La valeur des bases est exceptionnelle cette année…

Jean-Philippe Boucher agr., MBA

Depuis un peu plus de 2 semaines, la valeur de la « base »* dans la plupart des régions aux États-Unis a passablement progressé. En fait, à en en croire certains analystes américains, elle aurait même atteint des niveaux exceptionnels dans certains cas, spécialement pour le maïs. Et si on jette un coup d’œil à quelques données disponibles à ce sujet, ça semble effectivement le cas :

Maïs – Est du Corn Belt (Eastern Corn Belt Basis)

Source du graphique: Farm Futures

 

Maïs – Base aux installations portuaires dans le Golf du Mexique (Gulf Corn Basis)

Source du graphique: Farm Futures

Or, qu’est-ce qui peut bien justifier l’appréciation aussi marquée de la valeur de la base chez nos voisins du sud? À en croire les informations disponibles, 3 raisons très simples :

1) Suivant la chute importante du prix du maïs à la mi-janvier, et avec les problèmes rencontrés en Amérique du Sud, les pays importateurs de maïs ont craint pour leurs approvisionnements. Résultat, comme l’auront démontré depuis 2-3 semaines les ventes à l’exportation de maïs américain, les importants acheteurs de maïs dans le monde ont repris leurs activités afin de sécuriser des volumes. Les États-Unis étant le principal exportateur mondial de maïs, c’est donc sans surprise qu’on aura pu constater une hausse marquée de la demande pour du maïs américain avec, pour résultat, une appréciation plus prononcée qu’à la normale de la valeur de la base américaine.

2) Localement, il semblerait que le Département de l’Agriculture des États-Unis (USDA) puisse avoir « surévalué » la quantité de maïs disponible dans les réserves américaines. Il s’agit d’une rumeur, mais le bruit court de plus en plus. Ceci expliquerait ainsi pourquoi la valeur de la base se serait appréciée depuis un certain temps, puisque les acheteurs ayant plus de difficultés à s’approvisionner, ceux-ci seraient alors plus « agressifs » dans leurs offres d’achat. Il sera d’ailleurs intéressant à ce sujet de voir ce que le USDA présentera cette semaine comme résultats dans son rapport mensuel qui sera publié ce jeudi.

3) Gardant en mémoire les prix élevés que nous avons connus l’an dernier, les producteurs américains ne seraient pas portés à vendre actuellement. Ceux-ci garderaient ainsi l’espoir d’obtenir encore des prix élevés dans les prochains mois. Résultats, afin d’inciter les producteurs à vendre, les acheteurs américains auraient donc été forcés d’augmenter la valeur de leurs offres (bases) présentement.

En raison principalement de 3 éléments (reprises des exportations US, réserves américaines incertaines, absences de ventes des producteurs), la valeur de la base s’est donc appréciée de manière très avantageuse depuis quelques semaines aux États-Unis. Mais est-ce le cas aussi au Québec?

 

Comme l’illustre bien le graphique, il semble bel et bien que les producteurs québécois aient aussi la chance de pouvoir profiter d’une valeur avantageuse de base dans le maïs. En moyenne, pour le mois de janvier, la valeur québécoise de la base aurait tourné autour de 0,40 $CAN/boisseau (ligne bleue) **, comparativement à 0,29 $CAN/boisseau en moyenne depuis 5 ans (ligne verte) et, -0,43 $CAN/boisseau l’an dernier (ligne rouge).

Des discussions que j’ai eues avec les acheteurs québécois de maïs, il semblerait que tout comme aux États-Unis, les producteurs québécois garderaient encore un arrière-goût de la valeur élevée du maïs observée au cours de 2011 avec, pour résultat, l’idée ferme de ne pas vendre en attendant de meilleurs prix. Ainsi, faute de ventes suffisantes, tout comme celle américaine, la valeur de la base québécoise du maïs serait actuellement très avantageuse.

Stratégiquement, question mise en marché de ses grains, cette situation devrait déclencher une alarme dans la tête des producteurs. Pourquoi? Car il faut tout d’abord penser que tôt ou tard, les ventes des producteurs québécois reprendront. Ensuite, la valeur du dollar canadien dépasse actuellement celle du dollar américain, ce qui veut donc dire qu’il devient de plus en plus intéressant pour les acheteurs de s’approvionner chez nos voisins du sud. Enfin, il faut savoir saisir l’opportunité lorsqu’elle se présente. Autrement dit, quand on sait qu’on a entre les mains une offre qui sort de l’ordinaire, il ne faut pas nécessairement s’attendre à quelque chose d’encore plus exceptionnel sans quoi, on risque de simplement manquer le bateau.

Certains me diront alors que c’est bien beau la « base », mais qu’au final le prix ne leur convient toujours pas. Je dirais alors… « Avez-vous songé à contacter vos acheteurs pour leur demander de ne fermer que le prix de la base? » Au moins, en fermant la base qui est à un niveau très intéressant, on ne court plus de risque que sur la valeur à la bourse du maïs… sans avoir pour autant manqué une belle opportunité avec la base.

* Le concept de la « base » peut sembler complexe, car en elle-même, plusieurs éléments en expliquent la valeur. Mais une manière assez simple de la comprendre sans se casser la tête est de la voir comme étant « un facteur d’ajustement » entre le prix qu’on observe dans notre cours et celui qui est affiché à la bourse. Autrement dit, la « base » est une valeur qui nous permet d’ajuster à notre réalité d’offre et demande locale le prix qu’on observe à la Bourse qui lui, représente une réalité d’offre et demande mondiale.

** Il faut faire attention, car nous parlons d’une valeur moyenne au Québec, et non de la valeur réelle que peut vous offrir votre acheteur local. Trop souvent j’entends des gens me dire que leurs acheteurs sont dans les patates, car ils n’offrent pas la même « base » que la valeur moyenne du Québec. Mais la réalité est que cette moyenne représente l’ensemble des hauts et des bas observés au Québec… et non le prix que vous devriez obtenir réellement chez-vous… Par exemple, il serait plus « normal » d’être en dessous de cette moyenne si on est près de grand centre de production de maïs (Montérégie, Centre-du-Québec), et au-dessus de la moyenne si on est dans des régions qui ne produisent pas de maïs ou en consomment beaucoup (Québec, Chaudière-Appalaches, Bas-du-Fleuve).  

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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