La drèche à la rescousse du maïs?!

Jean-Philippe Boucher agr., MBA jpboucher@live.ca
Jean-Philippe Boucher agr., MBA [email protected]

J’ai eu le plaisir de donner cette semaine une conférence lors de la journée organisée par Plant-Prod à l’Hôtel Alt dans le Quartier dix30. Dans cette conférence, qui visait à faire un survol de la situation actuelle des marchés, je faisais mention que j’étais un peu plus nerveux concernant la consommation de maïs destiné à la fabrication d’éthanol. Pour ceux qui ont reçu la dernière édition du Bulletin des Agriculteurs, c’est d’ailleurs ce à quoi je fais référence ce mois-ci dans ma chronique.

Essentiellement, ce qui me préoccupe, c’est que de profonds changements sont en cours dans l’industrie de l’éthanol présentement aux États-Unis. Sans entrer dans tous les détails, disons simplement que les incitatifs à la consommation qui ont jusqu’ici amené les fabricants d’éthanol à en produire davantage année après année (la production a pratiquement quadruplé en 10 ans) sont aujourd’hui remis en question. consom mais pour ethanol Est-ce donc dire que l’industrie de l’éthanol est destinée à une longue agonie dans les prochaines années? Pas nécessairement… bien entendu.  Mais, il y a de quoi être nerveux quand on sait combien la production d’éthanol a profondément modifié la dynamique du marché du maïs au cours de la dernière décennie.

Par contre comme me l’a porté à mon attention M. Serge Lacasse d’Agri-Marché suivant ma présentation, ce que je n’avais pas jusqu’ici bien mesuré dans ma lecture de la situation, c’est le rôle de plus en plus important que joue mois après mois la drêche de maïs dans la profitabilité des activités des fabricants d’éthanol.

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Comme le montre bien le graphique ci-joint, s’il y a encore quelques années, la drêche ne représentait au mieux que 15 % des revenus générés par la production d’éthanol, aujourd’hui elle représente plutôt près du quart de ceux-ci. De quoi rendre de plus en plus imperméable aux soubresauts des marchés de l’éthanol la rentabilité des activités des usines d’éthanol.

Il est donc effectivement vrai de penser que même si la règlementation américaine destinée à stimuler la consommation d’éthanol change, la profitabilité des fabricants d’éthanol américains sera moins à risque de plonger dans le rouge grâce à la drêche.

Dans cette même ligne de pensée, il est très intéressant de prendre note que les coûts de production de l’éthanol ont aussi grandement évolués dans les dernières années.

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Comme le montre le graphique, en 2005 le prix du maïs représentait 50 % des coûts, alors qu’aujourd’hui il en représente 75 %. Ceci n’est toutefois pas surprenant, puisqu’en 2005 le prix du maïs avoisinait 2,00-2,25 $US/boisseau alors qu’aujourd’hui il gravite plutôt autour de 4,20-4,40 $US/boisseau.

Ce que signifie ce constat, c’est que malgré une hausse importante du prix du maïs dans les dernières années, l’industrie de l’éthanol sera progressivement parvenue à rentabiliser malgré tout ses activités. À moins que nous assistions à une baisse importante des revenus (drêche et éthanol) ou un retour à la hausse significatif du prix du maïs (ce qui est moins sûr à court terme), les prochains mois devraient donc rester très profitables pour les usines d’éthanol.

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Pour les producteurs de maïs, cette situation est très intéressante. Malgré le possible retrait du programme américain d’incitation à la consommation d’éthanol, tout indique que l’industrie de l’éthanol pourrait très bien continuer à utiliser une proportion importante de la production américaine de maïs, assurant en quelque sorte naturellement un prix « plancher » dans le marché du maïs. Puisque s’il poursuit davantage son recul, tout indique que les fabricants d’éthanol auront tôt fait de profiter de cette manne pour produire plus d’éthanol, et ainsi tranquillement contribuer à digérer les importantes récoltes de cette année.

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Comme chaque année, dans le cadre des conférences du Bulletin “Savoir investir”, je présenterai au Salon de l’agriculture le 16 janvier prochain. En vu de cette conférence, je vous invites à me transmettre vos questions concernant le marché des grains à [email protected] Je profiterai de l’occasion pour y répondre!

Joyeux Temps des Fêtes!!

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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