Marché des grains : rien ne bouge!

L’année 2019 est débutée depuis maintenant un bon moment. Mais, rien ne semble vraiment bouger, et pourtant…

Je regarde bien entendu la météo en Amérique du Sud. Au Brésil, les conditions sèches ont déjà commencé à jeter un doute. Par exemple, pour le soya, avant les fêtes, on commençait à envisager une récolte record, possiblement de plus de 125 millions de tonnes contre 119,5 millions de tonnes l’an dernier.  Par comparaison, la récolte record américaine de l’automne dernier est évaluée à 125,2 millions de tonnes. Sauf que maintenant, avec les dernières semaines très sèches au Brésil, les prévisions ont changé du tout au tout, autour de 115 à 118 millions de tonnes.

On ne parle pas pour le moment bien sûr d’une baisse de production dramatique. Mais, il reste encore plusieurs semaines avant que les récoltes soient complétées. Et, selon les prévisions actuelles, rien ne laisse croire qu’elles ne pourraient pas être encore affectées davantage par les conditions trop sèches qui persistent.

En temps normal, c’est exactement le type de situation qui devrait faire grimper les prix, spécialement le soya bien entendu. Mais pas cette année… Pourquoi?

Évidemment, l’éléphant dans la pièce demeure les négociations en cours entre les États-Unis et la Chine. La prochaine ronde de négociations est prévue pour la fin janvier. On dit que la bonne volonté est de la partie et « qu’en principe », un accord semble possible à l’horizon. Je dis bien en principe, puisqu’on sait que M. Trump a cette capacité désagréable de changer d’avis d’un coup de « tweet » matinal dont il a su faire sa marque de commerce.

Toujours du côté américain, ce qui rend très difficile la situation actuelle est aussi le fameux « shutdown » partiel du gouvernement américain. Qu’on aime ou non le département de l’Agriculture des États-Unis (USDA), à défaut de financement, l’organisation ne publie plus depuis un bon moment plusieurs rapports dont les marchés sont friands : rapport mensuel d’offre et demande, exportations et ventes à l’exportation de grains américains, stocks trimestriels de grains américains, etc.. Résultat, on navigue à l’aveugle dans les marchés.

Bien sûr, d’autres organisations publient plusieurs informations et données. Le hic, nous n’avons pas notre référence habituelle sur laquelle s’appuyer. Oui, nous avons par exemple des chiffres qui suggèrent que la récolte brésilienne de soya sera moins importante. Mais la référence des marchés, que ce soit simplement pour fin de comparaison, demeure le USDA. Donc pas de rapports du USDA, pas de données, et des marchés qui se montrent beaucoup plus prudents et frileux à passer à l’action.

Évidemment, en dehors de ces deux facteurs qui alourdissent les marchés, on retient aussi que les stocks américains et mondiaux de soya demeurent estimés à des sommets cette année. Il faudrait donc que les récoltes sud-américaines soient particulièrement mauvaises pour créer un manque à gagner assez important et forcer un retour définitif à la hausse des prix.

Mais, n’eût été des incertitudes entourant les négociations entre les États-Unis et la Chine ainsi que de la fermeture partielle du gouvernement américain, je crois que le marché du soya serait plus « dynamique » qu’il ne l’est présentement. Dans cette même veine, considérant que tôt ou tard, les États-Unis se devraient de sortir de leurs impasses actuelles, nous devrions à tout le moins assister à des rebonds intéressants. En attendant, patience…

 

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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