La volatilité des prix et le blé

Les marchés sont très volatils et nerveux présentement. Mais, s’il y en a un qui retient davantage l’attention, c’est bien celui du blé. À preuve, quand de gros diffuseurs d’informations sur les marchés financiers comme Bloomberg et Reuters commencent à relayer la nouvelle, c’est qu’il y a matière à s’y intéresser, qu’on soit producteur ou non. Et, que ce passe-t-il avec le blé?

L’épicentre du problème se situe aux États-Unis, plus spécifiquement dans trois des six principaux États américains producteurs de blé de printemps : Montana, Dakota du Nord et Dakota du Sud.

Depuis le printemps, une sècheresse s’intensifie de semaine en semaine.

Déjà qu’avec les faibles prix du marché du blé depuis 2-3 ans, les producteurs américains ont semé leurs plus faibles superficies en blé de printemps depuis les années 70, il apparaît maintenant que les rendements ne seront pas non plus au rendez-vous.

Dans son dernier rapport mensuel, le USDA a réajusté à la baisse sa prévision de 47,2 à 40,3 boisseaux/acre. Certains analystes croient cependant que ce sera moins. La firme d’imagerie satellite Planalytics prévoit par exemple 39 boisseaux/acre. C’est sans compter qu’avec plusieurs champs décimés par la sècheresse, certains producteurs ne récolteront tout simplement pas leur blé.

La semaine prochaine, la tournée de blé de printemps du Wheat Quality Council qui parcourra le Dakota du Nord et les frontières du Dakota du Sud et du Minnesota permettra d’en savoir davantage à ce sujet. Sauf que dans l’immédiat, ce qu’on retient, c’est que si la récolte américaine de blé d’hiver a elle-même été bonne cette année, celle pour le blé de meilleure qualité (blé de printemps avec un taux plus élevé de protéines) risque de faire défaut au cours de la prochaine année.

Reflétant très bien cette situation, à Minneapolis, les marchés ont déjà pris le mors aux dents dans les dernières semaines, faisant grimper le prix du blé de printemps d’un creux à près de 5,30 $US/boisseau à la mi-avril à maintenant plus de 7,50-7,75 $US/boisseau. Il s’agit d’une très forte progression de 2,20 à 2,45 $US/boisseau (105 à 117 $CAN la tonne @ 0,77 $CAN).

Pour ne pas aider les choses, les cultures américaines de blé de printemps ne sont pas les seules en difficulté. La sècheresse aux États-Unis frappe également le sud des Prairies canadiennes, plus spécifiquement l’Alberta et la Saskatchewan, où il se produit également d’importants volumes de blé de printemps.

Le ministère de l’Agriculture du Canada a déjà réduit sa prévision de récoltes de 29,5 à 28,4 millions de tonnes. Tout indique cependant qu’une réduction supplémentaire se profile à nouveau à l’horizon alors qu’on ne prévoit toujours pas un retour de précipitations significatives.

Enfin, l’Australie, un autre producteur et exportateur important de blé de printemps est aussi en difficulté, avec des conditions très chaudes et sèches qui sévissent. On rapporte que le mois de juin fût le plus sec depuis 1940, et les dernières prévisions proposent encore une météo difficile pour terminer le mois de juillet.

S’il est vrai que dans l’ensemble, comme le prévoit actuellement le USDA, les volumes de blé tous types confondus devraient rester encore très importants pour la prochaine année, il apparaît que les acheteurs de blé de qualité plus riche en protéines ne profiteront certainement pas de cette abondance.

Certes, tout n’est pas « catastrophique » pour le blé de printemps. Bien que non idéale, la récolte européenne sera au rendez-vous. Les récoltes en cours du côté des régions entourant la Mer Noire sont aussi prometteuses. Les acheteurs devront néanmoins proposer davantage pour assurer leur approvisionnement sachant que trois des cinq plus importants exportateurs mondiaux de blé ne pourront souscrire à des récoltes à la hauteur de ce qui était initialement prévu.

Au Québec, le principal type de blé cultivé étant celui de printemps, les producteurs profitent déjà de la situation alors que les prix sont actuellement en hausse vers 275 à plus de 300 $ la tonne (selon les régions). Seront-ils plus élevés au cours de la prochaine année? Possible, spécialement si dans les prochaines semaines les perspectives des récoltes américaines, canadiennes et australiennes s’amincissent davantage. Il faut cependant garder aussi à l’esprit que si le blé de printemps peut s’avérer une denrée rare, à l’opposé, celui d’hiver restera très abondant. À défaut d’avoir un blé de qualité, le prix du blé obtenu pourrait donc par comparaison encore décevoir, surtout si les acheteurs en ont plein les poches.

 

 

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