine imprimé
1. Pour obtenir une récolte de qualité et un bon rendement, il faut éviter de consacrer à  l’avoine des champs moins beaux ou mal drainés.
2. L’avoine nue produite ici et exportée vers les États-Unis est utilisée notamment dans la  fabrication de collations énergétiques pour les chevaux de courses.
3. Au moment de la récolte, un ajustement adéquat du batteur permet de récolter un  grain de meilleure qualité. « Pour éviter de casser le grain, le batteur est ajusté à environ  600 tours/minute », souligne Jean Goulet, sélectionneur au centre de recherche de  Semican.

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