Avec le retour des Chinois sur la table de négo, le soya bondit

On joue un peu présentement à la roulette. Chaque chiffre est une journée ou encore une semaine à venir, et la chute de la bille décidera du moment où nous aurons « enfin » quelque chose de positif dans les échanges commerciaux États-Unis & Chine.

Aujourd’hui, la bille s’est arrêtée. On n’est pas tombé sur le « zéro », mais ça bouge. La Chine ouvre de nouveau sa porte à des négociations avec les États-Unis. Signe de la grande sensibilité des marchés à ce sujet, cette ouverture a fait bondir le prix du soya à Chicago.

Non, il n’y a pas d’entente. Non, ceci ne change pas non plus grand-chose pour le moment au contexte lui-même de récoltes record et de stocks record de soya américain et mondiaux que nous connaissons et aurons encore pour la prochaine année.

Mais, on doit quand même reconnaitre que ce retour à la table de négociation se veut positif et qu’il mérite d’être salué par la hausse des prix. Après tout, la Chine est le plus gros consommateur de soya dans le monde et les États-Unis le 1er producteur de fèves.

Personnellement, je m’interroge sur l’impact que pourrait avoir l’aide de 12 milliards de dollars que va accorder en septembre le gouvernement américain à ses producteurs.

Depuis des semaines, on observe un écart important entre les prix à l’exportation du soya sud-américain et celui du soya américain, le second se transigeant à un niveau beaucoup moins élevé que le premier, l’équivalent de la taxe de 25% qu’imposent les Chinois sur le soya américain.

Évidemment, ce recul important du prix du soya américain aura ouvert davantage des canaux d’exportations alternatifs. M. Trump a d’ailleurs fait grand cas de l’achat « plus important » de soya américain depuis le début de l’été par l’Europe. D’autres pays ont aussi certainement profité de ce soya américain « à rabais ». Sauf qu’au net, en juillet, les États-Unis ont quand même affiché un recul important de leur exportation de soya.

En principe, avec la récolte record de soya américain qui se profile pour cet automne, et moins de ventes à l’exportation de soya américain depuis le début de l’été, on démarre donc la nouvelle année commerciale avec encore plus de soya qu’il n’en faut. Ajoutez ensuite à tout ceci une aide financière de 12 milliards de dollars pour supporter les producteurs américains, et il n’est pas sûr qu’ils voudront nécessairement en semer moins l’an prochain.

Or, pour le marché du soya, le nœud du problème n’est pas nécessairement dans le fait que la Chine consomme et importe ou non toujours beaucoup de soya.

C’est important, mais l’enjeu réel m’apparait plutôt à savoir jusqu’à quand les producteurs américains et sud-américains pourront fournir année après année des récoltes record de soya avant que le vase ne déborde; que les consommateurs aient une indigestion de soya.

En ce sens, la guerre commerciale États-Unis vs Chine n’est d’ailleurs pas une bonne chose non plus. Pour étirer la sauce et éviter de devoir plier face aux États-Unis, la Chine a mis en place plusieurs initiatives et mesures pour ralentir la consommation chinoise de soya.

De plus, rappelons qu’en Chine, le marché du porc connaît depuis deux ans un recul important, à son plus bas depuis 2014. Pour la perspective d’une plus forte demande de soya (tourteau…), on repassera comme on dit.

En attendant, aujourd’hui (16 août) aura enfin été une « bonne journée » pour le marché du soya. La Chine veut négocier et les marchés sont contents. Avec un peu de chance, notre prochain tour de roulette sera encore plus chanceux et nous profiterons d’un retour à la hausse des prix encore plus intéressants. Mais, à défaut de prévoir, je reste prudent sur les perspectives de la prochaine année. Que la Chine soit de retour ou non, des récoltes et stocks record ne sont pas un gage de meilleurs prix.

Peut-être bien qu’il ne faudrait pas manquer le bateau lorsque les États-Unis et la Chine annonceront à grande pompe un accord.

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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