Pourquoi le prix du maïs devrait-il monter?

J’en imagine certains se dépêcher de lire avec empressement ce billet, en quête du mot clé, de la phrase choc qui fera foi de tout: du maïs à 250-300$ la tonne, ça y est!!

Au risque d’en décevoir plusieurs, non, ma boule de cristal est et restera tout aussi obscure qu’elle l’est, comme à l’habitude. Par contre, bien que cette fameuse boule de cristal propose peu, ça ne veut pas dire pour autant qu’on ne peut pas y discerner certaines choses. C’est le cas pour le maïs…

D’entrée de jeu, je note que dans les dernières semaines, beaucoup d’encre aura coulé concernant le marché du soya, et pour cause. La sécheresse en Argentine a fait mal, avec une récolte qui n’est plus que l’ombre de ce qu’elle se devait d’être. On parlait initialement de 57 millions de tonnes, on ne parle plus que de 40-42 millions de tonnes, au mieux 46-47 millions de tonnes. Dans ce cadre, rien de surprenant à ce que le prix du soya à la bourse ait bondi.

Par contre, on aura beaucoup moins parlé jusqu’ici de la « possible » récolte record qui se profile à l’horizon pour le soya au Brésil. Certains parlent de 113-114 millions de tonnes contre un record de 114,1 millions de tonnes l’an dernier, mais de plus en plus d’organisations envisagent aussi 116-117 millions de tonnes.

D’ici une semaine, nous aurons aussi l’heure juste sur les intentions d’ensemencements américains qui, pour l’instant, donne comme grand favori le soya de nouveau ce printemps. Si c’est le cas, nous aurions alors la possibilité de récoltes très importantes de soya tour à tour au Brésil et aux États-Unis en 2018. Rien de particulièrement réjouissant pour les prix.

Pendant ce temps, passant silencieusement sous les écrans radars, les marchés me semblent avoir fait peu de cas de la situation dans le maïs, et pourtant…

On sait déjà qu’avec la sécheresse en Argentine, les cultures de maïs n’ont pas été épargnées. Par contre, on a moins parlé des conditions trop humides qui ont eu lieu au Brésil pour les ensemencements de la seconde récolte en maïs, la plus importante de l’année. Combiné, on estime ainsi que les récoltes sud-américaines de maïs pourraient très bien afficher un recul annuel de l’ordre de 20 millions de tonnes en 2018.

Bien entendu, si on envisage ensuite une hausse des ensemencements américains en soya, par ricochet, on entrevoit aussi une réduction des superficies cultivées en maïs. On parle donc que 2018 pourrait voir sur toute la ligne un recule des volumes récoltés en Amérique du Sud, puis aux États-Unis. Déjà ici, contrairement au marché du soya, il y a matière à réflexion…

Mais, ce qui ne dément pas non plus depuis des mois, c’est la fermeté de la demande en maïs. À preuve, forcée de la reconnaître, dans son rapport mensuel d’offre et demande de grains du mois de mars, le USDA aura de nouveau rehaussé à un autre record sa prévision d’utilisation de maïs pour la fabrication d’éthanol aux États-Unis, profitant aussi de l’occasion pour augmenter sa prévision d’exportations américaines de maïs.

Ajoutant une touche d’optimisme du côté de la demande en maïs, plusieurs surveillent également de très près la mise en place de la nouvelle réglementation chinoise de 10% d’éthanol dans l’essence en Chine d’ici 2020. À terme, d’ici moins de 2 ans, on estime que la Chine pourrait consommer de 20 à 25 millions de tonnes de plus de maïs par année pour l’éthanol. Le pays détient toujours d’imposantes réserves. Mais, à coup de 20-25 millions de tonnes supplémentaires par année et une industrie de production porcine en plein essor, celles-ci pourraient rapidement fondre comme neige au soleil.

En somme, pour le maïs, on retient donc que les perspectives d’offres se veulent plus incertaines qu’elles ne l’ont été depuis longtemps alors même que les signaux que la demande est en plein essor sont au rendez-vous. Difficile de trouver une meilleure combinaison. Parions que la prochaine saison qui débutera sous peu aux États-Unis risque d’être fort intéressante à ce sujet, surtout si Dame Nature y ajoute son grain de sel…

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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